La mer est innocente : une dualité tragique de vécus moins silencieux qu’ils en ont l’air…

Une bribe de vécu… Puis une autre… Et une trame devient perceptible au public… La mer est innocente est le titre donné à cette mise en scène épurée, sobre, un fond noir avec simplement deux actrices qui nous parlent de tragédies humaines bien distinctes et, pourtant, pas si éloignées que cela. Une création originale et profonde qui puise dans les vies de beaucoup d’entre nous.

Deux histoires que rien ne semble lier… et pourtant…

La mer est innocente, c’est l’incarnation de deux personnages qui n’ont rien d’extraordinaire, rien de plus ni de moins que les autres. Ces personnages sont, en fait, comme deux vies tirées au sort parmi les gens du monde. Ou plus précisément, parmi ceux qui ont rêvé d’une vie agréable et qui ne l’ont pas eue.

Les personnages, ce sont deux femmes. On ne connaît pas leur nom, elles n’en ont pas. Tout comme elles n’ont pas d’âge. Elles pourraient être chacune des femmes du public amenées de force sur scène.

Dès les premiers monologues, parce qu’elles ne parlent pas entre elles sauf pour s’échanger leurs histoires respectives, comme un écho ou une bouteille à la mer ; et on les découvre…

L’une remonte à son enfance et retrace ses années passées. L’autre nous conte l’instant présent dans sa quête. La première est une victime de viols successifs, la seconde est une réfugiée, voguant à bord d’un bateau de passeur de fortune, victime de la destruction de sa société et de son environnement proche. Depuis elles errent, l’une seule, l’autre avec son nourisson.

Le spectacle est agrémenté de danses lentes et succinctes qui lui donnent du corps et du mouvement, et comble les silences.

La métaphore de l’huître

Au cours d’une digression, on en vient à l’huître, cet animal marin (encore l’image de la mer) à coquille qui ne s’ouvre qu’à certaines conditions. Ces deux femmes sont un peu comme des huîtres. Une huître a ce stratagème particulier pour se protéger de tout corps étranger, dérangeant ou menaçant, de s’enrober par des couches successives de calcaire… et d’en créer quelque chose de beau …une perle.

Ici, le corps étranger, c’est la violence,… et la résistance humaine face à cette violence du vécu qui s’imposent à elles sans prévenir. Et elles tenteront de réagir face à ces épreuves, comme l’aurait fait l’huître au fond de la mer.

Cette violence qui est leur point commun, les amènera à faire des choix : l’abandon de son enfant, mort, emmitouflé dans un linge et donné au gré de la mer, pour l’une, et l’exil pour les deux.

Origine et visée future

Ce spectacle est librement tiré du texte Lampedusa Beach de Lina Prosa (2003) qui a reçu le Prix National pour le Théâtre Public Annalisa Scafi en 2005. En voici un extrait qui n’a pas laissé indifférente l’équipe de comédiens :

« Le naufrage a été total.
Et d’une simplicité absolue. Tu sais pourquoi ? Il n’y a pas eu de tempête.
Pas de lutte, de résistance.
Aucune manoeuvre d’expertise de la marine.
Aucun appel de capitaine.
Aucune alerte. Aucune alarme.
Il n’y a pas eu de soulèvement de vague.
Rien qui concernât la mer.
La mer est innocente.
Inspiration — Silence »

… Et le spectacle n’est pas sans défi pour le spectateur. Son attention doit être enclenchée à chaque instant pour comprendre ce tableau qui semble décousu d’abord puis qui donne des clés pour peu à peu faire les liens…

La mer est innocente est un spectacle inédit puisqu’il n’a été joué qu’une fois en avant-première ce 2 juin dernier au Théâtre de la Clarencière à Ixelles, et sera montré plus largement au Festival d’Avignon au Verbe Fou les 19 et 26 juillet 2017 à  21h10.

Conception et écriture : Pauline Rémond

Avec : Clara Parr Gribbell et Pauline Rémond

Mise en scène : Maxim Prévôt

Production : Compagnie les Rivages 

Contact et informations : Maxim Prévôt :  0658/10 13 47 – Email : cielesrivages@gmail.com

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Ancien étudiant en Sciences Politiques (ULB) Entre 2014 et 2016, gérant de L'étrier asbl. Depuis août 2016, président de Clap Culture, association désirant promouvoir la culture à travers les nouvelles créations, l'esprit citoyen et la conscience des enjeux de société à travers elle. Organisateur d'événements (Festival Mini-Classiques pour donner de la visibilité aux jeunes musiciens des différents Conservatoires ou d'ailleurs), journaliste, Réalisateur d'un projet radio de fiction "Les Pieds de l'Iris", suite d'histoires rocambolesques aux personnages à la trempe décalée sur fond de quartiers bruxellois.

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