Philippe Geluck – Interview

Mercredi 24 octobre, Le Chat revient dans une nouvelle compilation « Le Chat Erectus » pleine de blagues subtiles , grivoises et incisives. Il aborde l’actualité, joue avec les mots dans un style vif et concis , raille Benoit XVI, DSK et Sarko. Sans jamais faire une insulte, il provoque la réflexion avec ses traits d’esprit qui remettent en question les préjugés. À cette occasion, Philippe Geluck nous consacre une interview aux éditions Casterman, à Bruxelles.

Vous avez titré votre nouvel album « Le Chat Erectus » Pourquoi Erectus ? Faites-vous référence à la préhistoire ?
J’assiste désemparé aux évènements qui abîment notre monde. Il retourne peu à peu dans une certaine barbarie, notamment l’intolérance d’une culture envers une autre. Certainement, cette situation m’inquiète. Maintenant, le titre est à double sens. Dans l’album, j’explique à la première page que « le Chat Erectus » signifie « Chat debout, droit, dressé ». D’ailleurs, « Erectus » correspond à la période pendant laquelle l’homme a marché sur les pattes arrières. Et mon Chat est bipède. Il joue l’homme. Ensuite, le deuxième sens caché, avec l’expression grivoise « j’ai le gourdin », est un discret hommage à Dominique Strauss-Kahn.

Le titre vient-il d’un choix particulier ?
J’avais soumis au vote dix couvertures différentes. Le lecteur pouvait choisir celle qu’il préférait. C’était une première ! Et « Le Chat Erectus » a nettement été sélectionné. Ensuite, je n’ai eu qu’à suivre démocratiquement mon lecteur.

Votre nouvel album est une compilation. Y a-t-il une unité entre tous les dessins ?
Possible… Ces dessins ont été composés entre 2010 et 2012. J’ai préparé cet album sans ligne directrice particulière. Aujourd’hui qu’il existe, je peux le lire comme un lecteur et l’analyser. Et je vais sans doute me dire : – Tiens ! L’un parle du temps qui passe, l’autre du vieillissement…» Ce sont des dessins que j’ai réalisés au moment où mon père allait mal. Forcément, cela me hante et ressort sous forme dessinée.

Faire un dessin vous réconforte ?
Je traverse toujours mieux les épreuves quand j’élabore une œuvre. J’en retire de la dérision et parviens à voir avec humour des situations parfois dramatiques.

Peut-on rire de tout ?
Oui, sans réserve ! Juste une : ne blesser personne. J’aime provoquer la réflexion, non insulter, sauf les dictateurs. Je cherche juste à rompre les préjugés.

Et des signes religieux ?
Là, je fais une pointe moqueuse… Le Chat pose la question : « – En autorisant le port du voile à l’école, n’ouvre-t-on pas la porte à de nombreux abus ? » Dans une classe d’enfants qui portent des chapeaux, parmi lesquels un voile islamique. Si on autorise le voile, pourquoi interdirait-on d’autres signes… comme… le sac à pommes de terre ou la boîte à conserve ? Seraient-ils moins respectables ?

Pourquoi la burka revient-elle souvent dans votre nouvel album ?
Elle revient depuis quelques albums. La burka est graphiquement intéressante, l’aubaine d’un dessinateur. Il y avait un dessin dont j’étais fier : Kaboul 8 h 30. Une femme afghane emmène sa fille à l’école et sort le sac-poubelle. Qui est la fille, qui est la poubelle ? Impossible de le dire. Et là, j’ai l’impression de n’insulter personne, seulement la loi dominante masculine qui inflige ce vêtement aux femmes.

Vous abordez également l’éducation. Pensez-vous que l’école donne le goût de la culture ?
Hélas, elle ne donne pas le goût des choses, elle enseigne un programme imposé. Elle devrait apprendre à aimer et aimer à apprendre. Exemple : l’école sanctionne l’ignorance d’un élève alors qu’elle devrait le féliciter pour ce qu’il connaît. Autrefois, quand je faisais dix fautes dans une dictée, j’avais zéro. Pourtant, elle était pleine de mots correctement écrits ! Quand on apprend le néerlandais, on vous sanctionne tout de suite sur vos erreurs au lieu de vous donner envie de parler, même si vous faites quelques erreurs. Et la chimie… Ah la chimie…! Mon prof’ voulait absolument que je connaisse toutes les formules avant de commencer à me montrer des phénomènes. La chimie doit être passionnante, si on vous l’apprend avec des exemples qui vous parlent : du citron, du vinaigre, du savon… Un enseignement à l’envers…

Comment l’enfant pourrait-il mieux connaître ?
Il faut que l’école aiguise la curiosité des élèves. Si on montre comment l’eau arrive à ébullition, ils voudront comprendre ce phénomène. Qu’ils observent la nature et après ils auront envie d’en connaître lois ! L’école vous a-t-elle un jour répugné de la littérature ? Je garde un souvenir émouvant de Lagarde et Michard. Ils étaient professeurs et avaient composé un manuel consacré à l’histoire et aux grandes œuvres littéraires. L’école avait tendance à critiquer mes lectures d’adolescent. Elle méprisait Dumas et Le Club des Cinq. Je trouve qu’un professeur qui conseille Harry Potter est formidable parce qu’au moins le môme va lire. C’est ça qui importe. J’ai regardé sur France 2 un reportage effrayant. Il affirmait qu’actuellement 7% des adolescents lisent…Il montrait deux frères. L’un grattouillait sa guitare, l’autre jouait aux jeux vidéo. Et le journaliste interrogeait : « Alors…Vous lisez ? – Oh…Non. – Pourquoi ? – Aucun intérêt ». L’adjectif cultivé devient une insulte.

L’important, c’est qu’un enfant découvre la lecture ?
La lecture est une gymnastique qui développe le cerveau. J’ai envie de dire aux jeunes : « Lisez n’importe quoi, mais lisez. Et plus vous lirez, plus vous aurez envie de lire ! » Quand on lit un livre qu’on aime, ça donne envie d’en lire d’autres. Vive la lecture !

Quel livre prendriez-vous sur une île déserte ?
Les Ritals de Cavana, Malevil de Robert Merle, n’importe quel Frédéric Dard, ou plutôt l’intégrale dans un bouquin. Ou alors une liseuse, moins lourde qu’une bibliothèque, n’est-ce pas ?

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Journaliste basé à Bruxelles.

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