Nicolas Rey -Treize minutes

« Le temps est une invention bien étrange. On végète pendant des mois assis dans un coin d’existence, à regarder défiler les semaines en fumant des cigarettes. Et puis l’accélération que l’on n’attendait plus vous tombe sur le coin de la cervelle. Le destin s’amuse à vous balancer en une poignée de jours un concentré d’aventure. Six ans seraient souhaitables pour gérer cette énergie. On vous donne six jours et pas un de plus. »

Après la lecture de Beigbeder, la grossièreté et la suffisance du narrateur avait tout pour déplaire. Comme si tous les pseudo-intellectuels qui ne veulent pas d’une vie préformatée doivent forcément se complaire dans l’ivresse, l’immoralité et l’inaction. Raccourci non seulement un peu simplet mais aussi barbant, à la longue, quand on voit le nombre de romans narrant la désillusion de jeunes mecs aux scrupules limités.

Heureusement, Nicolas Rey, bon souverain, a réussi à éviter les pièges dans lesquels d’autres sont tombés. Une certaine finesse psychologique, une élaboration surprenante des chapitres amenant son lot d’événements inattendus et une fin très différente de ce type de livre – ce qui la rend à la fois originale et splendide – contrebalancent fort bien la crudité de ses propos et la légèreté de ses moeurs qui ont, quant à eux, un méchant goût de déjà-vu.

N’allez pas croire que mon absence d’enthousiasme face au côté licencieux de ses propos révèle une forme de pudibonderie. Généralement, rien ne me choque, loin s’en faut. Non. Je peste et maudis juste cette tendance humaine à tendre vers le Black or White (mes hommages à Michaël) et à délaisser le savant mélange des deux. Au moins tout autant que ce frénétique désir de tout classer et ranger dans un petit tiroir propret nommé « genre ».

Face à ce genre d’attitude, je n’ai qu’un seul mot: « Pourquoi? ». En effet, selon moi, ce qui magnifie une oeuvre c’est son subtil dosage de mille et un ingrédients antagonistes, la rendant ainsi tout bonnement inclassifiable, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs. Peu importe, dès lors, son chiffre de vente ou le plébiscite obtenu. Peu importe les louanges et les prix remportés. Tout ce qui compte, c’est sa sublime unicité. Ce qui fait qu’on ne l’oublie pas. Jamais.

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