Paris n’existe pas, une réflexion surréaliste sur le temps

Ah ces aléas de la vie qui vous font rater des rencontres qui s’annonçaient passionnantes! Oui, j’aurais dû être là ce 20 novembre dernier, confortablement installée sur un fauteuil d’une salle du Forum des images à Paris et écouter religieusement les réflexions qu’auraient suscitées la projection de Paris n’existe pas. J’aurais tout de même eu la chance de voir s’imprimer sur ma rétine étonnée ces images surréalistes.

Le temps est la substance dont je suis fait.
Le temps est un fleuve qui m’entraîne mais je suis le temps;
C’est un tigre qui me déchire, mais je suis le tigre ;
C’est un feu qui me consume, mais je suis le feu.

Ces quelques lignes poétiques de Jorge Luis Borges (dans Une nouvelle réfutation du temps) apparaissant en conclusion du film pourraient à elles seules résumer la teneur étrange et philosophique de ce drôle d’objet cinématographique.

Sorti pour la première fois en DVD en novembre 2013, ce film est un « cabinet de curiosités », placées habilement çà et là par Robert Benayoun, fils spirituel d’André Breton, critique célèbre à « Le masque et la plume », entre autres. Nous pouvons dire que le réalisateur excelle dans l’art du surréalisme.

Oui, un drôle de film que celui-là, dont on ressort tout chose. Le décor: Paris, été 68. L’histoire? Celle de Simon (Richard Leduc), jeune peintre en panne d’inspiration. Le film s’ouvre sur une soirée artistico-psychédélique où l’artiste s’entretient avec Laurent, élégant dandy joué par Serge Gainsbourg.

Simon (Richard Leduc) et Angela (Danielle Gaubert)Simon (Richard Leduc) et Angela (Danielle Gaubert)

La scène pourrait se situer n’importe où, et surtout n’importe quand. La séquence de la soirée est entrecoupée de plans sur des aéroports, avec toutes les horloges du monde, une hôtesse expliquant à une voyageuse qu’elle arrivera à New-York avant son heure de départ. Ambiance sixties avec ses couleurs Polaroid, ses gares et bus à l’ancienne. Un beau voyage rétro dans la capitale.

Plan sur une conversation téléphonique:

– Tu le veux pour quand?
– Pour hier soir.
Raccrochage.

Ah les bons vieux téléphones à cadran. Un film qui peut provoquer la nostalgie, du temps où il était bien plus coutumier de voir des clopes fumer à tout va, chose qui me rappelle subitement un plan où les personnages sont attablés dans un bistro: trois généreux cendriers y sont posés négligemment… Où la musique composée par Serge Gainsbourg et Jean-Claude Vannier est tantôt psyché tantôt anxiogène. Et tout à fait remarquable de qualité.

« Un rêve est une seconde vie. »

Angela (Danielle Gaubert) et Laurent (Serge Gainsbourg)Angela (Danielle Gaubert) et Laurent (Serge Gainsbourg)

Voilà qui peut aussi vous dresser le tableau. Le lecteur comprendra à la vision de ce film qu’il est assez compliqué d’en parler clairement! Disons que suite à la soirée sur laquelle s’ouvre Paris n’existe pas, Simon se découvre de nouvelles capacités: il peut voyager dans le temps.

Cette surprise qui s’ouvre à lui est là encore construite avec de nombreuses images qui s’enchaînent, plongeant le spectateur dans un vertige bizarre. En travaillant sa nouvelle faculté, Simon découvre alors à quoi ressemblait son appartement il y a de cela un siècle, ou cinquante ans. Et ses locataires. Ou plutôt sa locataire. Dont il s’éprend et passe des heures à la regarder se coiffer ou se préparer pour sortir. Choses qui bien entendu finissent par provoquer un peu d’embarras auprès de son entourage et de sa compagne jouée par Danielle Gaubert.

Ce film évoque des réflexions profondes et poétiques sur le temps, l’inspiration.

« On n’a jamais su exactement la différence entre le passé et l’avenir. »

Les ballades temporelles de Simon dans le temps font découvrir au spectateur Paris à travers les âges: l’Opéra, les grands magasins, le jardin du Luxembourg, c’est épatant. Simon superpose les époques, va et vient on ne sait plus trop quand.

« Dans le temps et l’espace, il y a des illusions d’optique, c’est très net.

Paris n’existe pas, je veux dire que nous existons, c’est un décor continu. Paris change mais nous sommes éternels, nous n’en démordons pas de notre moi. »

A ces paroles, Angela dit à son homme qu’elle ne le reconnaît plus.

« Si seulement on pouvait garder nos souvenirs intacts, les conserver tout le temps; on resterait fidèles à nous-mêmes. »

« Rien de tout ça n’est mort, c’est une réalité qui se juxtapose à la nôtre, elles existent toutes les deux. » Voilà ce que finit par se dire Simon à force de ses voyages dans le temps. De peintre, serait-il passé à philosophe? En tout cas, cette excentricité finit par devenir addictive au héros qui au lieu de flashes brefs, se laisse tenter par les plans séquence.

« Le temps passe, dites-vous. Non, le temps demeure. Nous passons. »

 » Tu sais quel jour on est? Si tu sais je te donne un franc. » demande Simon à un enfant.
– Ben on est aujourd’hui! »
En voilà un qui a tout compris!

Un film qui plonge dans une rêverie existentielle toute mystérieuse. Qui se termine par une série très rapide d’images qu’il serait sans doute bon de passer au ralenti.

Le DVD propose aussi deux interviews de Gilles Verlant (biographe de Serge Gainsbourg) et de Richard Leduc; et une jolie galerie de photos.

Sans doute un film que l’on peut regarder un nombre infini de fois et que l’on ne verra jamais de la même manière! Mille facettes teintées d’art, de spleen existentiel, de pop, bref de tout plein de choses qui en font un petit bijou cinématographique.

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J'ai commencé par faire semblant de savoir lire tant j'étais attirée par les mots. A 13 ans je me suis lancée dans l'écriture de poèmes. Plus de 20 ans plus tard, je reste accrochée aux rimes et aux mots sous toutes leurs formes.

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