Press Cartoon Belgium & Press Cartoon Europe 2013

Il en fallait un. Il l’a créé.

Quoi ? Un prix pour les dessinateurs de presse belge.

Qui ? Karel Anthierens.

Quand ? En 1998.

Reprenons. Il y a près de quinze ans, Karel Anthierens, ancien rédacteur en chef de plusieurs journaux flamands, crée un prix jusque là totalement absent du paysage médiatique belge : le Press Cartoon Belgium, ou la reconnaissance salutaire d’un art en mal de considération. C’est qu’après avoir œuvré aux commandes de Panorama, Het Volk, Humo, Knack, notamment, l’homme de presse en a vu passer des cartoonistes. « J’ai lancé beaucoup de dessinateurs. C’est quelque chose qui m’a toujours tenu à cœur. J’aime ça et ça m’a étonné qu’il n’y ait pas de prix pour les récompenser », explique Karel Anthierens. D’où l’envie urgente d’en organiser un pour rendre hommage aux oubliés de la culture.

Pour pouvoir offrir un prix digne de ce nom (6.000 euros pour le premier, 800 pour les deuxième et troisième, tout de même), il faut soit être très riche, soit avoir un bon sponsor. Jusqu’en 2000, c’est la compagnie d’assurance Royale Belge qui a rempli cette dernière option et financé le Press Cartoon Belgium. Une reprise par Axa plus tard, le Festival International du Cartoon de Knokke-Heist a récupéré le flambeau. Ainsi, depuis 2001, l’événement bénéficie de l’aura bienfaitrice de la grande messe du dessin humoristique, fraîchement cinquantenaire.

Pour pouvoir offrir un prix digne de ce nom, il faut également des participants. Leur sélection se fait sur toute l’année, comme le révèle l’organisateur : « Les membres du comité regardent toute la presse belge, tant flamande que francophone, et sans quota à respecter. Ils se réunissent tous les trois mois pour comparer les dessins qu’ils ont aimés. Mais cela n’empêche pas les dessinateurs d’envoyer leurs œuvres de leur propre initiative. A la fin de l’année, une centaine de dessins sont sélectionnés et soumis au jury. » Le jury, justement, est renouvelé chaque année, suivant une logique de corps de métier. Les années précédentes ont ainsi vu défiler des présidents de partis politiques, des sportifs, ou encore des comédiens l’année dernière. Cette fois-ci, le concours était placé sous le signe du show-biz, avec en guests stars : Jean-Luc Fonck, Sandra Kim, Le Grand Jojo, Johan Verminnen et Dani Klein.

Quant aux critères de sélection, ils sont simples : le dessin doit avoir été publié dans un journal vendu en librairie et bien sûr, être inspiré, « qu’il ait le poids d’un article, qu’il exprime l’opinion du dessinateur sur l’actualité, qu’il fasse réfléchir sans nécessairement faire rire, », précise Karel Anthierens.

Ces précisions apportées, il est temps de passer au palmarès 2013 : duBus décroche le premier prix avec un dessin sur la mort de Michel Daerden dans La Dernière Heure-Les Sports.

Sur la deuxième marche du podium, on retrouve Gal, qui sévit dans Knack, ici après la mort de Neil Armstrong.

La troisième place revient à Saive et son dessin paru dans Le Soir après la tuerie de Newton.

Confirmant une certaine tendance francophone des dernières années, duBus dame le pion à Canary Pete (Gazet van Antwerpen/Belang van Limburg), Cécile Bertrand (La Libre Belgique), Clou (La Libre Belgique), duBus (La Dernière Heure), Gal (Knack), JacPé (UbuPan), Kamagurka (Het Laatste Nieuws), Kanar (Moustique), Karl (Trends), Kim (De Morgen), Kroll (Le Soir), Lectrr (De Standaard), Marec (Het Nieuwsblad/Dag Allemaal), Saive (Le Soir), Snaet (De Standaard), Steve (Humo), Vadot (Le Vif/L’Express, L’Echo), Erwin Vanmol (Knack), Zak (De Morgen) et Zaza (De Standaard).

Mais tout ceci n’a guère d’importance. Les premières éditions du concours consacraient des dessinateurs flamands. La tendance s’est inversée, certes, mais rien n’empêche un retour en force du nord les prochaines années. Anyway, l’identité linguistique des nominés et des primés est bien le cadet des soucis de Karel Anthierens. Son concours est belge, c’est tout. D’ailleurs, il ne remarque pas tellement de différences entre l’humour sudiste et nordiste, si ce n’est peut-être que « les Flamands mettent souvent plus de textes ». Si différence il y a, elle est surtout chronologique : « J’ai l’impression que les dessins sont plus durs, plus osés, maintenant ; et qu’il y a plus de censure aussi. », confie l’organisateur qui révèle que dans un certain quotidien francophone, on ne peut pas trop taper sur la famille royale, voire sur feu Michel Daerden ; et que du côté néerlandophone, il ne fait pas toujours bon moquer Bart De Wever et la N-VA.

Depuis cinq ans, le Press Cartoon Belgium s’est doté d’un petit frère, européen celui-là : le Press Cartoon Europe.

La proclamation des lauréats se passait aussi ce 31 janvier au KVS. Comme son aîné, le Press Cartoon Europe est sponsorisé par le festival de Knokke-Heist, qui débourse gracieusement 8.000 euros pour le premier prix et 1000 euros pour les deuxième et troisième prix. Mais ici, la sélection s’effectue différemment, étant entendu que le comité de sélection ne peut pas éplucher toute la presse européenne. La participation se fait donc à l’initiative des dessinateurs, qui peuvent envoyer trois dessins publiés dans des journaux grands publics. Cette année, ils étaient 105 à proposer 274 dessins provenant de 34 pays européens. Le jury, composé de journalistes allemands, bulgares, autrichiens, français et irlandais, en a distingués trois.

C’est le français Michel Cambon qui a plus convaincu, avec un dessin paru dans La Terre de chez nous, et relatif à la boucherie syrienne.

En deuxième position, vient Joep Bertrams, du Groene Amsterdammer, qui s’est illustré au sujet de la crise de la zone euro.

Enfin, Sergei Tunin, du Courrier International, remporte le troisième prix.

Reste que le Press Cartoon Belgium, c’est aussi un site internet qui chaque jour propose de mettre en avant un dessin paru dans la presse belge. Si vous voulez votre dose quotidienne d’humour bien de chez nous, c’est par ici.

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S. aime la bande-dessinée et le cinéma, les images qui parlent, quoi.

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