Vous prendrez bien une tranche d’humanité ?

@DominiqueHoucmant

C’est peu dire qu’on attendait beaucoup de Laïka. Après leur flamboyant et indispensable Discours à la Nation dans lequel Ascanio Celestini et David Murgia donnaient une véritable leçon de théâtre engagé sur le fond comme sur la forme, ils se livrent ici à un véritable travail anthropologique de ramasseurs d’histoire et excellent à dresser sans pessimisme mais dans un tragi-comique non édulcoré et savamment dosé un portrait amoureux du petit peuple : les modestes, les sans-grades et les sans-dents, ceux qui ne possèdent rien que le luxe de l’imagination.

Avec une grâce et une tendresse inouïe, Laïka s’attache à montrer la beauté là où on ne la voit pas, chez les fous, les ouvriers, les malades, les manutentionnaires, les clochards et les putes. Ceux dont on questionne l’utilité, à qui l’on explique que la vie est une loterie, que celui qui n’a pas de travail n’a pas d’utilité, que la vie d’une pute ne vaut pas un pneu, certainement pas une larme. Ceux qui, lorsqu’ils lèvent la tête on la leur coupe, lorsqu’ils ouvrent la bouche on la leur gifle.

Et c’est pourtant là, sur ce tas de marginaux et de reboutés, que germe le prodige de la générosité. A croire que l’empathie et la solidarité sont des valeurs de miséreux…

@DominiqueHoucmant

Avec Laïka, Ascanio Celestini offre une ode à ces inconnus qui, par altruisme ou par naïveté, cultivent et magnifient la force du groupe, la puissance du rassemblement, et la fougue de la ferveur populaire. Sur les accords de l’accordéon de Maurice Blanchy qui nimbent la pièce d’une tonalité douce et populaire, il joue avec la musicalité du texte qu’il cisèle pour le faire flirter avec la poésie. Il interroge le monde par la voix de David Murgia, qui est une nouvelle fois plus que parfait, entre sensibilité et ingénuité, porteur de foi et d’espoir. Il jongle avec les mots avec une aisance désarmante, et incarne avec doigté un dieu populaire accoquiné à un Pierre déguenillé improbable.

Laïka rend leur fierté à ceux que trop souvent on ignore, lorsqu’on ne les méprise pas, et sans lesquels pourtant la voûte céleste s’effondrerait s’ils ne la retenaient, tandis que la carte de l’espace serait bien plus noire sans le sacrifice d’une petite chienne des rues… La pièce rappelle enfin que, peut-être bien que c’est inutile, mais se révolter, c’est déjà faire quelque chose.

Laïka – retour sur le spectacle du Festival de Liège en coproduction avec le Théâtre National Wallonie-Bruxelles
Texte et mise en scène : Ascanio Celestini
Avec : David Murgia et Maurice Blanchy (accordéon)
Voix-off : Yolande Moreau

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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