Mercredi c’est Cinéma: Du goût des myrtilles à une envie de Samba

Cette semaine offre deux belles sorties aux salles obscures. Loin des lueurs du cinéma hollywoodien, l’un est français (le tandem d’Intouchables, ça vous dit quelque chose?), l’autre est belge! Chance, chez Culture Remains, on a vu ces films et on en pense que du bien!

Le goût des myrtilles, envoûtant et enivrant!

Vu en avant-première au Festival International du Film Francophone de Namur.

Une fois n’est pas coutume, soyons un peu chauvin et commençons par le film belge de Thomas de Thier, véritable petit bijou de contemplation. Le goût des myrtilles est le second long-métrage du réalisateur, 10 ans après Des plumes dans la tête (sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs de Cannes en 2013!). Et dix années, c’est le temps qu’il a fallu à Thomas de Thier pour réaliser ce nouveau film complexe mais fascinant. Avec une légende en prime puisque Michel Piccoli en est le premier rôle.

Le Goût des Myrtilles est un de ces films dont l’histoire n’est pas réellement importante (comme chaque année, Jeanne et Michel, octogénaires vieillissants, ont rendez-vous pour un pique-nique et le nettoyage de la tombe de leur fils. Ils se perdront dans les bois et l’obscurité), bien moins que l’odyssée poétique proposée. On pense à une chanson de Reggiani, aux monologues de Christophe sur certaines de ces chansons, aux musiques et à l’intensité d’un film d’Aronofsky (The Fountain, bien avant Black Swan) et aux aventures visuelles d’un Terrence Malik. Le Goût des Myrtilles c’est un peu tout ça, une oeuvre à part entière, pas un produit, comme le soulignera le producteur.

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Et il faut dire que dans l’intimité de ses deux personnages vieillissants (exceptionnels Michel Piccoli et Natasha Parry, qui ne sont pas sans rappeler que la force émotionnelle d’un acteur ne se perd pas avec l’âge, nous en avions déjà eu un indice avec Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva dans Amour), comme dans l’intimité de la forêt, des ses insectes, de sa flore, Thomas de Thier est brillant et surdoué. Son film est l’un des meilleurs témoignages du temps qui passe, du deuil d’un fils, des beaux et des vieux jours. Pourtant, triste, le film ne l’est pas, il est même plutôt réjouissant dans la conscience de la vieillesse qu’il amène. Le tout éclairé par quelques épisodes presque féériques, des moteurs de quad à la rencontre de la jeunesse en passant par une apparition toujours hilarante du chanteur Arno. Et là, où le film aurait pu pécher par excès de contemplation et par son manque de dialogues, il réussit justement à fasciner et à embarquer le spectateur, sans le lasser et sans baisse de rythme, ce qui relève quasi de l’exploit!

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Le goût des myrtilles est sans doute l’une des plus belles aventures cinématographiques de l’année. Secret et admirable, envoûtant. Et quand Michel Piccoli, qui a assisté à la projection dans la salle, se lève pour les questions/réponses et dit: « Je n’ai jamais joué dans un film aussi exceptionnel! (…) J’ai joué avec beaucoup de réalisateurs dont le travail m’intéressait. Après ce film, ils peuvent se taire, » force est de constater qu’on peut bien le croire!


 

Samba, Nakache et Toledano n’ont pas fini de faire danser la vie

Tout le monde attendait Olivier Nakache et Éric Toledano au tournant depuis Intouchables. Tout le monde? Peut-être pas (même si la presse semble unanime pour ne parler que du film aux 19 000 000 entrées), car il y avait quand même ceux qui avaient connu l’avant Intouchables, tout aussi prometteur avec Nos jours heureux ou Tellement proches. Je préfère qu’on reste amis aussi, à un moindre niveau. Mais pas de doute, depuis 2004, le tandem, qui semble avoir la comédie dans les gènes, n’en finit plus de générer la franche hilarité dans les salles obscures. Et ce n’est pas avec Samba que la donne va changer et que le duo s’est fourvoyé dans un Intouchables bis!

Toujours empreint de mixité sociale, le duo de réalisateurs est parti cette fois sur le terrain glissant du travail illégal et immigré. Adapté du livre Samba pour la France de Delphine Coulin (Le Seuil, 2011), l’histoire suit les pérégrinations de Samba (Omar Sy), Sénégalais en France depuis 10 ans, qui cumule les petits boulots, toujours en quête du saint sésame qui lui permettra d’être citoyen français, lui qui a désormais tous ses rêves en France. Alice (Charlotte Gainsbourg), elle, est bien implantée, elle est cadre supérieure. Bien implantée, mais sujette à un burn-out qui l’oblige à prendre du recul. Son recul passe par le centre de détention des illégaux, c’est là qu’elle rencontre Samba. Ils se lient d’amitié, voire plus, pourtant le fossé qui les sépare pourrait bien leur jouer des tours.

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Entre les rires et les larmes, Nakache et Toledano ont toujours autant de facilité à jouer sur les deux versants. Peut-être moins hilarant que l’était Intouchables, Samba a le mérite de faire peut-être plus dans la profondeur et la peinture sociale que son prédécesseur. Certes, la réalité est maquillée d’humour mais on se prend à apprendre certaines choses sur les techniques de survie des immigrés. Se jouant des préjugés et déjouant le pathos, Samba remplit son compte de divertissement, bien aidé par le charisme certain de ses acteurs: Omar Sy (dont on entend dire qu’il est mauvais comédien, « est » plutôt que « joue », il respire comme son personnage et, quelles que soient les circonstances, on y croit), et Charlotte Gainsbourg, fantastique dans son rôle de déprimée complètement perdue. Mais ce couple ne fait pas d’ombre non plus à ses deux acolytes, le trépidant et brésilien Tahar Rahim ainsi que la fougueuse Izia Higelin. On mentionnera aussi les apparitions de la vétérane Hélène Vincent. Le tout rehaussé par une bande musicale dont les deux réalisateurs ont le secret (entre titres existants et retrouvailles avec Ludovico Einaudi).

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Seul point noir: de ce film, on préférera sans doute oublier un événement final poussant l’intrigue au bord du thriller, un peu too much et pas nécessaire. Mais rien qui puisse remettre en question la grande qualité de ce cinquième long métrage du duo.

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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