Mère, il n’y en a qu’une!

Vendredi soir, la Grande Salle du Public est debout pour applaudir la prestation de Jacqueline Bir, éblouissante, et d’Alain Leempoel, en pleine forme. Sous la direction complice de Pietro Pizzuti, le couple de comédiens nous a livré un portrait saisissant de la relation paradoxale qui s’installe entre une mère âgée et son fils adulte, si proches et si étrangers à la fois.

Mama a 82 ans, Jaime en a 50. Elle vit dans un appartement prêté par son fils et lui vit confortablement avec sa femme et ses enfants. Malgré leur lien naturel et l’amour qu’ils se portent, ils ne se voient que rarement. Plutôt que de prendre le temps de lui rendre visite, il a l’habitude de passer un coup de fil. Alors que la crise sévit en Espagne, Jaime est licencié. Il vient alors visiter sa mère pour lui annoncer qu’il est contraint de vendre l’appartement et qu’elle va devoir venir vivre chez lui. Elle refuse et ne veut rien entendre. Il essaie de comprendre mais n’a pas le temps. Elle est surtout émue de pouvoir passer du temps avec son fils tant attendu. Cette impasse va les obliger à s’asseoir et parler, à s’écouter enfin, à s’ouvrir et avouer.

Si ce texte évoque la crise économique, plus actuelle que jamais, il traite surtout et avant tout des rapports humains et familiaux, si simples en principe et pourtant si compliqués par le poids de la société bien-pensante et les rancunes accumulées. Jaime est persuadé que son bonheur dépend de pouvoir changer de voiture tous les ans ou de pouvoir partir en vacances dans un endroit chic avec sa famille tout sourires. Maintenant qu’il a tout perdu, la situation lui semble insurmontable, il se sent incompris. Face à lui, Mama s’est affranchie des conventions qui ont longtemps dicté sa vie et balaie les idées reçues avec un franc-parler mûri par les années. Chacun dans son monde, ils entretiennent un dialogue de sourds. Les deux personnages tentent pudiquement de se rencontrer en rattrapant le temps perdu autour de repas mijotés comme au bon vieux temps. Au fil des conversations, leur relation renaît des cendres et se révèle dans ce qu’elle a de plus pur, l’amour inconditionnel entre une mère et un fils.

Le rôle semble avoir été coupé sur mesure pour cette grande dame du théâtre belge. Mama est espiègle et irrésistiblement attachante. Jacqueline Bir l’interprète à la perfection, avec sincérité et profondeur, et l’œuvre finit par devenir véritablement transcendante grâce à elle. Elle est si crédible sur scène qu’on oublierait presque que c’est du théâtre, que ce rôle a existé avant elle. Le Théâtre Le Public démarre sa vingtième saison en force avec un huis-clos poignant, à la fois comique et émouvant. Quel bonheur de retourner au théâtre !

Conversations avec ma mère,
du 03/09 au 18/10/2014 dans la Grande Salle du Théâtre Le Public

Rue Braemt 64-70 – 1210 Bruxelles. Réservations au 0800/944 44 ou sur le site du Théâtre Le Public.

Credit Photo: © Marianne Grimont.

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Le théâtre est ce lieu où les consciences se rencontrent et se questionnent. Ce lieu où on rit, où on pleure, où on exprime sa colère et où on refait le monde tous les soirs.

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