Les Présidentes – Théâtre Le Public

J’étais venue pour rire. En général, c’est ce qui se passe quand Le Public promet une « comédie mordante ». J’étais venue me nourrir de réflexions. Après tout, il était apparemment question de « faire bouger la marche du monde ». Pleine de curiosité, je me suis assise. J’attendais qu’Erna s’épanche sur son charcutier polonais, que Grete nous conte ses déboires de nymphomane, que Marie débouche l’une ou l’autre toilette et que l’histoire de ces trois femmes se mette en mouvement.

Seulement voilà : rien n’a bougé. Le texte n’est allé nulle part, à l’image du public, qui avait l’air tout aussi stoïque. Les comédiennes, elles, sont allées à peu près partout, comme dans un souci mécanique d’occuper l’espace. Mais les personnages, eux, se sont rapprochés de leurs rêves en les piétinant machinalement. Car chacune de ces femmes a sa propre obsession qui peuple ses propres chimères et se plaît à ressasser les mêmes délires en long et en large.

Le fait est que tout cela aurait pu (dû ?) être hilarant. Si Patricia Ide n’avait pas tant trébuché sur son texte, si Magali Pinglaut nous avait paru plus sincère, si chaque réplique de Laurence Vielle ne portait pas uniquement sur la merde que son personnage, la petite Marie, trouve dans les toilettes qu’elle débouche à mains nues.

Au tiers de la pièce, lorsque le ton monte, l’on croit alors assister à un début de crescendo, à l’ouverture sur quelque chose, à un second souffle qui nous emporterait enfin… mais l’énergie des comédiennes retombe comme elle était apparue pour basculer dans une dernière partie aussi longue que laborieuse.

Complètement habitée par son personnage mi-bigot mi-autiste, Laurence Vielle porte la pièce à bout de bras, mais ça ne suffit pas. Cette pièce n’est rythmée que par des incohérences. Se faire balader de décalage en décalage au théâtre a pourtant du bon, lorsque le tout tient ensemble. Ici, chaque choix, de mise en scène et d’écriture, semble sorti de nulle part. Pire : les quelques répliques qui auraient pu être drôles sonnent faux, débitées dans une monotonie glaçante.

La pièce se joue donc dans le désintérêt total. Le public se fait face dans la petite salle des Voûtes et échange quelques regards sceptiques. Il y a bien ces deux spectatrices qui rient assez souvent et très fort au milieu de quelques sourires… Mais il règne dans la salle une ambiance singulière, entre le malaise et la consternation.  On voudrait tant que ça décolle, que ça parte ailleurs. Jamais rire n’a été si difficile au Public. Une pièce creuse et étrange qui laisse une sensation désagréable… La fâcheuse impression d’avoir été trompée sur la marchandise.

 

Les Présidentes

 

Jusqu’ au 25/06/16 au Théâtre Le Public, 64-70 rue Braemt à 1210 Bruxelles.

Du mardi au samedi à 20h30 – Durée 1h30

De: Werner Schwab

Avec: Patricia Ide, Laurence Vielle et Magali Pinglaut

Mise en scène : Laurent Fréchuret

Une création et coproduction du théâtre Le Public et du Théâtre de l’Incendie

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Dévoreuse de livres

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