Une nouvelle amie

Avec Une nouvelle amie, François Ozon revisite le classique triangle amoureux de manière très personnelle et dirige pour la première fois Romain Duris qui se glisse avec délectation dans un rôle en résonance étonnante avec l’actualité sociale française puisqu’il est question dans ce film de travestissement, mais surtout recherche d’identité sexuelle. Synthèse originale et post-moderne de l’émancipation de la femme, Une nouvelle amie mélange les genres au propre et au figuré.

A la mort de sa meilleure amie, Claire fait la promesse de veiller sur le mari et le nouveau-né de celle-ci, mais une profonde dépression l’éloigne de son engagement. Un découverte étonnante sur le mari de son amie va l’aider à sortir définitivement de la dépression.

Bande-annonce et affiche tendent à préserver l’anonymat de cette nouvelle amie, mais dévoiler la nature plutôt masculine de cette amie n’est pas hérésie, puisque que le propos du film ne tourne pas autour du mystère que cache le mari veuf de l’amie de Claire, son travestissement, mais plutôt sa quête de liberté et d’émancipation. Bref, si vous rêviez de voir Romain Duris se trimballer en haut talons et jupe cintrée, Une nouvelle amie est le film à ne pas rater.

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Si avec Une nouvelle amie François Ozon retrouve ses thèmes de prédilection que sont la transgression et l’expression des désirs en contradiction avec une société normative, ainsi qu’un personnage de femme en rupture, en mélangeant les genres cinématographiques, à l’image de son personnage principale transgenre, il s’aventure sur les terres d’un certain Almodovar. Avec un certain succès, grâce notamment à un Romain Duris formidable qui alterne avec bonheur les émotions contraires. Touchant par moments, drôle à d’autres, il est incontestablement la clé de voûte de l’entreprise assez culottée de François Ozon.

Anaïs Demoustier ajoute au film une touche plus hitchkockienne, incarnant un personnage dont les motivations sont ambiguës. Amitié sincère, désir amoureux ou simple volonté de respecter sa promesse, la question n’appelle pas de réponse mais souligne le trouble qui l’habite et qui l’amène à s’interroger sur ses propres ambivalences.

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Petit bémol concernant le personnage de Raphaël Personnaz, le mari de Claire, qui complète le triangle « amoureux ». Effacé, peu développé et mal servi par les dialogues, il apporte peu au récit, sinon les soupçons d’usage dans cette chronique d’une improbable passion amoureuse. Il est manifestement l’angle droit du triangle.

« Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs », ce message qui précède le synopsis du film sur un site à haute fréquentation dédié au cinéma en dit long sur la nécessité de ce genre de film, sinon l’extrême pertinence de son propos. Entamé avant les remous de la manif pour tous et autres théories du genre, Une nouvelle amie n’est pas militant mais vise juste et parvient à maintenir l’intérêt de bout en bout.

A voir dès le 5 novembre 2014

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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