La pièce manquante : un premier film juste, sensible et délicat sur l’absence

Très bien accueilli dans les différents festivals où il a été présenté (Cabourg, Saint Jean De Luz, La Réunion ou Annonay), La Pièce Manquante, premier long métrage du réalisateur lorrain Nicolas Birkenstock possède des qualités rares et singulières à découvrir dans les quelques salles (trop peu) qui le diffusent actuellement.

Par un minutieux sens de la mise en scène, le jeune réalisateur filme tout en silence et en regard, avec une grande délicatesse et toujours avec finesse, le désarroi d’un père et ses enfants suite à la disparition soudaine de la mère de famille.

Malgré un scénario de prime abord plutôt simple et sobre, le film, toujours juste et loin de tout pathos, se révèle plus subtile qu’il n’y paraît. Ainsi, plutôt que de situer le récit du côté de la mère fugueuse, comme souvent au cinéma, le film choisit de se situer, entre douleur et détresse, du côté des abandonnés, de ceux qui restent. Le film choisit de rester ancré au sein de cette famille démunie face à l’abandon et dans laquelle chacun va perdre tous ses repères et voir peu à peu son équilibre s’effondrer. La mère est totalement absente; après sa disparition, on ne la reverra plus, le film parvenant parfaitement à rendre compte du caractère l’impalpable de l’absence. À travers ces trois personnages, les trois membres de la famille, le film propose une déclinaison de l’absence et ses conséquences. Le temps d’un été, face à cette disparition, chacun va tenter, malgré tout, de se reconstruire et de sauver les apparences en affrontant à sa manière la douleur de l’absence.

Mal dans sa peau, triste, solitaire et égoïste, André va peu à peu retrouver sa place de père dans le cadre familial. Débute pour ce père délaissé, interprété par l’impeccable Philippe Torreton (un grand acteur des mots, habitué aux rôles d’hommes forts au caractère trempé, dans un rôle inhabituel de père de famille quasi muet) une (en)quête. À travers la recherche de la femme aimée, il va finalement se (re) trouver lui-même. Si l’un des enfants, le plus jeune, va tomber dans le mutisme total, l’adolescente, quant à elle, va se (re)construire à travers le poids de l’héritage et se réincarner.

Le réalisateur, qui vient du court-métrage (Mon Miroir, Les Pépins Noirs, Swann d’Or Cabourg 2013) où il abordait déjà la question de l’absence d’une mère, n’en dit jamais trop mais laisse libre le spectateur d’interpréter son film. Le film ne juge pas, ne condamne pas, mais au contraire laisse le spectateur se faire son propre jugement.

À l’intérieur de cette grande maison, bulle familiale et lieu principal du film, il s’attache simplement à nous montrer cette nouvelle vie à trois dans laquelle chacun va tenter malgré tout d’être présent (malgré l’absence), de comprendre l’incompréhensible, accepter l’inacceptable, trouver de nouveaux repères. Ce sont dans les non-dits, les gestes tendres, les sentiments cachés, les regards perdus presque imperceptibles que résident l’émotion et la grande réussite de ce film subtil.

La Pièce Manquante est un premier film riche et singulier qui flirte du côté du conte et de la poésie (le jardin de la maison évoque la lisière d’une forêt. On y croise aussi une pomme…) mais aussi du fantastique (il y est question d’incantations et d’une mèche de cheveux… ) ou du polar (la famille fera appel à un détective).
Loin du drame ou du mélodrame, la Pièce manquante est un beau film, aussi lumineux et paisible que son sujet est sombre à découvrir pour la musique de Françoise Hardy (elle y interprète une version espagnole de « Soleil »), mais surtout pour ses trois acteurs touchants à commencer par Philippe Torreton dans le rôle inhabituel d’un père de famille mais aussi pour la douceur et la fragilité de la jeune Armande Boulanger, révélation solaire du film, dans le rôle d’une adolescente bouleversée.

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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