Metro Manila, un thriller social percutant à ne pas rater

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“Avec Metro Manilla je suis devenu le réalisateur que je voulais être. C’est une sorte d’accomplissement, il a fallu trois long-métrages pour y arriver”, explique Sean Ellis qui parle de son premier comme d’une autobiographie et de son second comme d’un exercice de style.

The Broken, le second, est un film fantastique, Cashback, une comédie douce-amère. Et il faut bien avouer que si Sean Ellis a pu s’accomplir, c’est sûrement davantage grâce à son excellent premier film, qui laissait entrevoir tout le talent du bonhomme, qu’au second, qui, introuvable, semble avoir reçu un accueil critique et public glacial.

Son accomplissement, Sean Ellis l’a tourné sous des cieux plus cléments, quoi que, étant donné que la canicule annonce souvent l’arrivée de l’orage qui lui succède, puisqu’il a posé sa caméra à Manille, la bouillante capitale des Philippines, pour y réaliser un thriller social percutant. Percutant comme l’orage qu’on n’attendait plus.

Dans ce récit d’une famille qui quitte la province pour un peu plus de bonheur dans la capitale, Ellis prend le temps de construire (ou de déconstruire, c’est selon) un univers carte postale d’un pays et d’une ville à touristes qui devient bien vite la Manille moite et furieuse des clodos, des chômeurs et de tout ce qu’une ville peut contenir d’âmes perdues en quête, à n’importe quel prix, du petit supplément ; avant de distiller habilement, comme s’ils faisaient partie des aléas du quotidien, les éléments du thriller qui va se déchaîner, rompre le film, après un retournement aussi efficace qu’inattendu… un coup de tonnerre.

Car, oui, Metro Manila, et c’est assez rare pour être souligné, repose sur un scénario culotté et terriblement bien foutu. Structure inhabituelle, l’introduction est longue, mais jamais ennuyeuse, car Ellis sait manier la carotte et le bâton pour faire avancer son récit, nous faire angoisser, nous faire rire (jaune), nous émouvoir, avant de nous surprendre encore et encore.

L’histoire suit le destin d’Oscar Ramirez et de sa famille quittant leur province du nord des Philippines pour Manille dans l’espoir d’une vie meilleure. Après le choc et l’émerveillement de l’arrivée dans la capitale, les premières déceptions et les désillusions ne tardent pas, et une descente aux enfers lente et douloureuse s’amorce irrémédiablement. Lorsqu’il décroche un poste d’agent de sécurité pour une entreprise de convoyeurs de fonds, Oscar Ramirez entrevoit la fin du calvaire pour sa famille. Mais le prix à payer pour la vie rêvée s’annonce plus élevé que prévu.

Le tableau n’est pas rose, mais loin de brosser un portrait misérabiliste, Metro Manila se veut plus qu’un thriller social. C’est un film d’amour, un film militant. Militant, parce que récit universel sur l’immigration, sur un état du monde où le néolibéralisme à outrance achève de faire des trois quarts des humains des damnés de la terre. D’amour, parce que c’est le lien fort, mais décrit avec une retenue désarmante, qui unit Oscar Ramirez et sa femme. C’est l’amour pour sa femme et ses enfants qui fait se mouvoir ce père de famille d’une énergie sans bornes.

Dans le rôle de ce père, Jake Macapagal est d’une justesse remarquable. Son personnage dégage à la fois la naïveté du provincial qui débarque dans la mégapole et la force du père protecteur infaillible. Il est d’un charisme aussi subtil qu’évident. A noter également, l’interprétation excellente de John Arcilla dans le rôle de l’agent de sécurité, binôme d’Oscar Ramirez. Un fort en gueule roublard, mais attachant et généreux. Dans le rôle de l’épouse d’Oscar Ramirez, Althea Vega, compose une femme qui intériorise sa détresse et affiche le masque de la résignation. Un très beau personnage pour une interprétation sensible.

Venant du clip et de la photo, Sean Ellis propose une image et une mise en scène soignées, de suggestion et sobriété, qui contraste un peu avec la dureté du sujet sans pour autant défausser le propos du film mais ajoute au contraire à l’alchimie qui en fait sa qualité.

N’en jetez plus, Metro Manila est le film à ne pas rater du moment, une belle réussite, le genre de cinéma qu’on aimerait voir plus souvent.

A voir dès le 28 Août.

Tanguy

Tanguy

Bachelier en techniques cinématographiques, Master en écriture et analyse cinématographique. Traducteur, scénariste, vidéaste.

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