Pavés de Bruxelles

Sans doute que, vous aussi, lorsque vous associez dans votre esprit les mots « pavés » et « Bruxelles », vous pensez directement à la Grand Place, un lieu pittoresque certes, mais qui n’est pas toujours aisé à traverser, surtout en hauts talons ou à vélo, sous la pluie. Pourtant, il s’en trouve encore un peu partout à Bruxelles et, avant leur substitution par des revêtements goudronnés, ils étaient évidemment bien plus nombreux. D’où viennent les pavés ? Quelles sont leurs caractéristiques ? Et, surtout, peuvent-ils encore servir aujourd’hui dans l’aménagement de nos villes ?

Pavés de Bruxelles - New York

Travaux de réfection des voiries dans le quartier Dumbo de Brooklyn, New-York City. Remise à l’honneur des Belgian Block Streets.

Le livre Pavés de Bruxelles, coordonné par l’asbl ARAU (Atelier de recherche et d’action urbaines) est un véritable pavé. Outre son épaisseur pavesque (plus de 500 épaisses pages), sa couverture entretient l’illusion. Au-delà du gag, amusant, le volume permet d’y donner une place importante aux images d’archives et aux photographies (de carrières, de pavés, de rues, de places,…) et de proposer un contenu aéré, qui se feuillette facilement en buvant un café ou un thé dans son canapé. Les pavés, dont l’aspect peut paraître assez brut au premier regard, sont ainsi rendus accessibles à tous, et tant leurs qualités et subtilités que leur envers sont révélés au lecteur, qui peut aller du novice au professionnel du patrimoine ou de l’urbanisme, en passant par le curieux passionné d’architecture. Le livre explique d’abord d’où viennent (ou, plus exactement venaient) les pavés qui couvrent les rues de la capitale. De nombreuses photos et images d’archives permettent d’avoir une idée précise de ce qu’étaient les carrières de Lessines et de Quenast au XIXe siècle. En effet, le pavé ne vient pas de nulle part, il est produit à partir de différentes sortes de pierres, qui sont taillées, à l’époque à proximité quasiment immédiate de Bruxelles, mais aujourd’hui parfois beaucoup plus loin.

Pavés de Bruxelles (Marc Detiffe 1)

Le pavé fait-il partie du passé ? Est-il un élément d’un patrimoine historique qui fait le charme de la Grand Place mais n’aurait aucune qualité au-delà de cet espace ? Il semblerait que non, au contraire ! A condition de ne pas négliger la transmission des savoirs et savoir-faire nécessaires à une pose et à un entretien optimaux, le pavé a encore de beaux jours devant lui ! S’ils tendent à disparaître des espaces publics bruxellois, ils ont une série de qualités qui ne peuvent leur être retirées : ils jouent un rôle en termes de mémoire et d’identité collective, ne dépendent pas du pétrole pour leur confection (au contraire de l’asphalte), peuvent être réutilisés (indéfiniment ?), ils chauffent moins la température ambiante (ce qui réduirait la chaleur ressentie par le piéton les jours les plus chauds de l’année), etc. Si ce livre vise à permettre à tout un chacun de découvrir toute l’épaisseur des pavés, il s’adresse aussi aux décideurs politiques et aux responsables techniques des travaux publics, leur transmettant une série de connaissances et d’astuces pour un bon usage du pavé (sur leur pose, leur entretien, les façons d’éviter qu’ils ne causent trop de bruits ou s’affaissent, etc.).

Pavés de Bruxelles (Marc Detiffe 2)

Très visuel et par endroits fort sérieux, Pavés de Bruxelles est aussi un livre assez intéressant et pédagogique. Il attire l’attention du lecteur sur un patrimoine bruxellois et belge méconnu (et en voie d’oubli ?), alors même que, à New York, quelques rues en sont encore couvertes aujourd’hui, et propose notamment une galerie de portraits de pavés sous toutes leurs coutures, ainsi qu’une visite guidée qui amène le lecteur à se promener parmi les rues encore pavées de la capitale et à en apprendre plus sur leurs caractéristiques.

Pavés de Bruxelles, dirigé par Isabelle Pauthier et Marion Alecian de l’ARAU, AAM Éditions, 521 p., 28 €. ISBN : 978-2-87143-308-8.

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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