« Paula Bélier, comme un bélier »

Qui n’a pas encore entendu parler de La Famille Bélier ? Que les avis soient positifs ou négatifs, ils sont nombreux, et le film semble ne laisser personne indifférent. Jusqu’il y a peu, je n’imaginais pas que j’irais le regarder au cinéma, sans doute car il a tout de la comédie gentillette dont on peut se passer sans problème, parce que François Damiens continue de m’énerver avec un panel de mimiques qui rappellent l’époque de L’embrouille ou parce qu’après tout 10€ pour un ciné c’est pas donné. Mais tout récemment, par une après-midi pluvieuse, le week-end, j’ai craqué ; j’ai décidé d’aller me forger ma propre opinion et, accessoirement, espéré passer un bon moment. En deux mots, l’intrigue du film se centre sur Paula Bélier, « comme un bélier » (c’est elle qui le dit), 16 ans, fille aînée et entendante vivant avec son ado de frère, son père et sa mère, tous sourds. Si certains semblent penser qu’il s’agit d’un film sur les sourds, il s’agit plutôt d’un film sur la transition biographique, sur le passage à l’âge adulte, qui se déroule dans un contexte particulier qui nous familiarise aux difficultés des sourds et à leur langue, la langue des signes. Paula joue un véritable rôle d’interface dans sa famille vis-à-vis du monde extérieur et entendant. Lorsqu’elle se découvre, un peu par hasard, un don et un goût pour le chant, elle décide de préparer (en cachette) un concours qui pourrait la conduire à Paris pour étudier le chant. Paula doute, mais avance. Et c’est peut-être ce qui en fait un personnage si rafraichissant et attachant. À une époque où l’incertitude prédomine, avec ce qu’elle peut avoir de paralysant, et à un âge qui n’arrange rien, l’adolescence, Paula entreprend, va de l’avant, vit, malgré les difficultés, l’appréhension, la peur. Cette belle histoire est entraînante, enthousiasmante et rassurante pour le spectateur, qui s’amusera au gré de gags plus ou moins subtils mais bon enfant. Bref, un vrai moment de plaisir, quelques moments d’émotion au fil de l’histoire et de un attachement progressif à l’héroïne, à son histoire, à sa famille, centrale dans sa vie.

bélier

Néanmoins, durant le film pour le téléspectateur le plus critique et pointilleux, ou après pour celui qui est rentré dans l’histoire mais ne peut s’empêcher de repenser plus tard à quelques passages dissonants, une série d’éléments posent question. Paula est une superwoman d’à peine 16 ans, capable de gérer une grosse partie des affaires de la ferme familiale dans des tâches où la surdité de ses parents est un obstacle, de travailler sur un projet exigeant en cachette, de se farcir de long trajets vers l’école, d’avoir un béguin, etc. Certes, pourquoi pas après tout, en plus elle est attachante, pleine d’esprit, bien habillée et sait chanter. On peut accepter que le réalisateur n’ait pas fait du réalisme sa priorité. Par ailleurs, autour de Paula, les personnages sont tous plus caricaturaux les uns que les autres : le professeur de chant est un frustré en pleine déprime aux goûts musicaux douteux, les (très jeunes) ados ont une vie sexuelle dont l’hyper-activité impressionne (sans que cela ajoute la moindre plus-value à l’intrigue), les parents sont, en plus d’être sourds, des abrutis un peu lourds mais au bon cœur. Pas qu’ils soient idiots, mais ils sont une sorte de caricature du parent surprotecteur qui laisse un goût amer parce qu’elle peut laisser penser au spectateur, dans un premier temps, qu’ils sont ainsi car sourds. Quant aux sourds eux-mêmes, ils estiment que leur langue a été maltraitée dans le film, bien que deux acteurs (dont le petit frère) soient eux-mêmes sourds.

Malgré ces quelques éléments qui laissent le spectateur songeur, l’histoire est emballante, on a envie d’y croire, les acteurs font leur part du boulot, Louane Emera, qui interprète Paula, chante pas mal du tout et est assez charismatique, ce qui lui a permis de passer de la demi-finale de The Voice au cinéma en un rien de temps. François Damiens (le papa) et Karin Viard (la maman) forment un couple crédible même si dans l’excès burlesque, et il faut reconnaître que le premier s’améliore et devient touchant dès lors qu’il reçoit l’opportunité de jouer, dans un film français, autre chose que le Belge crétin de service. Pour Eric Lartigau, le réalisateur, qui signe ici un film avec du rythme, de l’émotion et de jolies images, la consécration populaire arrive enfin avec ce sixième film, après notamment Prête-moi ta main en 2006 avec Alain Chabat et Charlotte Gainsbourg ou Les Infidèles en 2012 avec Jean Dujardin et Gilles Lellouche.

La Famille Bélier, de Eric Lartigau, avec Louane Emera, Karin Viard, François Damiens, Éric Elmosnino,… 105 min. Sorti au cinéma le 17 décembre 2014 et distribué par Belga Films.

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