La mort de Didon

Il faudrait peut-être, avant tout, commencer par un petit rappel historique. C’est dans les chants de l’Eneide que Virgile décrit les amours de Didon et Enée. Fuyant Troie suite à la prise de la ville par les Grecs, Enée est chargé par les Dieux de l’Olympe de fonder un nouveau royaume, en l’occurrence Rome. Au cours du voyage, il fait escale à Tunis, où il est accueilli par la reine de Carthage, Didon, de laquelle il tombe éperdument amoureux. Il se voit pourtant bientôt obligé de l’abandonner subitement, sous la pression des Dieux qui lui rappellent sa mission. Incapable de supporter cet abandon, Didon décide de se donner la mort avec une épée laissée derrière lui par Enée.

Didon a inspiré de nombreux artistes: de Rubens à Purcell, de Cayot à Guérin, ils se sont tous penchés sur cette histoire tragique et déchirante. Sandra Vincent n’échappe pas à la règle, et livre, au travers de sa création présentée au Théâtre Marni quasiment à guichet fermé, les interrogations que lui évoquent la pièce lyrique de Purcell : comment interpréter ce mythe, qui met en exergue la douleur animale, insurmontable dans les limites de notre humanité ? Comment la chorégraphier ? Qu’est- ce que ce grand mythe tiré de la mort de la dernière reine de Carthage nous raconte de nous-mêmes ?

Dans ce spectacle en évolution constante depuis 2008, des pistes de recherche sont explorées au travers des solos qu’exécutent chacune des danseuses qui composent le chœur des femmes. En s’appuyant sur une chorégraphie minimaliste à la lisibilité malheureusement confuse, chacune va tenter de livrer son interprétation du drame, avant de se réunir dans une scène finale désorganisée tenant de la sarabande.

Didon 1

Si l’exercice donne lieu à de beaux moments, à l’instar du mouvement choral de malaguena et de certains solos assez esthétiques, l’inégalité des interprétations et le manque de précision, tant au niveau de la forme que du fond, ne nous ont malheureusement pas permis d’épouser la réflexion proposée par la jeune chorégraphe. La quasi-absence de musique est surprenante, tandis que l’ajout du chant en fin de parcours désoriente encore un peu plus le spectateur.

En partant à la recherche de « ce qui nous touche de manière individuelle et collective», et en interrogeant la capacité de la danse à donner vie à ces émotions, Sandra Vincent questionne de façon intéressante la capacité de l’homme à exprimer des phénomènes qui le dépassent. La réalisation maladroite et la complexité du propos font malheureusement de La mort de Didon une création pédante qui se perd dans les allégories.

 

La Mort de Didon, c’était du 22 au 25/10/2014 au Théâtre Marni

Conception Chorégraphie Voix : Sandra Vincent
Interprétation : Sandra Vincent et le chœur de femmes
Chœur de femmes : Anaïs Caillat, Cindy Caraguel, Ariane Carron, Clelia Petranto, Adele Pawn, Marisol Valderrama
Musique : Chants d’après Henry Purcell ; Malaguena (répertoire flamenco) ; Parte Seconda d’ Andrea Belfi
Accompagnement scénique : Benjamin Franklin, Palmas Marisol Valderrama et le chœur

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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