Philippe Huart et exposition Disney, la part de rêve

Qui ne connait pas Disney ? Qui n’a jamais rêvé grâce à Disney et son univers féerique? Qui n’a jamais acheté ou reçu un produit Disney ?

Le monde de Disney est omniprésent dans nos vies et ce depuis des dizaines d’années. Outre les dessins animés, on le doit surtout au fait que le très malin Walter Elias Disney, au vu du succès de sa série dédiée au personnage de Mickey, eut l’idée en 29 de créer la Walt Disney Enterprises. Cette filiale est là pour gérer les droits dérivés du personnage. Voilà les débuts, totalement novateurs, d’une énorme machine à sous.

Disney, la part de rêve, sur ses trois étages est une exposition riche en pièces d’exception. Elle nous dépeint ce monde qui nous vend du rêve et a illuminé les yeux de générations d’enfants, sans toutefois en faire l’apologie. Afin de toucher un public varié, la voilà divisée en trois axes.

SNOW WHITE AND THE SEVEN DWARFS / BLANCHE-NEIGE ET LES SEPT NAINS, Studio Walt Disney,1937, Format du document non encadré : 42,10cm / 24,30 cm. Le cellulo de Simplet a été en partie restauré.

Un premier rassemble des pièces rares, magiques de par leur authenticité, des décors et cellulos originaux. Il faut savoir qu’à l’époque de Walt Disney, chaque film était constitué de centaine de décors sur lesquels était posés les personnages et autres éléments mouvant, dessinés sur des feuilles de celluloïd (cellulos). On filmait ensuite image par image sous la caméra. Un travail long et laborieux qu’une équipe de centaine d’artistes de talent s’escrimait à réaliser. On s’imagine que cela fait énormément de pièces originales, mais finalement entre celles détruites et celles gardées par les studios Disney, elles se font rares dans les collections privées. C’est donc une chance de pouvoir en admirer dans cette exposition et je parle d’admiration car c’est un travail fin et délicat, nous coulant dans une douce nostalgie, qu’on peut observer. Sont observables aussi quantité de pièces sortant des studios Harchy. Plus récentes, mais de très bonne facture, elles sont les bases de nombre de puzzles publiés chez Nathan et forme le deuxième axe de l’exposition.

Le troisième, et celui sur lequel je vais m’attarder, est fait de peintures, de messages et d’un symbole. Cet axe rassemble des œuvres de l’artiste Philippe Huart que j’ai eu l’occasion de rencontrer. Après l’École Supérieur des Arts Modernes de Paris, c’est dans le graphisme et l’univers du disque qu’il applique d’abord son art en créant des pochettes. Mais bien vite dans cet univers de marketing, son travail prend le pas sur l’art et n’en ressort plus que la dimension d’exécution de commande. En 91, le choix de se consacrer uniquement à la peinture s’impose afin de retrouver cet art qui fait partie intégrante de sa vie et de sa personne.

Une peinture aux accents de Pop Art. Au vu de certaines œuvres assez éloquentes, j’ai d’ailleurs souhaité connaître son rapport avec une icône de ce courant qu’est Andy Warhol. L’importance du personnage a été directe, claire et indéniable. De part la manière qu’il a eu de désacraliser la peinture, de part un vécu commun dans le monde le pub, ainsi que dans sa façon de parler de son travail : c’est-à-dire qu’il n’en parle pas. Car le travail de Philippe Huart, au même titre que celui de Warhol, est intrinsèquement explicite, si on prend la peine bien entendu d’ouvrir ses yeux, d’observer et de décoder.

Pour en revenir à l’exposition, s’il n’était au départ pas au courant qu’il allait se retrouver « seul face à Disney », ce n’en était pas moins pour lui une façon de boucler un cycle personnel. Il est en effet à l’origine d’une série d’œuvres mettant en scène Mickey Mouse.

C’est au départ une réelle attirance pour la culture américaine qui amène Philippe Huart à la connaître au fil de nombreux voyages. Il a vécu l’ « Amérique » depuis l’intérieur et appris aussi à la critiquer. Alors, quel meilleur symbole que Mickey Mouse quand on veut dénoncer la violence de l’impact d’une société de consommation sur l’inconscient collectif?

Dream # 30 – 2005 – Huile sur Toile

Symbole de la réussite à l’américaine, il est agrémenté d’un mot, d’une phrase puisée d’un texte d’homme politique ou d’artiste. Il peut aussi l’être d’un fond, fragments agrandis d’éléments du quotidien, confrontation entre douceur et violence, image d’addictions, finalement une belle allégorie de notre société aveuglée.

Mais le souci avec un tel symbole, c’est qu’il en vient parfois à camoufler le message même de l’œuvre tant il est puissant. C’est ce qui est arrivé avec Mickey. Pour illustrer ce propos, il m’a raconté que lors d’une exposition, un jeune couple décida d’acquérir le plus grand tableau. Mickey, le mot tolérance, une dimension à l’image du message qu’il veut faire passer et le couple précisant qu’ils comptent en décorer la chambre des enfants…

Finalement, ça m’a presque rassurée quand, revenant sur sa participation à Disney, la part de rêve, il m’a confirmé que le reste de l’exposition n’était pas du tout son univers. Bien que Disney ait laissé ses traces au niveau du vécu (comme pour nous tous), sa façon d’édulcorer le conte en a effacé beaucoup d’intérêt.

Hi-ho ! – 2007 – Tôle émaillée

Une interview des plus agréables (au point qu’elle me parût d’ailleurs très courte) donc, avec un artiste, accompagné de sa femme, vraiment très sympathique. Car, il faut le dire: qu’il est plaisant de rencontrer un artiste n’ayant pas oublié son humanité au détour du succès !

Je vous conseille donc si vous flânez en ville, en famille ou seul, de faire un détour par le Grand Sablon. La Galerie Petits Papiers vous offrira une part de rêve le temps de votre visite.

Du 21/12/2012 au 13/01/2013 (Ouvert du mercredi au samedi de 11h à 18h30, le dimanche de 11h à 17h, fermé les lundi et mardi) à la Galerie Petits Papiers, Place du Grand Sablon, 8-8a rue de Bodenbroeck à 1000 Bruxelles.

Plus d’informations sur la Galerie Petits Papiers
+.32.(0)2.893 90 30
contact@petitspapiers.be

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