P’tit Quinquin, amateur en mode majeur

Adulée par certains, descendue par d’autres, la série P’tit Quinquin n’a rien à voir avec les précédentes œuvres du réalisateur de L’Humanité, Camille Claudel 1915 ou La vie de Jésus. La mini-série de 4 épisodes qui a explosé les codes du genre sur Arte est désormais disponible en dvd. Jouissif!

Vacances à la ferme pour le P’tit Quiquin. De celles qui sont rythmées par les pétards, l’ennui des touristes hollandais et les bêtises que les gosses (loin des PC’s et des GSM’s!) affectionnent. Des enfants qui ont fait la route leur et passent leur vie à vélo, à poursuivre les rares hélicos venant troubler le calme ennuyant de cette France profonde. Mais, un jour, tout change. Imaginez-vous plutôt ce petit village de ch’Nord bouleversé par un meurtre atroce (et mis sur le compte d’un diable!): un cadavre découpé est retrouvé dans le corps d’une vache. Pas de panique, le commandant Van der Weyden et son adjoint, Carpentier sont là pour tirer au clair cette sordide affaire. Quoique…

Ptit Quinquin enfants

Disons-le d’emblée, on n’avait pas vu une série française aussi couillue depuis bien longtemps. À côté de la collection Meurtre à… de France 2 parfois bien pâle, cette sorte de « Meurtres en pays chtimi », première série du cinéaste Bruno Dumont (d’ordinaire plus habitué aux grands écrans) réussit un véritable tour de force. À des lieues des aventures télévisuelles ordinaires, cette mini-série met en scène une énième enquête policière qui aurait pu être banale mais trouve un élan de fraîcheur dans une tournure absurde et caustique.

Ptit Quinquin enquête

Accent Performance

Par ces acteurs d’abord. Ou plutôt ses non-acteurs. Car tous les personnages de P’tit Quinquin sont campés par des débutants, des non-professionnels fils et filles eux-même de ce cadre naturel de sable, de mer et de verdure. Et bien au-delà d’un effet « carte postale » (servi d’ailleurs par une photographie remarquable), c’est une galerie de réelles gueules qui s’offre aux spectateurs. Ni belles, ni laides, mais d’une authenticité rare, ces personnes « sont ». De grâce et de puissance. Autant dans leur interprétation, virant parfois à l’improvisation, que dans l’intensité de chacun de leur regard. C’est notamment le cas de ce commandant de gendarmerie – il le répète d’ailleurs à chaque rencontre « Gendarmerie hein ici, gendarmerie » – curieux, allumé et totalement à côté de ses pompes avec ses méthodes radicalement burlesque. À défaut d’être expéditives. Une espèce de Charlot bourré de TOCs et, par dessus tout, bigleux qui constitue une réelle performance de Bernard Pruvost qui, dans la vraie vie, est… jardinier! Mais que dire également de ce vétérinaire qui s’improvise légiste et pratique l’autopsie à la tronçonneuse? Ou cet organiste qui à chaque enterrement croit jouer l’oeuvre de sa vie? Chacun de ces personnages hauts en couleur a plus que sa minute de gloire. Et tous les accents sont authentiques, difficilement compréhensibles mais tellement vrais. On a d’ailleurs mis les sous-titres pour sourds et malentendants afin de bien comprendre ces dialogues totalement délicieux!

Ptit Quinquin

Une parodie bourrée de sens

Car oui, le but de Bruno Dumont est de tourner en dérision les séries moulées pour la télé et tellement attendues, sans une once d’originalité. Ici, la star du télécrochet local chante en plein enterrement, une église d’ailleurs sujette à une partie mémorable de « Ch’te vois, ch’te vois plus ». Ici, les hommes cagoulés se baladent tranquillement. Ici, les phrases n’ont pas peur des « si » et des « rait ». Puis que dire de ce nombre impressionnant et ridicule de démarrages en trombe (tout est relatif). Et en se (dé)jouant à ce point de ces références, Bruno Dumont fait plus que mouche, il livre une oeuvre à la fois délicate et assumée, à la fois drôlissime et tristounette. Un véritable OVNI burlesque qu’il est bon de voir. C’est sans queue ni tête, mais ça fera date, qu’on aime ou pas, l’enjeu dépasse de loin l’appréciation. Et qu’il est beau de voir que de pareils projets peuvent se monter avec la carte blanche d’une chaîne télévisée (certes, c’est Arte et heureusement qu’ils sont là). Un petit chef d’oeuvre, puissant!

 

 

Titre: P’tit Quinquin

Format: 4 X 52min

Réalisateur: Bruno Dumont

Acteurs: Alane Delhaye, Lucy Caron, Bernard Pruvost et Philippe Jore

Production: 3B Productions, Arte France, Pictanovo

Chaîne de diffusion: Arte

Distribution Belgique: Lumière

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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