Mercredi, c’est cinéma: On ouvre le Grimoire d’Arkandias et on s’immisce dans une Bande de Filles

Voilà enfin un temps de cinéma! Il pleut, il vente, il tempête même, de quoi se réfugier sous la couette ou… dans les salles de cinéma. Ca tombe plutôt bien, nous avons vu deux des films qui sortent ce mercredi.

Une bande de filles… un peu à part

Echos du Festival de Cannes 2014

18h30, go par des passages presque secrets à l’inauguration de la Quinzaine des réalisateurs, festival dans le Festival, parallèle mais divergent car créé après Mai 68 par la Société des réalisateurs de film en réaction à la censure et au luxe du Festival. Ici, malheur à celui qui mettra un smoking, pas de tenue correcte exigée. Et c’est un film de filles (ôtez ici toute connotation négative, il n’y aura ni romantisme niais ni humour potache, mais de la violence de mots ou d’actes, un constat implacable sur la vie dans les cités, un film se voulant fort) qui ouvre la Quinzaine: Bande de Filles de Céline Sciamma, dont le précédent film, Tomboy, sur fond de trouble d’identité d’une petite fille se prenant pour un garçon, fut un film choc, un scandale pour l’église, très enthousiasmant pour les critiques professionnels et spectateurs.

bande de filles blog

Bandes de Filles, c’est une chronique des cités, black et féminines, et ça commence fort avec une musique techno rythmée et entraînante (la BO du film est d’ailleurs somptueuse). Le long métrage raconte l’histoire de Marieme, en complète rupture avec sa famille et le milieu dans lequel elle vit, bien trop sage. Frappée par son frère, en perdition scolaire, humiliée par le boulot que fait sa mère, femme de ménage à la Défense, Marieme décide de provoquer la rupture en s’associant à trois autres jeunes filles de la même banlieue. S’ensuit une descente aux enfers loin de la réussite qu’elle pensait atteindre, où s’enchaînent les guerres de gangs, où la drogue n’est jamais loin et où la perte de personnalité, pour mieux suivre le mouvement, est inéluctable.

133764_o

Langage de djeuns à l’appui, Bande de filles ne manque pas de qualités: la réalisation est léchée, la photographie est parfaite et les actrices très à leur aise (et pourtant parfaites inconnues jusqu’ici, et c’est là qu’est la performance!). Pourtant, le charme n’opère qu’à moitié. Un peu trop poussif, notamment dans l’agressivité du langage de certaines scènes (pas besoin d’en faire des tonnes pour montrer comment se parlent les jeunes) plus que dans leur violence actée (prouvant que les combats de filles, ça peut être pire que ceux des mecs), ce qui empêche le spectateur de vraiment d’intégrer la tribu des quatre personnages principaux. Dommage pour une bande de filles qui, au final, est plutôt une bande à part. Le long-métrage semble aussi interminable, de longs fondus noirs font croire, plusieurs fois, à la clôture du film. Malheureusement il n’en est rien, et au bout du compte et de certains rebondissements pas nécessaires, ça manque de rythme.


Le Grimoire d’Arkandias, pas si magique que ça

Vu en avant-première au Festival International de Film Francophone de Namur 2014

Ne nous mentons pas, j’attendais cette adaptation de la fantastique trilogie d’Éric Boisset, un an ou deux avant qu’un magicien célèbre de Poudlard ne fasse des émules (Harry Potter, pointé dans le film par quelques clins d’œil, musicaux notamment). Une lecture palpitante qui me laisse encore aujourd’hui de charmants souvenirs d’un âge où je pensais qu’un jour, j’aurais une baguette magique pour affronter le monde si peu emballant des adultes. Le temps a passé, j’ai pris la plume (ou le clavier qui l’a remplacée, et c’est peut-être là l’unique part de magie, désenchanteuse pour le coup). Soit, tout ça pour rappeler que ça fait une dizaine d’année que cette adaptation est en chantier, initialement prévue pour être réalisée par le variable Jean-Marie Poiré (qui nous a fait hurler de rire avec Les Visiteurs, Le père noël est une ordure et pleurer de dépit avec sa dernière « création » Ma femme s’appelle Maurice…). Au final, c’est Alexandre Castagnetti (un des membres de La chanson du dimanche et réalisateur d’Amour et Turbulences) et Julien Simonet (scénariste dont c’est la première réalisation). Et, aidé (ou pas toujours d’ailleurs) par un casting de renom, ils s’en sont plus ou moins bien sortis.

Le grimoire d'Arkandias

Le Grimoire d’Arkandias, c’est l’histoire de Théo (Ryan Brodie), élevé par sa mère, depuis la mort de son père dans un accident de plongée, il est la risée du collège: intello, gringalet, rat de bibliothèque. Heureusement, il peut compter sur le soutien indéfectible de son ami (et goinfre à n’importe quelle heure du jour) Bonav'(Timothée Coetsier). Lors de ses errances à la bibliothèque et alors que sa curiosité débordante l’enjoint de se glisser dans une pièce interdite, Théo trouve le Grimoire d’Arkandias. Dès lors sa vie change, le bouquin centenaire renferme des formules magiques, dont celle permettant de créer une bague d’invisibilité. Laura (Pauline Brisy), peste notoire, se joint au duo et la bague est confectionnée. Pas de chance, suite à une confrontation avec un trio de fausses sorcières, Théo reste coincé dans l’invisibilité. Pire, Arkandias (Christian Clavier) cherche à récupérer son bien. Et ce n’est que le début des ennuis pour le trio d’amis. 

GRIMOIRE-uDream-HP-981

Si je m’attendais à mieux (sans doute est-ce le prix d’une attente trop longue de près de dix ans), je dois avouer qu’on aurait pu s’attendre à vachement pire: le film est un agréable divertissement, peu exempt de défauts, mais respectant plutôt bien l’univers d’Éric Boisset. Et là où se pose la principale difficulté quand on réalise un film pour et avec des enfants, à savoir la direction de ceux-ci, l’exercice est amplement réussi. Ryan Brodie (peu vu à l’écran jusqu’ici), Pauline Brisy (vue dans l’excellent court Babysitting Story) et Timothée Coetsier (dont c’est le premier rôle, repéré grâce à un casting sauvage) – cocorico! ils sont tous les trois belges – sont très convaincants dans leurs rôles. Plus que certains acteurs confirmés

grimoire1

Car si Christian Clavier se montre plutôt sobre (un exploit quand on sait sa propension à en faire des tonnes), c’est du trio de méchantes, pourtant actrices ultra-confirmées) que vient le problème: ni Armelle, ni Anémone, et encore moins Isabelle Nanty (qui racontent pourtant sur Allociné « s’être inspirée d’acteurs comme Christopher Walken et Jack Nicholson pour adopter le « vocabulaire du méchant » pour ce film. Mais ce n’est pas tout, puisque pour interpréter ce rôle de « chiffonnière », elle a pioché dans ses cauchemars d’enfance, pour être la plus juste possible dans son jeu ») ne tirent leur épingle du jeu. Pire, elles s’enfoncent, et emportent le film avec elles. À elles seules, elles échappent à la ligne de conduite du film, comme si elles jouaient dans un film tout autre, caricatural et potache. Problème de ton, problème de justesse, elles cabotinent et livrent une prestation désastreuse.

328613.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

D’autant plus dommage que les effets spéciaux (le plus souvent par trucages à l’ancienne) sont extrêmement bien réussis, qu’on rigole de bon cœur du début à la fin et que l’histoire ne souffre d’aucune longueur. Au final, reste le goût amer du manque de magie et d’un film qui, perfectionné, aurait pu rendre encore mieux. Remarque, les enfants, puisque c’est à eux que s’adresse principalement ce film, n’y verront sans doute que du feu. En cas de succès au box-office, deux autres films pourraient voir le jour afin d’adapter l’intégralité de la trilogie.

Written By

Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *