Pierre Terrasson et l’esthétique post-punk: expo photos chez Akiza – la galerie

Un vrai gars, un gars vrai. C’est ainsi que l’on pourrait qualifier Pierre Terrasson qui depuis une bonne trentaine d’années déclenche son boîtier pour y capturer les ambiances musicales des artistes qu’il a suivis. De Lou Reed à Mick Jagger en passant par Serge Gainsbourg ou les Cure pour n’en citer que quelques-uns, le photographe porte son regard sur les époques et les artistes avec une acuité et un esthétisme saisissants.

Depuis le mois de mars et jusqu’au 25 avril, chez Akiza  – la galerie, située au 3, rue Tholozé dans le joli Montmartre de Paris, affiche en grand les clichés de Terrasson illustrant les soirées Batcave qui se déroulaient à Londres au début des années 80.

crédit Pierre Terrasson
Nina Hagen, Wonder Woman punk des soirées Batcave
crédit Pierre Terrasson
Article paru dans Libération à l’époque des soirées Batcave à Londres

Ce bonhomme imposant au regard rieur et doux sait si bien montrer l’intimité – tout du moins l’univers – des artistes que l’on pourrait croire qu’il est leur ami proche. Mais « être pote avec des gens comme cela, ça te tue! » sourit le photographe. En effet, mon imagination fertile m’avait poussée à croire que lui et Serge Gainsbourg ou d’autres étaient copains comme cochons. « J’avais photographié Gainsbourg en 79 lors de son concert au Palace avec les Wailers, puis je l’ai vu assez régulièrement tous les deux ans, mais j’ai véritablement fait sa connaissance en 1984 », raconte-t-il. S’en est suivie, parmi d’autres dont certains clichés mythiques et largement pillés, la fameuse série « you’re under arrest », clichés de Serge menotté prise au commissariat d’Aubervilliers.

Crédit Pierre Terrasson
He’s under arrest…

Mais il a toujours gardé une distance professionnelle avec les sujets de ses photos: « ni cul, ni dope; ni alcool », telles étaient les propres lois qu’il s’était fixées pour travailler. « Il fallait rester sérieux, je devais leur montrer les clichés. Avec Gainsbourg par exemple, je me déplaçais chez lui rue de Verneuil avec une table lumineuse pour lui montrer les diapos, ce n’était pas rien », note le photographe.

Bien qu’il se soit spécialisé dans l’art de la mosaïque (appréciant le côté agressif, physique de casser du granit ou faire du béton pour réaliser ses oeuvres) aux Beaux-Arts, la photo, c’est en autodidacte qu’il s’est plongé dedans. Vers l’âge de 14 ans, lui et sa bande de potes « artistes maudits » montent entre autres un labo photo et Terrasson apprend son art à la Maison des jeunes et de la culture de Colombes. De fil en aiguille, il fait de la photo un travail « régulier et artisanal »: la journée en rendez-vous, le soir en concert, la nuit à développer lui-même ses tirages pour les livrer aux rédactions le lendemain! A l’époque il y avait nombre de magazines musicaux et autant de photographes rock. A force de travail, Pierre Terrasson a su s’y faire une belle place et devenir l’un des capteurs phare de cette époque.

Au début des 80 à Londres, des centaines de personnes désireuses de festoyer s’amassaient aux portes des soirées Batcave organisées par le Fooberts dont Terrasson fut le témoin privilégié. Comme vous le savez sans doute,  la Batcave est la maison de Batman; cela symbolise bien le côté fun du punk que revêtait ces soirées: « Le punk commençait déjà à mourir, ces soirées étaient très sympas car le côté punk était là mais en moins dur, moins politique, plus marrant », note Terrasson. Ainsi, les soirées battaient leur plein dans une légère insouciance que le photographe ne s’est pas privé de mettre en lumière.

crédit Pierre Terrasson
Le fouet de Llori Paterson
crédit Alain Sauzéat
Joe Strummer des Clash observe Béatrice, la chanteuse du très bon groupe Demi Mondaine. A la galerie Akiza
crédit Pierre Terrasson
Siouxsie dans le miroir des soirées Batcave

Akiza – la galerie a eu la bonne idée de ne pas se limiter à ces soirées mythiques en affichant d’autres clichés de l’époque…

crédit Pierre Terrassson
Robert Smith
crédit Pierre Terrasson
Klaus Nomi

crédit Pierre Terrasson

crédit Pierre Terrasson
Punk’s not dead!

Mais le mieux, si vous avez la chance d’être de passage à Paris, c’est encore d’aller admirer ces clichés grandeur nature sur place. Car tout comme le mp3 a compressé les belles courbes sonores de la musique, rendant plus froid le son d’un fichier numérique par rapport à celui d’un disque vinyle, l’argentique apporte une profondeur et un éclat des couleurs, toutes noires et blanches soient-elles, que le numérique en photo n’a pas.

Argentique qui souligne d’autant plus le grand talent mêlé à une belle sensibilité que possède Pierre Terrasson. Sous son air parfois un peu bougon, c’est surtout un homme authentique qui prend plaisir à parler de ce qu’il fait. Comme il l’a souligné alors que nous évoquions le piratage des photos ou de la musique, « les gens se contentent de ce qu’on leur donne, parce que c’est gratuit, ils se satisfont de la médiocrité. » Quant au « retour de l’argentique » notamment aux Beaux-Arts car en vogue depuis quelque temps comme le fut le « come-back » du vinyle, le photographe le voit d’un bon oeil « mais on a perdu vingt ans! », sourit-il. « Et on a perdu beaucoup de chimie aussi, d’ailleurs au niveau de la pollution avec tous ces produits, ce n’est pas non plus l’idéal », ajoute-t-il.

Pierre Terrasson n’a pas rechigné à passer au numérique. Il a toujours dans sa poche un petit Leica qu’il peut dégainer quand bon lui semble. Souhaitons lui de continuer à fixer longtemps les âmes de ceux qui nous font vibrer.

crédit Pierre terrasson
La fine équipe de la galerie Akiza pose devant Iggy Pop. Attention, chien presque méchant! Terrasson est dans le reflet de la vitrine.

Vous pouvez visiter le site de Pierre Terrasson ici. Ses photos font l’objet de plus d’une dizaine d’ouvrages, notamment Backstage – Au coeur des backstage  dans les années 80, préfacé par Daniel Darc et que je recommande chaudement, ou Le top des années 80 au sujet du Top 50 et préfacé par la langoureuse Caroline Loeb (C’est la ouate), mais aussi des ouvrages consacrés à Alain Bashung, Indochine, Serge Gainsbourg, Véronique Samson, Vanessa Paradis, Téléphone et l’un des derniers parus, voué à Daniel Darc. Il expose régulièrement.

crédit Galerie Akiza
Le livre Backstage est disponible à la galerie Akiza.
crédit Dom Garcia
Pierre Terrasson, un regard qui en dit long, la beauté d’une âme qui a vécu
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J'ai commencé par faire semblant de savoir lire tant j'étais attirée par les mots. A 13 ans je me suis lancée dans l'écriture de poèmes. Plus de 20 ans plus tard, je reste accrochée aux rimes et aux mots sous toutes leurs formes.

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