On the road…A – En quête d’identité au Théâtre de Poche

On the road…A est de ces spectacles qui vous (re)donnent le goût pour le théâtre. D’abord il y a la thématique, celle de l’identité, qu’elle soit subie, inventée ou revendiquée. Ensuite, il y a un texte percutant, drôle et pertinent. Enfin, il y a un comédien, Roda Fawaz, qui nous bluffe par ses talents de conteur mais surtout d’interprète.

On the road…A, c’est d’abord et avant tout son histoire. Seul en scène et 1h30 durant, Roda nous parle de son parcours, de sa vie et des quatre identités qu’elle lui a donné. Car oui, l’acteur a une carte de visite plutôt atypique : né au Maroc de parents libanais, il a grandi en Guinée pour finalement arriver en Belgique où il a passé la majorité de sa vie. Tour à tour assimilé (ou revendiqué) comme belge, marocain, libanais, italien ou « méditerranéen », le comédien se moque des étiquettes qu’on lui (et qu’il se) colle et décolle au fil de sa vie. Tout y passe, de sa naissance jusqu’au présent, de son premier amour à son premier désenchantement, le comédien se livre en choisissant la question de l’identité et du regard des autres.

Ah! L’identité, cet étrange concept malléable à souhait selon que l’on se place du côté de l’étranger ou de l’autochtone.

Pas vraiment d’ici, pas tout à fait de là-bas, les personnes aux multiples identités ne savent où donner de la tête. Et si le bagage culturel est la plupart du temps une richesse, ce sentiment de n’appartenir à rien et à plusieurs choses à la fois peut parfois mener à un vrai déchirement et à un sentiment d’abandon. Car, quand toutes les sociétés où l’on vit nous rappellent que nous ne sommes pas vraiment à notre place, que faire ? On the road…A ne vous donnera pas la réponse mais vous apportera peut-être quelques pistes de réflexion

Rencontre avec le comédien de ce seul en scène passionnant, Roda Fawaz.

Comment t’es venu l’idée de « On the road…A« ?

Je suis – entre autres – originaire du Liban. J’ai donc commencé à m’intéresser à l’oeuvre d’Amin Maalouf, l’écrivain franco-libanais d’Identités Meurtrières. Ce livre a chamboulé ma vision de l’identité et m’a donné envie écrire un spectacle sur cette thématique. À la base, je viens plutôt du monde du stand-up et du conte. Ça me plaît mais parfois, ça manque, à mon sens, de richesse, de variété au niveau de l’interprétation et de thématiques plus « profondes ». Ce spectacle, c’est l’occasion de combiner mon désir d’incarner plusieurs personnages sur scène et de parler d’un sujet qui me tient à cœur ». 

Et des personnages, on en voit défiler ! De sa mère à ses cousins africains, en passant par son tyrannique professeur de religion islamique à celui de théâtre, Roda Fawaz nous impressionne par son interprétation : sa gestuelle, sa voix, ses mimiques changent à la seconde près et on y croit. On y croit tellement qu’on oublie parfois que le comédien nous raconte sa vie, de son point de vue et non de celui des autres. Bluffant.

Tu as au moins 4 identités. Y en a t-il que tu choisis de mettre en avant/de cacher dans ton quotidien?

Absolument pas. Pour moi, mon identité, c’est un tout, ce sont toutes les facettes, toutes mes origines certes mais surtout tout ce qu’il m’est arrivé. C’est à ça qu’Amin Maalouf se réfère dans son livre et ce sont ces facettes qui permettent au spectateur de se retrouver dans mon parcours et le spectacle. Du reste, j’essaie de faire en sorte que le racisme ne m’atteigne pas et le patriotisme, très peu pour moi aussi.

On ne t’entendra jamais dire « fier d’être belge » ? 

(Rires) Jamais ! Puis quoi, je devrais dire fier d’être libanais, marocain, belge, guinéen aussi ? Les revendications identitaires de ce genre ne m’intéressent pas. 

ROAD

Ton spectacle résonne avec l’actualité où l’on parle de plus en plus de crise identitaire, notamment en France où l’on parle de déchéance de nationalités, des étrangers/réfugiés, etc. Parler de l’identité, c’est un choix politique ?

Pas vraiment, je ne suis pas là pour prêcher. J’avais surtout envie de parler de ce sujet qui me tient à coeur. À vrai dire, mon spectacle – du moins c’est comme ça que je le vois – parle surtout du regard des autres. Nous avons tous des identités, des origines et des parcours différents, mais comme dit Amin Maalouf, ce qui importe, c’est le regard des autres qui, tour à tour, nous enferme et nous libère dans ces identités. La difficulté de sortir du regard cloisonnant des autres, c’est de ça que parle mon spectacle. Après, oui, c’est également ma manière de me défendre face aux absurdités qu’on entend dans les médias chaque jour… Mais ça reste avant tout un un spectacle très personnel. Ce que les gens en font, notamment que la Ligue des droits de l’Homme se l’approprie, cela prouve que le spectacle vit et mérite d’être partagé.

Comment est reçu le spectacle ?

Super bien ! Tous les soirs, j’ai des réactions très positives mais surtout très constructives, que ce soit avec des adultes ou des adolescents. Avec ces derniers, on parle de ce qui fait notre particularité, notre identité, du rejet des autres, des stéréotypes, etc. La rencontre avec l’inconnu, tout le monde y a été confronté, ça parle au public. Au fond, On the road…A aborde des sujets assez sérieux mais toujours avec humour ce qui permet la réflexion.

On the road…A est un spectacle à montrer à tout le monde. Car il concerne tout monde. On est tous l’étranger de quelqu’un et on a tous des préjugés. Comédien bourré de charisme et de talent, Roda Fawaz nous touche par la sincérité de son interprétation. Ses histoires, tantôt humoristiques, tantôt émouvantes, s’enchaînent à une vitesse éclair. Les rires fusent dans la salle, les regards compatissants se posent. Cela faisait bien longtemps qu’une telle histoire, notre histoire au final, ne nous avait pas autant parlé.

Le spectacle se veut donc plus personnel qu’engagé mais ne manque pas de nous questionner sur notre rapport à l’identité, que ce soit la nôtre ou celle des autres. Et si le spectacle pose un regard tendre sur la question, d’autres artistes, tel que le rappeur Médine, nous mettent en garde face à ses dérives bien connues : préjugés, discriminations, communautarisme et haine.

Ayons donc toujours à l’esprit que pour former une société multiculturelle épanouie, « l’amour des siens, c’est pas la haine des autres ».

Etant donné le succès de la pièce, des représentations supplémentaires sont prévues jusqu’au 29/01 au Théâtre de Poche. Le spectacle partira ensuite en tournée en Belgique et également au Festival d’Avignon ! Retrouvez toutes les dates de la tournée sur le site du Poche.

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Laura, 28 ans, 1m55. Titulaire d'un diplôme loufoque : Sciences des religions et de la laïcité. Ecrit des articles non moins loufoques pour Culture Remains. Nourrit une passion pour M.I.A, le Théâtre de Poche, son chat, Edgar Allan Poe et les plantes carnivores. A toutes fins utiles, sachez qu'elle est très facilement corruptible si on lui offre à boire et à manger.

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