Les Premiers les Derniers, Bouli goes West!

Toujours un peu plus à l’ouest! L’œuvre du cavalier solitaire du cinéma belge a toujours emprunté aux codes du western, mais avec son dernier film, Bouli franchit la dernière frontière qui le sépare du genre et se la joue Bouli ‘Leonners’. Sombre, sinon crépusculaire, son western moderne reste néanmoins fidèle à sa patte ; poétique, grave et drôle.

Dans une plaine infinie balayée par le vent, Cochise et Gilou, deux inséparables chasseurs de prime, sont à la recherche d’un téléphone volé au contenu sensible. Leur chemin va croiser celui d’Esther et Willy, un couple en cavale.

C’est quelque part entre Toulouse et Paris, dans un train, que Bouli Lanners a aperçu l’élément qui devait lui inspirer le film et donner corps à un univers cafardeux et indéterminé tant géographiquement que temporellement : une espèce d’aqueduc de béton qui traverse le paysage sur des kilomètres, le marquant comme un chemin de fer lacérant les plaines de l’ouest américain. Incongrue dans un paysage pourtant morne, cette structure de béton rectiligne conditionne l’errance des personnages qui peuplent cet univers pré-apocalyptique et semble affecter le peu de vie qui anime la région.

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Si Bouli Lanners n’a pas son pareil pour mettre en image et en ambiance, il faut lui reconnaître une petite faiblesse scénaristique. En effet, l’élément qui motive la virée de Cochise (Dupontel) et Gilou (Lanners) a tous les traits du prétexte peu convaincant. C’est d’autant plus regrettable que la motivation des deux protagonistes n’apparaît pas comme indispensable à la connaissance du spectateur. Proches de l’archétype du cavalier solitaire, qui n’est au fond que la transposition américaine du chevalier errant du moyen Âge (je viens de percuter), Cochise et Gilou sont suffisamment caractérisés pour insuffler au récit ce qu’il lui faut de romanesque brut de décoffrage. Preuve s’il en fallait une, que Bouli Lanners est un dialoguiste de talent, à défaut d’être un scénariste de génie. Malheureusement le scénario pousse le vice jusqu’à révéler le contenu sensible de ce gsm, déforçant encore un peu plus l’intrigue.

Ce désagrément scénaristique n’affecte néanmoins pas le grand mérite du film, qui est celui d’emmener le spectateur dans une chevauchée atmosphérique, quasi mystique, savoureuse. Entre fusillades, errance, bastons et lectures de la Bible par le grand Max von Sydow, Bouli Lanners a cette capacité à colorer son récit d’un humour pince-sans-rire qui fait mouche.

Max von Sydow ? Vous avez bien lu. Côté casting, Bouli Lanners s’est fait plaisir. Autour des monstres sacrés que sont Max von Sydow et Michael Lonsdale, c’est un casting de « gueules » que Bouli a réuni. Une combinaison sacrément hétéroclite à laquelle il parvient à donner une étonnante cohérence. Albert Dupontel en alter ego antagonique est l’évidence même. Un espèce d’Indien revenu de la sagesse des peuples premiers, qui rencontre une pionnière indépendante incarnée par la Québécoise Suzanne Clément, découverte, pour beaucoup, dans le (ajoutez ici le superlatif de votre choix) Mommy de Xavier Dolan. Michael Lonsdale, toujours drôle et touchant, traverse le film à pas retenus, lui imprimant sa force tranquille. En croque-mort, Max von Sydow rappelle, la taille en plus, celui créé par Morris pour la série Lucky Luke. Clin d’œil volontaire ou non à la culture populaire belge, peu importe, l’apparition du grand Max, qui n’a plus pris une ride depuis vingt ans, fait sacrément plaisir. Ajoutez a cela Serge Riaboukine en chef de bande patibulaire, Philippe Rebbot en vagabond christique, ou encore David Murgia et Lionel Abelanski, et vous obtenez ce que l’on peut appeler une belle brochette.

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Un nouveau coup de maître de Bouli Lanners, qui parvient à conserver sa singularité tout en prenant des risques artistiques. Une gageure. Selon les propres mots du réalisateur, ce film est le plus optimiste de sa filmographie. Pour savoir comment Bouli Lanners emmène son récit du crépuscule à l’aurore, rendez-vous aux environs de la fin juin pour la sortie DVD/BluRay.

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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