Promenade de santé, Nicolas Bedos

« Elle est assise sur un banc. Sur ses genoux, une radio. Dans la radio, du reggae. Très fort, le reggae. Il entre en scène, observe l’incongruité de cette belle fille au regard vide et aux oreilles manifestement mal embouchées. La scène l’amuse d’abord, l’ennuie ensuite. Il jette la radio par terre et entreprend de converser avec cette pensionnaire pas comme les autres. La voilà qui parle, la jolie poupée, qui explique le pourquoi du reggae (faire fuir les autres fous qui la collent) et le comment de son internement dans cet hôpital psychiatrique. Il confesse volontiers ses propres névroses qui lui valent des séjours réguliers dans l’institution. Ils se plaisent, c’est évident. Mais l’évidence des fous n’est pas toujours celle que l’on croit… »

On le voit et on l’entend partout en ce moment. Partout, c’est chez Ruquier. Chez Ruquier c’est partout. Remplaçant le truculent Jonathan Lambert, Nicolas Bedos est le nouveau bouffon du prince Laurent, pimentant de ces saillies acides le train-train ménopausant de l’émission phare du samedi soir.

Mais Nicolas Bedos n’est pas que sur France 2, Nicolas Bedos est aussi au Théâtre Le Public. On n’y affiche pas sa gueule de beau gosse. On y (sur)joue ses mots (surs). Car avant sa renommée audiovisuelle, avant de faire le buzz à chaque passage chez Franz-Olivier Gilbert, avant de faire frémir les midinettes intellos devant leur poste de télévision par la virulence impétueuse de sa plume, le fils de l’autre récoltait déjà un petit succès d’estime dans le petit milieu du théâtre, avec même ses deux précédentes pièces nominées aux Molières. A trente-trois ans, l’auteur a de la bouteille et une solide expérience derrière lui, notamment tricotée aux côtés de son père, avec qui il a co-écrit quelques sketches à 20 ans et pour qui il a écrit Le Voyage de Victor à 30 ans. De temps en temps, l’écrivain s’essaie même à la mise en scène, comme pour Promenade de santé, lorsque la pièce est montée en France avec dans les rôles titres Mélanie Laurent et Jérôme Kircher.

Chez nous, à la Comédie de Bruxelles, c’est Tania Garbaski et Charlie Dupont qui endossent les deux rôles de cette comédie romantique sur fond d’hôpital psychiatrique. Las! Le couple à la ville qui voulait être couple sur scène (motivation première paraît-il pour mettre en place ce spectacle) ne convainc guère que les lycéens traînés dans la petite salle du théâtre par un enseignant peu scrupuleux. Bon public, ils rient fort et applaudissent à tout rompre des acteurs au jeu parfois exaspérant. La fille de l’autre surjoue abondamment et l’oeil mouillant une danseuse triste à la libido encombrante. Son partenaire est plus posé (question de rôle aussi) mais crie également plus que de raison. Ces hurlements de fous sonnent faux et comme des aveux d’impuissance d’acteurs n’ayant pas la finesse de jouer autrement. Seule la fin sauve quelque peu les meubles. Par son monologue, Tania Garbarski retrouve un peu de crédibilité et se fait écrin pour la jolie chute de Nicolas Bedos (même si dans le genre, on préférera le monologue de Cate Blanchet dans le Blue Jasmin de Woody Allen).

La chute ne sauve pas que les comédiens mais aussi la pièce elle-même. Sans cela, mon voisin de gauche se serait pendu (véridique). C’est qu’il ne se passe pas grand-chose dans le texte de Bedos. Oui, deux cinglés tombent amoureux. Oui, il questionne avec lucidité la folie et l’amour. Et après? Après pas grand-chose. Quelques bonnes phrases (son talent en la matière n’est plus à démontrer), quelques situations cocasses, quelques rebondissements plutôt inattendus, une bonne chute, mais c’est tout. A dire vrai, on s’ennuie un peu devant le brassage de vent de cette « psychotique-paranoïaque-à-tendance-schizophrénique-et-maniaco-dépressive-et-nymphomane » et de ce « bipolaire-obsessionnel-addictif-alcoolique-pervers-narcissique-à-tendance-suicidaire », devant leurs variations à la je t’aime moi non plus. Et comme tout repose sur les dialogues, ça casse très vite les oreilles et les pieds dans le cas présent.

Ceci dit, la mise en scène et les décors sont bien pensés. Les interventions en live du Trio Thomas Champagne sur une musique composée par Nicolas Bedos, musicalement dirigé par Greg-Remy-de-Ghinzu, furent appréciées, ainsi que le travail sur la lumière.

Et puis, les ados dans la salle ont bien aimé.

Pour rappel, la pièce se joue jusqu’au 19 octobre 2013.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site du Théâtre Le Public.

Tags from the story
Written By

S. aime la bande-dessinée et le cinéma, les images qui parlent, quoi.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *