Mémoires d’un jeune homme dérangé – Frédéric Beigbeder

J’ai commencé par son dernier, je me devais donc d’enchaîner avec le premier. Je me fous que cet homme joue avec sa médiatisation, que le personnage fasse vendre ou qu’on dise qu’il fait vendre. Je me fous de sa provocation et du but de sa provocation. Moi, cet homme, cet écrivain, Frédéric Beigbeder, je veux le prendre comme je le vois. (Le prendre dans le sens euh… Bref, j’imagine que ça n’intéresse personne). Je me fous de son arrogance et de son côté ultra-agaçant. Je flirte avec ses mots. Je filtre les éternels insectes attirés par la lumière criarde des débats, battages et autres spécialités médiatiques. Parce que quand je le lis, je me sens bien. On dirait des mots cousus sur mesure pour mon lunatisme ambiant. Être fidèle à soi-même et donc extrêmement contradictoire : j’aime cette rareté.

L’histoire de Marc Marronnier, pour quelqu’un comme moi, c’est de l’absurde nouveau. Quelqu’un a qui on a « enseigné que la fête devait primer sur tout le reste », qui a fait de la fête son métier… Absurde, la fête c’est un monde à part. Si on en fait sa vie, ce n’est plus la fête. Mais ce n’est que le contexte. Dans la vie de Marc Marronnier, il y a les ricaneurs pantalonnés : sa bande de copains avec qui il rejoue sa déchéance festive tous les soirs. Il y aussi Victoire, avec qui il vit depuis un an. Il se prépare à la quitter. Elle le quitte. Et puis il y a Anne. Et quand Anne débarque, je n’ai plus qu’une phrase devant les yeux. Une phrase qui sort tout droit d’Un roman français : « L’amour doit être passionnel, inconditionnel, fusionnel et jaloux, quitte à durer peu ».

Ces mémoires ne sont rien de plus qu’un écran sur lequel le lecteur voit défiler de l’intérieur une bande de jeunes cons imitant des auteurs américains et dépravés en plein succès à l’époque de la sortie de ce roman. Ce n’est rien de plus qu’un passage d’une femme à une autre, qu’un amour apparemment voué à durer toute la vie… Ce sont les drames et les joies de Marc Marronnier. Et c’est ici que tout devient grandiose. Les drames et les joies, ça peut donner un roman où on pleure et on sourit. Mais il serait impensable de penser à pleurer sous le ton de Beigbeder. C’est une ironie fine et délurée qui s’empare du texte, des situations. Et c’est cette ironie badine, qui transparaît partout, que j’aime à la folie. Une ironie mutine qui fait sourire et rire. Rire pendant les drames, sourire sous la joie.

Vais-je pouvoir attendre demain pour commencer Vacances dans le coma ? Si j’attends demain, est-ce que je le lirai cette semaine ? Ce mois ? Est-ce qu’il ne faudrait pas plutôt garder ces bons moments pour plus tard ? Pour qu’il en reste, pour savourer ?

Quelques extraits

L’instant fatidique a fini par arriver : Victoire m’avait déposé un mot dans l’entrée. « Dînons en tête à tête ce soir chez Faugeron. Il faut que je te parle. » C’était bon signe : Henri Faugeron servait un excellent magret. J’irais : mieux vaut bouffer du canard que poser un lapin. [P. 53-54]

C’est alors que mon destin pila devant moi en crissant des pneus. Anne avait dû m’entendre ou bien avait-elle déjà lu ce livre ? Elle m’offrit en tout cas l’hospitalité de son scooter. Elle aurait pu passer pour une femme pressée, avec son tailleur charnel et son walkwoman, mais les femmes pressées n’écoutent pas Jean-Sébastien Bach en brûlant tous les feux (même les verts). [P. 57-58]

Les rues étroites grouillaient de poètes en herbe et de touristes en short. Autant dire qu’il y avait beaucoup de pigeons sur la place Saint-Marc. [P. 94]

Les Rita Mitsouko se sont trompés : les histoires d’amour finissent bien. Sinon ce ne sont pas des histoires d’amour, ce sont des romans (ou des chansons des Rita Mitsouko). [P. 121]

Frédéric Beigbeder. Mémoires d’un jeune homme dérangé. Paris : La Table Ronde, 2009. (La petite vermillon, 131). 147 p. ISBN : 978-2-7103-2410-2.

Tags from the story
Written By

Dévoreuse de livres

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *