Pélerinage vers Compostelle : Ialma, au Muziekpublique

Quatuor chanteuses galiciennes

De l’Ecosse au sud du Portugal, en passant par l’Irlande, la Bretagne, les Pays-Basques français et espagnol, la Galice, j’ai l’impression que toutes les côtes atlantiques européennes ont vu passer dans leur histoire des binious, des tambourins, des foulards à fleurs, des danses en ronde, des jupes longues et robes en dentelle raffinée, des coquillages.

Nous nous arrêterons ce vendredi 9 décembre au nord-ouest de la péninsule ibérique. Muziekpublique programme le groupe belgo-espagnol Ialma, en la présence toute particulière de l’ivoirienne Manou Gallo et du Choeur d’enfants d’Anderlecht. Le concert est à 20h au Théâtre Molière, situé dans la Galerie de la Porte de Namur. Tickets here !

Le Muziekpublique

Muziepublique, asbl bruxelloise très prolifique, existe depuis bientôt 15 ans. Elle semble être LA référence belge en matière de musiques traditionnelles. J’emploie souvent dans mes articles le terme musiques trad. On pourrait aussi bien s’inspirer de l’italien, musica popolare, ou bien dire musiques du monde (j’abhorre), musiques métissées (est-ce seulement possible de ne pas l’être aujourd’hui), musiques folkloriques ou acoustiques.

L’activité de l’asso se divise en trois axes : des concerts au Théâtre Molière, des cours d’instruments, pour la plupart dispensés au Lycée Maria-Boodschap, un label propre à l’asbl depuis 2008, soutien non négligeable d’artistes de talent, aide au développement de leurs projets, conseils, promotion jusqu’au sortir d’un album.

Quand on parlait de musiques métissées et des chœurs atlantiques qui s’épousaient bien, voici un extrait d’une collaboration avec le Bagad de Lorient.

Les musiciens

Quatre musiciennes chantent et dansent leur région d’origine depuis une quinzaine d’année. Veronica, Magali, Natalia et Marisol nous proposent aujourd’hui leur cinquième album paru en octobre dernier, Camino.

Le guitariste-arrangeur Quentin Dujardin ainsi que l’accordéoniste Didier Laloy poursuivent l’aventure aux côtés du quatuor. Leur accompagnement est équilibré, à la fois discret et doux, prononcé et relevé. Nous écouterons aussi dans cet album le cornemuseux écossais Ross Ainslie, le txalapartista basque (oui) Iñaki Plaza, le guitariste-chanteur flamenco Esteban Murillo. Ces deux derniers assureront le concert du 9 décembre.

Txalaparta basque
Txalaparta

Actifs dans le milieu jazz également, d’autres musiciens participent au projet tels que Stephan Pougin, Raph De Backer, Olivier Hernandez, Philippe Mobers ou Boris Schmidt qui sera le contrebassiste de ce vendredi. Auparavant, Ialma a collaboré avec Cédric Waterschoot et Frédéric Malempré. Pas de doute, le quatuor sait s’entourer. Ce vendredi, le Choeur d’enfants d’Anderlecht et la chanteuse-bassiste ivoirienne Manou Gallo seront les special guests !

Les instruments

Le chant est soit porté par une seule voix, soit par le groupe. Principalement à l’unisson ou parfois à la tierce, les harmonies aux voix restent simples et accessibles. Les mélodies sont belles et restent dans la tête. Cette fameuse onomatopée Ai Lala se retrouve dans beaucoup d’airs. Voyez-par vous-même dans cette sélection vidéo conçue pour l’article… Le logo fort discret au milieu est dû à l’envie de vous concocter les meilleurs extraits et de vous épargner des recherches Youtube hasardeuses. Excusez ce désagrément visuel. La qualité sonore – elle – sort indemne de mes expérimentations informatiques !

Instrumentos de Galicia
Instrumentos de Galicia

La gaita est une cornemuse. La pandereita, tambourin vu ci-dessus avec le Bagad, est une percussion sur cadre avec ou sans cymbales. Les coquilles Saint-Jacques peuvent faire office de percussions. Le tambor est employé avec baguettes. Côté basque, on trouve des instruments bien stylés comme l’alboka, corne en arabe, et la txalaparta, le xylophone rudimentaire vu ci-dessus.

La musique galicienne

Communauté autonome du Royaume d’Espagne, cette nation historique possède sa propre langue. Elle ressemble à un mélange castillan-portugais. Ses chants ont beau être festifs, les paroles des chansons sont presque systématiquement nostalgiques, à l’image des Galiciens. Le Galicien alterne entre états euphoriques et dépressifs, un peu comme les Argentins actuels, pour bon nombre enfants de Galice! La Galice est morriña, ou mélancolie. La morriña est à la Galice ce que la morna est au Cap-Vert ou ce que la saudade est au fado portugais.

L’album Camino associe les traditions d’hier à une vision multiculturelle bien actuelle. Un peu plus pop que les premiers*, il est le fruit d’une maturité acquise au fil des années. Les morceaux sont plus variés, leurs structures mieux construites et les sujets chantés prennent peut-être plus de risques.

* Palabras Darei (2000), Marmuladas (2002) et Nova Era (2006). Simbiose (2011) pour le coup est assez rock.

Ce qui vous est conté

1. Invitant l’auditeur au voyage, l’exilé, l’expatrié, le randonneur – celui qui chemine, qui s’installe, loin de son pays, de sa famille – est dessiné. Dans un premier exode, plus de 2 millions de Galiciens se sont installés en Amérique latine au cours du XXe siècle. L’émigration a commencé massivement avec les famines du milieu du XIXe siècle, qui – comme en Irlande – furent causées par le mildiou de la pomme de terre. La capitale galicienne reste Buenos Aires, en effectif vivant. Le cimetière accueillant le plus d’âmes galiciennes est à La Havane. Bruxelles, cosmopolite, ouverte et pluriculturelle, permet l’affirmation de son identité propre. Cette diversité bruxelloise transparaît. Ialma chante en portugais, italien, français.

2. Ialma est un combat pour la tolérance, le cri de femmes d’aujourd’hui, témoins d’un monde troublé où le respect des différences est secoué. Un monde où l’extrême droite se voit toujours renforcée. Elles chantent avec fierté cette quatrième langue officielle d’Espagne, interdite sous le franquisme. La seconde vague d’émigration s’est ainsi effectuée, lors du régime autoritaire de Franco, vers l’Europe centrale. Ces quatre femmes naquirent ici, de grands-parents émigrés, et entretiennent le devoir de mémoire.

3. Le groupe a parcouru les villages afin de récolter les textes que fredonnaient les vieux. Ils ont dans la chair cette sévère période, où danser dans la rue était interdit, chanter dans sa langue locale puni, et être engagé politique dangereux. Mais les paroles sont aussi simplement – comme toute musique trad – des anecdotes de vie, histoires de mariage, d’amis et d’amants, allégories sociétales dans la nature, histoires de famille et de labeur.

De Santiago à Bruxelles. Que faire, où, quand ?

1. La Tentation est officiellement Centro Galego de Bruxelas. En résidence y est né en 1980 le groupe de danse Galicia Baila. Programme de groupes flamenco, de cours de danses latines. Nos quatre amies se seraient rencontrées lors de leçons de cornemuse et de pandeireta au jeune âge. Aujourd’hui, l’une d’entre elle – Marisol – en est la directrice.

2. Il existe dans la région un groupe nommé A Contrabanda. Ce projet anime – entre autres – les bals folk organisés par le Muziekpublique : environ une fois par trimestre, les bals de la Queimada se constituent d’un groupe d’ouverture, d’un autre de clôture, et entre les deux, d’une cérémonie festive de Galice. Le breuvage typique est préparé sur place : la queimada. Boisson alcoolisée forte, elle se boit chaude (quemar, brûler) avec des raisins et de l’orange. C’est bon et ça réchauffe fieu ! Prochain bal le 25 février à 20h, sur le Parvis de Saint-Gilles. Tickets here.

3. Enfin, vous pouvez suivre au Lycée Mabo tout au long de l’année les cours de chant galicien auprès de Xavier Sánchez, de gaita avec Raphaël De Cock, les leçons d’accordéon diatonique avec Anne Niepold ou de percussions dispensés par Karen De Pooter, la pandeireta ou le tambor.

Alors à vos binious les loulous !

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En Belgique depuis deux ans, j'ai travaillé à la Maison de l'Amérique Latine puis à la Jazz Station à Bruxelles. Vous me trouvez surtout dans la rubrique musique. Mon dada? Les musiques trad et électro. J'aime aussi beaucoup le milieu muséal et le septième art. Quand je n'ai pas de la musique dans ma tête, c'est voyage dont je rêve. Je parle fort et suis un peu j'tée, mais si vous me lisez, ça va mieux ! Très malheureusement, l'aventure Culture Remains est bientôt finie pour moi : je pars à Montréal pour un master d'Ethnomusicologie. En attendant, c'est depuis Liège que je profite de mes derniers moments en Begique.

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