Ô ministres intègres – Concours

«Le Koltès de La Nuit juste avant les Forêts, le Brecht de Baal, le Claudel de l’Echange, le Musset de Lorenzaccio et le Hugo de Cromwell n’ont pas trente ans. Monter le répertoire, c’est donner la parole à la jeunesse du monde. Celle qui, comme le dit Edward Bond, «veut d’abord savoir pourquoi l’univers n’est pas juste». Hugo ne nous parle pas de l’Espagne du 17ème siècle. Il utilise l’Histoire comme un masque pour parler de la France de son temps. Ruy Blas, c’est le peuple indigné qui se lève pour dénoncer la corruption d’une oligarchie accapareuse des biens de l’Etat.»

Ruy Blas m’a ramené ce soir bien des années en arrière (au moins dix), lorsque je découvrais le texte à l’adolescence (vous ferez donc le calcul vous-mêmes), et que les velléités de justice sociale de ce valet résonnaient avec mes balbutiements de prise de conscience politique et citoyenne. En souvenir de ce temps où les rédactions, essais et commentaires de texte faisaient partie de mon quotidien, ma critique en 3 actes :

Le théâtre de la Vie

Le théâtre de la Vie, ancien bâtiment industriel, où les briques, le bois et le fer ont la part belle, nous accueille par une phrase de Bertold Brecht : « Tous les arts contribuent au plus grand de tous les arts : l’art de vivre ». Situé dans la rue Traversière à Saint-Josse (un quartier qui mérite à bien des égards d’être découvert, arpenté, fréquenté), ce théâtre créé en 1971 poursuit l’ambition de mettre en avant la jeune création théâtrale belge, en entamant une véritable réflexion sur le théâtre contemporain, et en questionnant sa place dans notre société. Le Théâtre de la Vie prend le parti de privilégier la rencontre, entre les artistes et avec le public, autour de questions existentielles et sujets essentiels concernant le quotidien et s’inscrivant dans un environnement mondial actuel. Mettre en avant le travail de l’acteur et s’adresser au public le plus large possible semblent constituer les lignes directrices de la politique du Théâtre, qui tant par sa programmation que par sa politique tarifaire très abordable (les résidents de Saint-Josse paient 5€ par spectacle, et pour tout le monde, le quatrième spectacle est gratuit)confirme une certaine conception du théâtre et des arts en général, ainsi qu’un certain engagement politique. D’où Brecht, on imagine.

Bref, dans la petite salle d’une soixante-dizaine de places, c’est chaleureux et on s’y sent bien.

Ruy Blas

Ruy Blas est une pièce de théâtre romantique créée en 1838. Le héros de ce drame romantique, Ruy Blas, déploie son intelligence et son éloquence pour dénoncer les jeux de pouvoir des maîtres et la manipulation des puissants. La pièce donne à entendre la voix du valet, et porte un regard sur les agissements cyniques du maître.

Victor Hugo affirme, dans la préface de la pièce, qu’il veut plaire à trois sortes de spectateurs : les femmes, les penseurs et la foule, dont il définit les désirs. La foule réclame de l’action, les femmes, de la passion, les penseurs, une peinture de caractères qui permette la méditation sur la condition humaine. Seul le drame peut satisfaire ces spectateurs aux exigences si différentes, car il « tient de la tragédie par la peinture des passions et de la comédie par la peinture des caractères ». Victor Hugo nous propose donc une intrigue amoureuse dans l’Espagne du XVIIème siècle, qui sert de prétexte à la dénonciation d’une oligarchie accapareuse des biens de l’État.

Toujours dans la préface, Hugo plante le décor : « Au moment où une monarchie va s’écrouler, plusieurs phénomènes peuvent être observés. Et d’abord, la noblesse tend à se dissoudre. En se dissolvant, elle se divise, et voici de quelle façon : Le royaume chancelle, la dynastie s’éteint, la loi tombe en ruine; l’unité politique s’émiette aux tiraillements de l’intrigue ; le haut de la société s’abâtardit et dégénère; un mortel affaiblissement se fait sentir à tous au-dehors comme au-dedans; les grandes choses de l’État sont tombées, les petites seules sont debout, triste spectacle public; plus de police, plus d’armée, plus de finances; chacun devine que la fin arrive. De là, dans tous les esprits, ennui de la veille, crainte du lendemain, défiance de tout homme, découragement de toute chose, dégoût profond. Comme la maladie de l’Etat est dans la tête, la noblesse, qui y touche en est la première atteinte. Que devient-elle alors ? Une partie des gentilshommes, la moins honnête et la moins généreuse reste à la cour. Tout va être englouti, le temps presse, il faut se hâter, il faut s’enrichir, s’agrandir et profiter des circonstances. On ne songe plus qu’à soi. Chacun se fait, sans pitié pour le pays, une petite fortune particulière dans un coin de la grande infortune publique. On est courtisan, on est ministre, on se dépêche d’être heureux et puissant. On a de l’esprit, on se déprave et l’on réussit. Les ordres de l’État, les dignités, les places, l’argent, on prend tout, on veut tout, on pille tout. On ne vit plus que par l’ambition et la cupidité. ».

Tiens donc, un air de déjà vu? L’Espagne, l’Italie, la Grèce, la France aujourd’hui…ça vous rappelle quelque chose?

La représentation

La pièce s’affranchit de tous les rôles secondaires pour ne garder que les 4 rôles principaux de la pièce: Don Salluste (Jérémie Siska), la Reine d’Espagne (Louise Manteau), Ruy Blas (Saïd Jaafari) et Don César (Juan Martinez). Les acteurs sont seuls face au texte: pas de costume, une mise en scène très sobre, pour mettre en valeur les alexandrins et le travail de l’interprète, et faire ressortir toute l’intensité de la pièce à travers très peu de moyens.

Frédéric Dussenne part de la préface de Ruy Blas, pour permettre aux acteurs de se réapproprier la pièce suivant les indications de Victor Hugo qui confesse lui-même que les personnages secondaires ne font qu’ajouter une couleur locale au drame. Tous brillants et intenses, les acteurs commencent ainsi par dire la préface, qui donne les clés de lecture de la pièce, avant d’interpréter les actes majeurs de la pièce. Pour ce Ruy Blas réinventé, la Théâtre de la Vie a changé d’allure: les gradins ont été retirés et les acteurs voyagent entre les rangées de spectateurs, dans une scénographie qui gomme la mise à distance et ne laisse pas d’autre choix au spectateur que de prendre part à la pièce: il n’est plus devant un spectacle, mais bien dans un drame dont il est également, quelque part, acteur.

Frédéric Dussenne dresse un parallèle entre Ruy Blas, et la situation aujourd’hui dans de nombreux pays: « Jamais dans l’Histoire du monde, les inégalités entre les riches et les pauvres n’avaient été aussi violentes qu’aujourd’hui. Jamais le cynisme des puissants ne s’était étalé avec autant d’arrogance. Jamais la défense furieuse de la réalisation individuelle comme idéologie de domination des forts sur les faibles n’avait écrasé à ce point les solidarités ». Ruy Blas, c’est la voix du peuple, le désir de justice sociale, l’intégrité. Des valeurs qu’il faut défendre dans l’intérêt commun… et c’est pour ça que le spectateur doit se placer au centre du drame, et devenir citoyen. C’est ce que rappelle ici Frédéric Dussenne : allez-y vite, ça fait un bien fou!

Pour plus d’information : http://www.theatredelavie.be/

Culture et Compagnie vous offre 3 x 2 places pour le 02/10 à 20h00 pour ô ministres intègres Pour faire partie des heureux gagnants, rien de plus simple!Il vous suffit d’aimer la page Facebook ou  de vous abonner par e-mail au site, de signaler votre participation en envoyant un message à concours@culturetco.com  !

Le concours sera clôturé le 29/09Bonne chance à tous!

Du 19/09/13 au 05/10/13 au Théâtre de la Vie

D’après : Ruy Blas de Victor Hugo

Adaptation et mise en scène : Frédéric Dussenne

Avec : Saïd Jaafari, Louise Manteau, Juan Martinez et Jérémie Siska

Tarifs : de 4€ à 12€ (Adulte)

Durée du spectacle : 1h15 min

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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