Le procès de Viviane Amsalem: divorce à l’israélienne

Dans Le Procès de Viviane Amsalem, Shlomi et sa sœur Ronit Elkabetz mettent le doigt sur une réalité en Israël, aussi invraisemblable que méconnue: Selon la loi juive et israélienne, un divorce ne s’obtient qu’avec l’accord du mari et après une cérémonie rituellement fixée devant un tribunal rabbinique.

Après Prendre Femme (2003) et Les 7 Jours (2008), les Elkabetz retrouvent le personnage de Viviane (qui leur a beaucoup été inspiré par leur mère) et concluent cette trilogie sur le couple et la place de la femme en épinglant les travers et contradictions d’une société israélienne ancrée dans ses traditions ancestrales. Le cas ne se limite pas à celui de Viviane mais parle d’une société tout entière.

À travers, le rude et long combat (pas moins de cinq années de guerre juridique) de cette femme qui souhaite retrouver sa liberté, le film dénonce, de manière tragique et drôle à la fois, l’absurdité des procédures d’un pays où seuls les hommes, du mari (juif orthodoxe) aux rabbins (juges tout puissants), possèdent les pleins droits.

Le Procès de Viviane Amsalem est un épatant huis-clos situé dans les coulisses du tribunal rabbinique au sein duquel le procès d’une femme va s’éterniser comme un jour sans fin. Le huis-clos, métaphore de l’enfermement, retient Viviane Ansalem prisonnière des quatre murs de ce tribunal étriqué. Tels les personnages de l’Ange Exterminateur de Bunuel, la femme, au purgatoire, ne peut plus fuir ni s’échapper …

À travers l’itinéraire de cette héroïne qui cherche à se libérer de l’entrave masculine, le film montre une certaine réalité: malgré la démocratie, la femme israélienne continue à être maintenue dans un état d’infériorité dans une société machiste régie par les hommes.

Les rebondissements entre la salle d’attente et la salle exiguë du tribunal, les différents et incessants reports de jugement révèlent chaque fois un peu plus le poids des lois (vieilles de 4000 ans!) du carcan religieux (où la loi religieuse triomphe) et de la suprématie masculine (seul l’homme peut consentir au « guett », titre original du film, et rendre la liberté à sa femme) dans un pays où les droits des femmes restent encore à conquérir.

Le propos est certes politique mais le film est avant tout une comédie et évite, on aurait pu le craindre, une certaine lourdeur didactique. Telle une pièce de théâtre, les différents témoins venus à la barre, des seconds rôles hauts en couleur dignes d’un film burlesque, défilent et rythment de leurs joutes verbales (formidables!) les séances du procès.
Le comique de répétition est aussi narratif: régulièrement apparaît au bas de l’écran le temps écoulé entre chaque procès, « deux mois », « six mois », « trois jours » , « un an  » … L’ensemble est jubilatoire et ne manque pas d’humour pour traduire cette spirale infernale et l’absurdité de la situation.

Avec Le Procès de Viviane Amsalem, Shlomi et Ronit Elkabetz (formidable Ronit dans le rôle de Viviane) livrent un formidable plaidoyer et un des films majeurs du dernier Festival de Cannes présenté à la Quinzaine des réalisateurs.

 

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Dans les salles françaises le 25 juin 2014.

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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