Le poids des mots et l’absence de guerre au Théâtre Océan Nord

L’absence de guerre offre un point de vue inédit et incisif sur les coulisses d’une campagne politique. C’est en 1992 que David Hare décide de suivre les pas du leader travailliste Neil Kinnock donné largement vainqueur des élections législatives alors qu’il devance son adversaire de plus de 7 points dans les sondages. Pourtant, c’est bien une défaite cuisante que devra affronter le Labour.

Véritable immersion dans les cuisines du parti travailliste, L’absence de guerre est une authentique pièce à suspens. Tout en questionnant les raisons d’une telle déroute électorale, et, de façon métonymique, des errements des gauches européennes depuis le milieu des années 90, l’écriture pertinente et mordante de Hare se met au service d’une mise en scène musclée, toute en rythme et robustesse, à l’image du tempo de la campagne. L’éclairage vient par touche nimber les acteurs, et se fait annonciateur de la débâcle par un habile jeu d’ombres portées.

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Dans cette reconstitution sociologique passionnante, David Hare détricote les mécaniques à l’œuvre derrière un personnage politique de premier plan : les convictions et les idées? Abandonnées au profit de stratégies électorales populistes plus profitables ! Le bien public et le progrès social ? Remplacés par des prises de position plus médiatiques. La passion et le dévouement à une cause juste ? Troqués contre des bureaucrates, pantins sans âme et froidement analystes. A l’instar de Vera, les valeurs fondatrices du mouvement, l’idéal de propriété collective de 1945 et les attentes égalitaires d’après-guerre, sont remisés.

Dans un climat anxiogène, sur le refrain éculé de situation économique désastreuse, Didier de Neck campe avec fougue Georges Jones, nerveux et paumé, donnant du fil à retordre à son équipe de statisticiens froids, électriques et calculateurs. Confronté à l’opposition de la stratégie et des idées, il abandonnera peu à peu le bon sens pour céder aux sirènes des sondages.

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« Les mots ont un sens, mais aussi un effet » semble regretter Georges Jones. C’est peut-être malgré tout également une chance pour réveiller la conscience citoyenne et appeler à la réappropriation du politique.

L’absence de guerre

Jusqu’au 29 octobre 2016 au Théâtre Océan Nord

Texte: David Hare

Mise en scène: Olivier Boudon

Avec: Didier de Neck, Lise Wittamer, Lucas Meister, Guillaume Alexandre, Renaud Garnier Fourniguet, Sophie Maillard, Laurent Staudt et Anne-Marie Loop

Scénographie: Olivier Wiame

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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