Punk Rock

« Lilly arrive dans sa nouvelle école. Elle y rencontre: Bennett qui terrorise tout le monde; la douce et téméraire Tanja amoureuse de son prof; William qui affabule grave; Cissy qui veut conquérir le monde; Nicholas « un million de phéromones dans chaque muscle » et Chadwick, la tête de turc, passionné d’astrophysique. Tout ce petit monde va se côtoyer jusqu’à l’arrivée des examens, jusqu’à ce que… le drame éclate.»

Olivier Coyette décide de mettre en scène le texte de Simon Stephens, l’un des auteurs les plus en vue outre-Manche. De façon générale très ancré dans la réalité sociale du nord de l’Angleterre, le dramaturge revient sur la fusillade de 2001 à Colombine, en la situant dans son StockPort natal. Dans cette ville banlieue de Manchester, il dresse le tableau d’une jeunesse qui se cherche, en perte de repères et de valeurs. Un petit groupe d’élèves tout à fait banal, véritable échantillon représentatif de la faune adolescente que nous avons tous fréquenté (ou constitué), se réunit souvent à la bibliothèque, pour partager peines, espérances, confidences, et autres considérations hautement philosophiques. De prime abord d’une banalité affligeante et d’un niveau d’intérêt proche de zéro, les discussions des adolescents – que l’on subit de plein fouet  cachent la violence qui couve et qui ne tardera pas à éclater.

Si le metteur en scène parvient à nous livrer une pièce dont la tension monte crescendo, il n’arrive pas à gommer la manière tellement caricaturale avec laquelle les personnages sont brossés dans le texte d’origine. La grosse petite niaise, le tyrannique beau gosse un peu débile, le gros costaud alternatif, le petit intello harcelé, la jolie nouvelle… rien ne nous est épargné, et plutôt que de chercher à s’éloigner de cette vision simpliste de l’adolescence, la mise en scène nous ancre dans l’approximation propre à cet âge.

Si l’occupation de l’espace, les mouvements et les attitudes des comédiens, plus particulièrement durant les interludes pendant les changements de décor, insufflent indéniablement du rythme à la pièce, ces astuces manquent cruellement d’originalité et rappellent les premiers exercices pratiqués dans les cours de théâtre. Le recours à la datation, projetée sur le mur arrière de la scène pour situer l’action, l’utilisation abusive de la cigarette, désormais véritable poncif de la mise en scène moderne et pas toujours à propos, les stroboscopes, les projections vidéos de Grand Theft Auto 5 etc. sont autant d’éléments de mise en scène dont on pourrait questionner la pertinence et la valeur ajoutée. 

Les comédiens, malgré leur bonne volonté, ne parviennent pas à engager la pièce sur d’autres voies : à l’exception notable de Arthur Oudar (Chadwick) et de Jérémie Petrus (William) qui tirent leur épingle du jeu en livrant une interprétation sensible et nuancée, les acteurs restent coincés dans la caricature et la faiblesse de leurs personnages, dans un décor inexistant.

Du « punk » de Stephens, il ne reste que la bonne bande, dont on pourra regretter les trop brèves interventions. L’auteur et le metteur en scène parviennent indéniablement à égrener les indices tout au long du huis-clos pour faire naître un sentiment de malaise et faire monter la pression. Olivier Coyette se laisse malheureusement piéger par la multiplicité des sujets que l’auteur a voulu traiter, et qui finissent par brouiller les messages : s’il est question de malaise de la jeunesse, de pertes de valeurs, de violence, d’opposition, de recherche de modèle, etc., la banalité des personnages, la platitude de l’intrigue – finalement peut-être trop proche de la réalité – et le niveau moyen de la représentation rendent ces thématiques assommantes.

Du 14/01 au 08/02 au Théâtre de Poche 

Texte : Simon Stephens

Traduction : Dominique Hollier et Adélaïde Pralon

Mise en Scène : Olivier Coyette

Avec: Grigory Collomb (Benett), Fanny Donckels (Tanya), Timothy Fildes (Nicholas), Olivia Harkay (Lilly), Arthur Oudar (Chadwick), Violette Pallaro (docteur Harvey), Flavia Papadaniel (Cissy), Jérémie Petrus ( William)

Durée : 1h50

Tarifs : de 1,25€ (Article 27) à 16 €

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

1 Comment

  • vu également, la pièce faisait fortement devoir d’école.
    Pas ou peu d’interaction entre les acteurs lors de leur dialogues, c’est souvent surjoué et les entractes dont je me demande encore l’intérêt, on rendu la pièce trop longue.
    Nul doute que cela plaisent aux ados qui vont s’y retrouver, mais passé la vingtaine, et plus encore la trentaine, il fut difficile de ressortir étonné ou ravis du Poche.

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