Un tout petit bout d’elles – Beuchot & Zidrou

Un tout petit bout d’elles est le troisième tome de la splendide « trilogie africaine » de Zidrou et de Raphaël Beuchot, entamée en 2011.

Zidrou est un scénariste des plus talentueux et des plus prolifiques, qui a l’énorme mérite de jongler avec aisance entre les différents styles et registres. En effet, ancien instituteur en Belgique, on lui doit L’élève Ducobu, ainsi que d’autres séries d’humour adressées à un grand public, telles que Les crannibales, Le boss et Tamara, dont l’héroïne a été portée à l’écran il y a peu. Par ailleurs, il a récemment assuré avec soin la reprise de classiques de la BD, dont Ric Hochet et Chlorophylle. Enfin, et c’est sans doute dans ce registre qu’il est le plus précieux, il réalise de nombreux albums, souvent des one shots, plus sérieux, pour un public plus adulte, poétiques et traitant de questions de société à la fois, parmi lesquels Merci, L’indivision ou Les promeneurs sous la Lune.

Le dessinateur Raphaël Beuchot a lui signé plusieurs albums sous le pseudo RaphaëlB. et poste régulièrement de courts strips bien marrants sur son blog. Il a dessiné les trois albums de cette magnifique trilogie africaine scénarisée par Zidrou. Le montreur d’histoires (2011), consacré à un conteur et marionnettiste qui raconte des histoires qui font rêver les petits comme les grands, a été suivi de Tourne-disque (2014), centré sur la rencontre entre deux mélomanes.

Avec ce troisième et dernier album, Un tout petit bout d’elles, Zidrou et Beuchot approchent de front des sujets difficiles, mais avec une jolie finesse. Ils esquissent notamment une critique de la colonisation de l’Afrique et, plus particulièrement, du Congo, où se déroule l’intrigue : de l’État belge au développement massif de la présence d’entreprises chinoises, une bonne partie du continent n’en finit pas de voir ses ressources pillées et sa population souffrir.

Mais, au cœur de l’intrigue, se trouve surtout la problématique de l’excision, qui consiste à mutiler l’appareil génital des (petites) filles, pour perpétuer des traditions encore solidement ancrées dans un certain nombre de pays du continent. Outre l’atteinte portée au corps et au plaisir de la femme, la mutilation réalisée sur le clitoris est susceptible d’entraîner de nombreuses complications sérieuses (infections, douleurs, incontinence,…).

Les auteurs font donc un travail utile d’explication et de sensibilisation à ce grave problème, qui révèle une fois encore que la condition des femmes, partout dans le monde, devrait faire l’objet d’une vigilance accrue de toutes et tous. À la fin de la BD sont présentées clairement des informations et données pour mieux appréhender et comprendre ce drame…

Quant à la BD en elle-même, elle est magnifiquement réussie, tant au niveau du scénario que du dessin, à la fois discret et coloré, qui montre une certaine beauté du Congo qui tend à être sous-estimée, vu d’Europe, sans pour autant s’empêcher de dévoiler une série de problèmes sociaux et environnementaux qui y sont rencontrés.

Les couleurs chaudes et équilibrées sont la cerise sur le gâteau d’un album très divertissant, qui plonge le lecteur ou la lectrice dans une réalité méconnue par le biais d’une belle histoire d’amour entre une Congolaise et un Chinois travaillant sur une exploitation forestière ; et ce tout en nous faisant prendre conscience – ou nous rappelant – le drame de l’excision.

Un tout petit bout d’elles, par Zidrou et Raphaël Beuchot, Le Lombard, 104 p., 17,95 €. ISBN : 9782803635818.

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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