On vit peu mais on meurt longtemps

 « Tout va mal, c’est la crise, nous allons perdre notre triple A, la planète se réchauffe, l’air devient irrespirable, on ne sait plus ce qu’on mange, … et pendant ce temps-là, je ne sais toujours pas où je vais partir en vacances ! ». Sur le ton de la comédie, le nouveau seul en scène de Fabrizio Rongione épingle avec jubilation les paradoxes quotidiens de la globalisation. Avec beaucoup d’humour, le comédien décrit les nouveaux défis de l’homme moderne, coincé entre écologie et consumérisme, confort et mauvaise conscience. Est-il possible de vivre sans voiture ? Que penserait un paysan du Moyen-Age s’il nous voyait courir sur un tapis roulant ? Pourquoi les nouveaux prophètes « verts » prennent-ils toujours l’avion ? On sauve les banques à coup de milliards, alors pourquoi rechignent-elles à nous prêter quelques euros ? Ecologie, économie, politique, tout est matière à rire dans ce spectacle qui se moque de l’emballement d’un monde ne sachant plus à quoi se raccrocher ».

C’est parce qu’on vit peu mais qu’on meurt longtemps qu’on court après ce temps qui s’envole à une vitesse incroyable. Et c’est parce qu’on court après ce temps, cet argent, ces kilomètres qui défilent que Fabrizio Rongione a décidé, dans sa grande magnanimité, de nous offrir un peu de répit dans ce monde fou, fou, fou que même les bisounours ont déserté depuis bien longtemps (à se demander pourquoi nous on reste, n’est-ce pas ?)Les pieds dans le plat, comme un cheveu dans la soupe, c’est un Fabrizio plutôt mystérieux qui fait son entrée sur scène sous la lumière d’une lampe de poche. « C’est la crise », qu’il nous dit, « restriction de budget oblige ». « Moi aussi, j’ai décidé de faire un geste donc on fera tout le spectacle à la lumière d’une lampe de poche »

… Ou pas ! Car, apparemment, M. Rongione n’est pas seulement humoriste mais aussi magicien. Une petite formule magique (« Oh, tu sais quoi ? Allume !») et hop, Fiat Lux, le voilà qui a rajeuni de 20 ans !

La suite du spectacle ? Cocasse à souhait ! A partir de ses propres expériences, mélangeant allègrement ses origines italiennes, sa nationalité belge et sa qualité de citoyen européen, il nous dresse un portrait cynique mais drôlissime de l’homme pressé d’aujourd’hui. La publicité, les banques, l’économie, l’écologie, la politique, les progrès technologiques, la société de consommation, le service clientèle, les médias… Tout y passe mais si l’humour est acide, il n’est pas sans manquer d’autodérision.

Ainsi, Fab (bah, oui, après 30 minutes, il nous est tellement sympathique qu’on ne peut s’empêcher de l’appeler par son petit nom) ne s’en cache pas : il est comme tout le monde. Comme vous, comme moi.

Lui aussi se demande ce qu’il se passe dans ce monde : « Depuis que je suis tout petit on me dit que la Belgique est endettée mais a qui on le doit ce fric? Si on me dit a qui on doit ce pognon, je l’appelle et on s’explique! », lui aussi est torturé par sa bonne conscience : “J’essaie d’être écolo, j’vous jure! Mais c’est dur! Manger de la salade avec sa femme, ça va mais avec ses potes c’est bière et pizza pas carotte et chou-fleur!”, lui aussi grogne et s’indigne contre les absurdités actuelles : « Vous savez que 10% du traffic ce sont des gens qui cherchent une place? On a retrouvé des automobilistes qui étaient morts de faim à force de chercher! ».

Bref, Fab, c’est un gars comme nous qui, une floppée de mimique en plus, nous renvoie un reflet de nous-même doux-amer sans jamais, toutefois, être moralisateur, et c’est pour ça qu’on l’aime et qu’on ferme aisément les yeux sur son léger manque d’originalité thématique*.

* parce qu’en bon spectateur jamais content, parfois on aimerait bien qu’on arrête de nous bassiner avec cette satanée crise… parfois!

Du 08/11 au 08/12 au théâtre de la place des Martyrs, 22 place des Martyrs à 1000 Bruxelles. Les prix oscillent entre 9 et 16,50 €.
De: Fabrizzio Rongione

Mise en scène : Samuel Tilman & Alexis Goslain

Avec: Fabrizzio Rongione

Vous trouverez plus d’informations encore sur le site du théâtre!

Tags from the story
,
Written By

I'm always curious about new things, I love learning and I'm a creative person. That means I need to use my creativity to feel good and happy. That's why I've created Culture Remains and my other website, Naïra.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *