Le Portrait de Dorian Gray

Effervescence au Théâtre Royal des Galeries mercredi soir pour la première du Portrait de Dorian Gray. Le célèbre roman d’Oscar Wilde a toujours, il est vrai, suscité de vives réactions : qu’en sera-t-il de l’adaptation proposée ce soir-là par Fabrice Gardin et Patrice Mincke ?

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Taxé dès sa sortie « d’œuvre répugnante », le seul roman de Wilde a bouleversé l’Angleterre victorienne de 1890, mettant en lumière des courants alors décriés tels que le dandysme ou le décadentisme. L’histoire est bien connue : Dorian Gray, jeune homme incroyablement beau, pur et sincère, rencontre Lord Henry alors qu’il pose pour Basil Hallward, peintre reconnu qui réalise son portrait. Très vite influencé par le dandy hédoniste Henry qui le séduit avec ses théories sur la jeunesse et le plaisir, Dorian Gray prend conscience de sa beauté, de sa jeunesse et du pouvoir qu’elles exercent sur les autres. Le voilà qui formule un vœu, face au portrait qui fige si bien sa jeune beauté, sa fraîcheur et sa grandeur d’âme : « Si je demeurais toujours jeune et que le portrait vieillisse à ma place ! Je donnerais tout, tout pour qu’il en soit ainsi. Il n’est rien au monde que je ne donnerais. Je donnerais mon âme ! ». Voilà son sort scellé… Rapidement, le cynisme et son plaisir seront ses seuls mots d’ordre, la jouissance et la dépravation ses seules motivations. Tandis que les années passent, Dorian conserve son visage éblouissant d’adolescent, alors que le portrait subit les stigmates du temps et de sa perversion.

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La pièce présentée au Théâtre Royal des Galeries est habilement construite : Fabrice Gardin et Patrice Mincke sont parvenus à conserver le fantastique (parfaitement servi par un jeu de lumière remarquable) ainsi que l’aspect philosophique de l’œuvre en évitant d’en faire une caricature ou une œuvre moralisante indigeste. Si l’on ressent encore par moment la richesse du roman original, non pensé pour la scène, l’adaptation a su donner assez de rythme au récit, et s’appuie intelligemment sur une scénographie très dynamique. Dans un espace scénique complètement ouvert, tandis que les acteurs restent en scène, ce sont les éléments du décor qui circulent, tels des blocs d’histoire, nous embarquant tour à tour dans les bas-fonds londoniens, les salons mondains de la bonne société ou encore dans l’intimité de Dorian Gray. Cette capacité de voyager rapidement d’un lieu à l’autre, d’être capable de sortir du décor, semble anticiper l’inéluctable fin qui attend Dorian Gray, tandis que la situation lui échappe, devenant le pantin de ses amis, incapable de prendre du recul, victime de ses propres agissements.

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La complexité des personnages, parfaitement traduite par l’adaptation, donne la part belle aux acteurs. Benoît Verhaert incarne avec panache et le juste cynisme nécessaire un Lord Henry méprisable, habile pervertisseur et manipulateur jouissif, dont Dorian Gray (Damien De Dobbeleer) fera les frais. L’interprétation de ce dernier, oscillant entre innocence et cruauté, est également remarquable, tout comme l’intervention touchante et sensible de Léone François Janssens, dont la détresse et l’incompréhension étaient palpables ce soir. Le reste de la troupe s’en sort également fort honorablement, jonglant aisément avec l’interprétation d’un panel de personnages.

En abordant les thèmes de l’art et de l’esthétique, de la beauté, de la jeunesse, de la morale et de l’hédonisme, Oscar Wilde met à profit son œuvre pour faire part de grands concepts et les interroger. En posant la question du rôle des influences sur le destin d’un homme, c’est à nos propres failles qu’il nous renvoie, à notre propre vanité. En repoussant la bien-pensance dans ses retranchements, en questionnant la légitimité de la jouissance comme seul moteur, c’est à notre société normée et faussement morale qu’il nous confronte.

La qualité du spectacle proposé au Théâtre des Galeries prolonge de manière talentueuse le propos du roman, et continue à nous faire réfléchir. Bravo !

Le portrait de Dorian Gray, du 22/10 au 16/11/2014 au Théâtre Royal des Galeries

Mise en scène : Patrice Mincke

Adaptation : Fabrice Gardin et Patrice Mincke

Décor et costumes : Charly Kleinermann et Thibaut De Coster

Interprétation: Benoît Verhaert (Lord Henry) ; Damien De Dobbeleer (Dorian Gray) ; Frédéric Clou (Sir Basil Hallward) ; Léone François Janssens (Sibyl Vane) ; Nicolas Ossowski (James Vane / le directeur) ; Marc De Roy (Alan Campbell / Lord Fermor) ; Bernadette Mouzon (Tante Agatha / mère de Sybil) ; Myriem Akheddiou (Duchesse / Lady Henry)

Tarifs : de 11 à 25€

Durée : 2h15 minutes

Plus d’informations sur la programmation à venir du Théâtre Royal des Galeries

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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