Pas pleurer, le point levé

Dans son adaptation de Pas pleurer, roman de Lydie Salvayre récompensé par un prix Goncourt en 2014, Denis Laujol propose un texte cru et fier, ardemment féministe, véritable hymne à la résistance, aux utopies et aux lendemains qui chantent.

Montse, la mère de la narratrice raconte, soixante-quinze ans plus tard autour d’une anisette, son été 1936. Elle a 15 ans et vit à Barcelone l’émerveillement d’une révolution libertaire, elle la « mauvaise pauvre », jadis humiliée par Don Burgos, notable de son village catalan qui la trouvait « bien modeste », ce dont elle s’offusquera. Influencée par un frère aîné, conquis à la cause anarchiste des rouges et noirs, qui fait résonner dans le village des idées communautaires et le « Paso del Ebro », Montse raconte les prémices de la résistance et son éveil en tant que femme et citoyenne. A ce récit se mêle la voix de Georges Bernanos, « catholique, monarchiste, dont le fils porte l’uniforme bleu de la phalange », qui se rend peu à peu compte, depuis Majorque, des atrocités commises par la dictatture franquiste.

Dans cet exercice périlleux du récit sur scène, Marie-Aurore d’Awans insuffle à Pas pleurer son énergie et sa rage. Donnant la parole à Montse dans un mélange singulier d’espagnol et de français, elle donne également corps à Lydie, à Josep l’oncle militant, et joue avec cette langue qui relève de l’obstination, de l’héroïsme et de la grâce. Seule en scène, accompagnée par la guitare de Malena Sardi, elle électrise l’espace et rend fidèlement, grâce à une interprétation tout à la fois nerveuse et élégante, la tension mais également l’espoir né de ces premiers élans anarchistes, de la lutte contre la montée du franquisme, et la difficulté de l’exil et de la répression.

Dans ce récit initiatique, Montse partage ce moment précieux de fol espoir populaire et de vie absolue arraché à sa mémoire, cet épisode charnière où, tout en apercevant l’amour, elle découvrira aussi la fraternité, la communauté, la lutte et l’espoir d’un ordre nouveau, plus égalitaire et plus juste.

Pas pleurer au Théâtre de Poche jusqu’au 08 avril 2017
Adapté du roman de Lydie Salvayre
Adaptation et mise en scène : Denis Laujol
Avec : Marie-Aurore d’Awans
Musicienne : Malena Sardi
Scénographie : Olivier Wiame
Durée : 1h15

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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