Mommy-morable et Dolan-ifique

Dernier défilement du générique, la salle est sous le choc, figée, interloquée par une puissance cinématographique rare, et encore plus venant d’un si jeune réalisateur (Xavier Dolan n’a que 25 ans! L’âge où certains rêvent de faire carrière mais n’en saisissent pas la mesure). Anne Dorval arrive sur scène, acclamée durant de longues minutes, l’émotion est palpable. Xavier Dolan n’est pas là, pourtant on jurerait que sa présence de divin du cinéma rayonne dans cette salle comble. Certes, vu la filmographie du prodige québécois, qui signe presqu’un film tous les ans, on pouvait s’attendre à un grand film. Pas à un chef d’oeuvre comme celui auquel nous avons assisté, presque tremblants, sanglotants parfois, conquis par une puissance folle.

Sans père, pas sans reproche

Mommy, c’est l’histoire d’amour maternel et fusionnel aux extrêmes entre Diane (dite Die) et de son fils Steve. L’histoire pourrait être banale sauf que Steve est hyperactif, totalement imprévisible et incontrôlable, d’une violence inouïe traduite en mots et en actes. Sans père, mais non sans reproche, Steve doit vivre entre ses moments de pulsions et ceux de conscience. Il a incendié un jeune garçon dans l’établissement où il était soigné. Alors qu’une loi fictive autorise Diane à placer son enfant dans un hôpital, à s’en débarrasser sans autre forme de procès, Diane a choisi de garder Steve avec elle, et ce malgré ses gros soucis financiers. Heureusement, elle pourra compter sur l’aide de sa voisine Kyla, institutrice traumatisée et bègue, pour former un trio intouchable. Du moins, ils le croiront.

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Pas Sartre mais Instagram

Mommy aurait pu être très triste à cause de sa dimension dramatique. Ce n’est pas le cas, loin du tire-larme, Dolan offre une vision lumineuse de la vie dure que mènent ces trois personnages malmenés par celle-ci. Bien sûr, il y a de la tristesse, mais toute nuancée par la joie de vivre de ces combattants d’un quotidien qui les emprisonne. Comme ce cadre de cinéma, carré comme une image sur Instagram et qui laisse peu de place à l’émancipation des personnages. Pourtant, si pour Sartre, l’enfer c’est les autres et se forge à trois personnages, ici ces trois-là se renforcent. Steve semble capable de mieux se contrôler, Diane s’apaise, Kyla parle sans accroche. Mais si cette plénitude est éphémère, le tourbillon d’images entre détresse et bonheur insoupçonné est d’une classe folle. Comme la bande-son utilisée à merveille, de Oasis à la meilleure scène du film sur du Céline Dion. Les acteurs, magnifiques Anne Dorval, Antoine-Olivier Pilon et Suzanne Clément, transpirent leurs rôles comme jamais.

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Et nous, dans notre rôle de spectateur, on reste scotchés de bout en bout, pourtant ce n’est ni un blockbuster, ni un thriller, ni un action movie. Juste un film d’amour, chic et choc, une symphonie vertigineuse et imparfaite, intense et démesurée! Dolan est un maître avant l’heure (qui sait ce qu’il nous réservera dans dix ans où vingt ans, à l’âge où les maîtres ont l’habitude de se dévoiler?), de ceux qui imposent un style et révolutionnent leur art. Et si l’on doit pleurer devant Mommy, c’est surtout pour ça. Magnifique!

Mommy de Xavier Dolan, au cinéma dès le 8 octobre, avec Antoine-Xavier Pilon, Anne Dorval, Suzanne Clément

Vu en avant-première au Festival International du Film Francophone de Namur

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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