On a parlé racisme au Festival de Liège, dans « Vertiges », un work in progress teinté d’humour !

Qu’il s’agisse des années 60, 70 et 80 avec l’arrivée sur les sols européens des premiers immigrés de travail ou d’aujourd’hui avec les deuxième ou troisième générations, le phénomène d’hostilité envers les communautés issues de l’immigration est et reste toujours un sujet problématique dans notre société. Et puis, il y a les artistes qui pointent tout ça du doigt, avec talent. Par exemple, au Festival de Liège, sur les planches, avec une présentation d’un vaste projet théâtral en devenir, Vertiges

Le Festival de Liège, un lieu de découverte

Du 27 janvier au 18 février, vous avez pu aller à gauche, à droite ou tout droit, ou même derrière vous, au fond du couloir, comme vous l’avez voulu ! Au final, vous n’êtes pas sorti bredouille de bons moments théâtraux dans l’antre de la Caserne Fonck, l’enceinte qui a abrité, cette année, le Festival de Liège !

La preuve: c’est dans ce cadre que vous avez pu voir Laïka avec David Murgia, prendre conscience, avec Nourrir l’humanité, c’est un métier (de et avec Valérie Gimenez & Charles Culot), du quotidien éprouvant infligé aux agriculteurs dans un monde basé sur le bénéfice comme unique fin, mais aussi découvrir un « Festival dans le Festival ». C’était « Factory », un petit coup de pouce aux nouveaux projets pour nous faire grandir artistiquement. Apprécier le renouvellement perpétuel de la création tout terrain. Et, parmi les nombreuses nouvelles choses, il y avait Vertiges, un projet en devenir qui mérite bien qu’on s’y attarde.

L’origine de Vertiges

Vertiges est l’adaptation théâtrale d’un documentaire qui avait beaucoup fait parler lors de sa sortie, et qui dévoilait pour la première fois un phénomène qui n’avait encore jamais été porté à l’écran de façon aussi brute et sans ambages.

En effet, en 1984, le film Au Coeur du racisme a été réalisé sur le thème du racisme et des rapports entre racistes (se déclarant ouvertement comme tels) et « racisés », c’est-à-dire, victimes de racisme à cause, notamment, de leur apparence physique, et plus singulièrement de leur couleur de peau. L’expérience avait lieu en Suisse, dans un petit chalet de haute montagne, duquel il était impossible de « s’échapper » et qui, ainsi, forçait les protagonistes à vivre ensemble pendant un temps déterminé, et à tenter de se connaître, de voir au-delà des apparences, ce qui ne fut pas aisé pour la majorité d’entre eux, c’est le moins qu’on puisse dire…

Image tirée du documentaire Au coeur du racisme (1984) qui a inspiré les créateurs de Vertiges

Le point de départ, c’est donc la réalité mise en lumière. Celle des années 80 et de la fin de ce qu’on appelle la « vague d’immigration de première génération », d’Afrique vers l’Europe. Lors de cette émission, reprise ensuite en France et dans toute la francophonie soumise au même phénomène, ces huit personnes ont dû se confronter. L’équipe de Vertiges, la Brèche Cie, ces acteurs et metteurs en scène, a remarqué que cet état d’hostilité était toujours d’actualité, bien qu’il ait évolué à plusieurs égards. En s’inspirant de ce film, elle a créé (et crée encore) quelque chose de nouveau.

A la suite d’un long travail d’enquête sur ce qui alimente les préjugés, sur les mécanismes qui les produisent et nos croyances en ceux-ci, La Brèche Cie a voulu traiter ce sujet délicat avec humour. Et elle n’a pas opté pour la simplification, et n’a donc pas dénié la complexité des phénomènes de racisme, que ce soit entre « blancs » et « immigrés » mais aussi entre immigrés eux-mêmes. Aujourd’hui, la religion est un facteur bien plus important de racisme qu’elle ne l’était à l’époque. C’est désormais le premier facteur cristallisant la xénophobie. Cette religion est évidemment l’Islam. Ainsi, de nos jours, on reproche moins, de façon structurelle, à certains groupes de population leur ethnie que leur foi.

C’est par ce biais que les comédiens, de toutes origines, de ce Work in Progress ont décidé de dénoncer le racisme ordinaire actuel.

L’impatience nous guette, nous, public qui avons assisté ou non, à cette représentation-tremplin ! Affaire à suivre sur les planches !

Conception et écriture : Valérie Gimenez et Lola Chuniaud
Interprétation: Grigory Collomb, Arié Mandelbaum, Dominique Bela, Marie Diaby, Seloua M’hamdi, Salim Talbi, Valérie Gimenez, Lola Chuniaud
Assistanat à la mise en scène: Sorana Dobré

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Ancien étudiant en Sciences Politiques (ULB) Entre 2014 et 2016, gérant de L'étrier asbl. Depuis août 2016, président de Clap Culture, association désirant promouvoir la culture à travers les nouvelles créations, l'esprit citoyen et la conscience des enjeux de société à travers elle. Organisateur d'événements (Festival Mini-Classiques pour donner de la visibilité aux jeunes musiciens des différents Conservatoires ou d'ailleurs), journaliste, Réalisateur d'un projet radio de fiction "Les Pieds de l'Iris", suite d'histoires rocambolesques aux personnages à la trempe décalée sur fond de quartiers bruxellois.

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