Quelques soirées parfaites aux Beautés Soniques

Beautés Soniques, un premier soir dans la diversité

Voilà c’est fait, en toute concurrence avec l’Halloween commercial, les Beautés Soniques ont commencé vendredi soir dans la salle du Grand Manège de Namur. Un premier soir qui a fait la part belle à la diversité, pointue, pour les premiers festivaliers. Entre l’espace dj’s pour les entractes et la scène où se sont succédé rien de moins qu’un set du Dj Freddy Bracker, un concert hors du temps de Chrome Brûlée ou encore le rap bien senti de l’Anglais DELS. Le tout placé sous le signe de Crab Boogie, tout nouveau label bruxello-namurois branché hip-hop « au sens large ».

Les hommes au masque de fer ont les yeux rouges

Après un début assez sympathique mêlant des échos, des sonorités un rien psychés et surtout un aspect lounge très confortable dans le set de début de soirée de Freddy Bracker, c’est une réelle dose d’euphorie qui nous a pris lorsque Chrome Brûlée a pris possession (véritablement) de la scène. Phénomène à part entière, c’est presque comme si les Daft Punk étaient venus à 7, comme s’ils s’étaient perdus entre vintage et futur et faisaient de leur voyage une ode à l’électro d’avant.

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Car oui Chrome Brûlée (récemment vu au Pukkelpop) est un groupe inclassable. De par l’ambiance très mystérieuse dans laquelle ils se présentent d’abord: tous ont un masque et des yeux rouges perçants (les mêmes que Kavinsky portait lors de ses concerts cet été) et lumineux balayant la salle et leur donnant une aura quasi mystique. Une ambiance renforcée par les vidéos projetées derrière le groupe, entre une voiture de Drive, une k7 audio (le groupe a d’ailleurs sorti un album sur K7!), une femme absorbée par un trou noir et une allure d’intersidéral. Mais aussi par la la force du set proposé où les claviers claquaient, la batterie était démente, la guitare-clavier surprenait. Le tout assénant une solide électro au souffle d’épique à faire pâlir les meilleures BO de SF. À en oublier qu’ils n’inventaient rien, tellement on s’est pris au jeu.

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La solitude du rappeur

Après ce tremblement de terre, un retour au calme s’est amorcé avec le rap au flow posé de DELS. Une découverte même si le black rapper anglais a déjà une solide réputation dans le milieu. Seulement accompagné d’un dj, DELS est parvenu à fédérer le public. La soirée a ensuite continué dans un son plus hip hop prôné notamment par Nick Name (qui avait sorti un t-shirt pour l’occasion « Support your local artist ».

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Bref, les Beautés Soniques ont bel et bien commencé! Et tant pis pour ceux qui ont privilégié la fête aux sorts et aux caries, nous, on était confortablement installé, en pleine extase musicale.


Mon Réal et Nicolas Michaux offrent l’intime de deux prestations de charme

C’était sans doute la soirée la plus francophone du festival des Beautés Soniques de Namur. Pour en profiter, il fallait trouver le Théâtre Jardin Passion dans un recoin de la rue Marie-Henriette. C’est vrai que vu de la rue, ça ne paie pas de mine. Mais pressez le pas et entrez-y et vous serez accueilli dans la singularité chaleureuse d’un lieu qui a suspendu le temps. S’ouvrant sur un petit salon compilant un univers sans âge, un petit robot se balade, un lustre éclaire la salle de sa beauté, des divans accueillants font du charme aux spectateurs lors des entractes. Un vrai beau lieu auquel les Beautés Soniques ne pouvaient que rendre grâce. Puis au-delà du rideau, il y a une petite salle, soixante places en gradins tout au plus et la scène sur un tapis, sans estrade, juste à hauteur d’hommes et de femmes. Intime et évocateur à la fois, invitant sans conteste au plaisir du voyage.

Au bonheur des problèmes techniques

Et de voyage, il en était question. Avec le duo Mon Réal tout d’abord pour débuter une soirée prometteuse. Alors oui, il y a de l’accent dans ses chansons, mais pas celui qu’on croit! Malgré son nom, le duo n’est pas québécois mais bien flamand et même gantois et se compose de Frank de Vos et Roeland Vandemoortele.

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De là à faire résonner la langue de Vondel à Namur? Pas du tout, puisque depuis toujours, Frank de Vos met sa voix grave et caverneuse au service du français. Ainsi chante-t-il Paris, Adamo (une version très sombre de Tombe la neige), une Saison Berlin et les amours de toutes sortes. Les textes sont parfois autobiographiques, très souvent humoristiques et toujours surprenants tant ils sont bien cisaillés et développés. Pas de refrains et couplets faciles non plus. Ajoutez à ça une musique entre guitares, claviers et boîte à rythme et une bonne humeur communicative, et c’était parfait. Même si quelques problèmes techniques ont ponctué la  prestation, rajoutant encore plus de plaisir à voir ce duo naviguer en toute décontraction.

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Une décontraction également perceptible en interview, un peu décalée:

 Il y a encore de beaux jours après l’Été

Entracte et plaisir de retrouver le petit salon, et nous voilà repartis pour une nouvelle heure de concert. Et quel bonheur de retrouver Nicolas Michaux. Nicolas qui? Mais si, Nicolas Michaux, ancien leader d’Été 67. D’ailleurs, avec ce 1er Novembre à 20°c, l’été n’était pas très loin et la chaleur du public en témoignait. Devenu bruxellois et bidouilleur professionnel, Nicolas Michaux nous a surpris il y a quelques mois avec la sortie de son premier clip, très réussi, À la vie à la mort.

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Entre pop francophone (avec des aléas entre la musique et les chanteurs des années 70, mains dans la poche, et sons plus actuels) et quelques moments de blues anglophone aussi, comme la chanson de rappel, le Lovesick Blues popularisé par Hank Williams. Un zeste d’érotisme par-ci, un solo de guitare dantesque par-là et beaucoup de moments délicieux. Sans oublier un certain engagement: « Une chanson plus politique dénonçant les nouveaux Robin des Bois qui volent aux pauvres pour donner aux riches. » Pas de doute, Nicolas Michaux marque un grand retour, plus personnel et dépouillé. On attend impatiemment la suite, dont il a donné gentiment quelques nouvelles en interview:

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Mendelson ou la claque du vendredi soir

Il y avait quelque chose qui planait dans l’air de ce vendredi aux Beautés Soniques. Sur Facebook, un commentaire attirait l’attention: « Le plus grand groupe secret français, continuons à ne pas l ébruiter » jouerait à Namur ce soir-là. La réponse viendrait mais encore fallait-il patienter même si un premier élément de réponse pointait déjà son nez au Point Culture où Pascal Bouaziz (charismatique leader de ce groupe obscur que semblaient connaître les plus pointus de plus de 30 ans). Enfin, patienter c’est un grand mot comme, pour ne pas faillir à sa réputation, le festival namurois proposait encore une fois une affiche de choc à la confluence des genres mais tout en guitare(s).

Xavier Dubois, le fracas tempétueux d’une guitare
Avec, pour ouvrir la scène de la Maison de la Culture, le talentueux guitariste en solo, Xavier Dubois a fait parler la seule voix de sa guitare. Véritable expérience, pointilleuse autant dans sa pratique que dans son écoute (au désarroi de quelques spectateurs éparses qui ne s’attendaient résolument pas à ça) mais qui s’est révélé être une véritable succession de moments de bravoure guitaristique et télécasterienne avec un Xavier Dubois en pleine maîtrise de son instrument (qu’il n’avait que depuis 4 jours!). Et d’un certain humour: « Jouer avant un groupe comme Mendelson, ça n’arrive pas tous les vendredis. (…) Le concert se déroule en 3 parties: des reprises de standards (de jazz notamment avec Nina Simone notamment), des chansons de mon premier album et… l’accordage qui n’est pas la partie qui excite le plus le public. » Mais avec aussi la surprise de voir apparaître un compagnon fidèle du guitariste namurois: Vincent Tholomé, qui a apporté la verve de sa plume et de sa voix pour réciter des poèmes musicaux: « On rayonne de beauté (…) pourquoi veux-tu que je partage à l’extérieur ma petite beauté intérieure » De beaux textes, parfois gutturaux mais vibrant de force et donnant un aspect assez surréaliste à la session. Xavier Dubois nous a fait le bonheur d’une petite interview:

Thyself, la jeunesse démonte la scène

Après quoi, c’est un autre fracas qui commence à faire grand bruit qui a envahi la scène avec Thyself. Le jeune groupe revenait ainsi à Namur qui l’avait couronné en juin dernier lauréat du tremplin du 30ème Verdur Rock. Et il n’y a pas à dire, cette consécration, ils ne l’ont pas volée (d’ailleurs, ils sont en lice pour la finale du fameux concours-circuit de la FWB) et leur rock à réveiller les morts, rappelant Radiohead, a fait le bonheur des spectateurs, dont certains ont eu du mal à rester assis sur leur siège (hé oui aux Beautés Soniques, la majorité des concerts se passent assis, une autre manière d’explorer la musique). Inspiré et claquant, Thyself a bien failli démonter la scène (les micros ont d’ailleurs souffert). Interview (très souriante) avec Florestan Thiry et Lucas Serruya, juste après leur sortie de scène:

Mendelson, 13 ans plus tard

Enfin, l’heure de la révélation est venue, habillée de pénombre. Un événement car si l’on en croit Pascal Bouaziz, le leader de Mendelson (et dont le grand-père était namurois!), le groupe n’était plus venu en Belgique depuis 2001. Un bail pour tous les fans que cette salle (sold out!) de la Maison de la Culture avait rassemblés (certains avaient fait plus de cinquante kilomètres). Et ceux qui ne connaissaient pas le groupe français ont confirmé l’aura de Mendelson. Dans un style inimitable, la bande de Pascal Bouaziz (la formation n’a fait que varier tout au long de ses vingt ans d’existence) a enchanté l’assemblée. Mendelson, c’est une musique rock pleine d’émotion allant comme un gant aux merveilleux et interminables textes écrits par Pascal Bouaziz, naviguant entre noirceur et beauté éclatante. Un bijou de concert terminé avec le charme incontestable de Barbara, chanson appréciée des connaisseurs. Encore ce soir, l’équipe des Beautés Soniques avait vu juste! Et bien sûr, nous avons l’interview de ce chanteur qui nous a fait frissonner et de son fidèle batteur, Sylvain Joasson:


Une déflagration de folie rock’n’roll aux Beautés Soniques

Peu à peu, la dizaine musicale namuroise touche à sa fin. De là à se sentir fatigué? Que nenni, et cette soirée au Grand Manège (qui n’a jamais aussi bien porté son au vu de l’attractivité de l’affiche) a remis les pendules à l’heure et à la bonne humeur, le tout sur ce qui fait de mieux en rock belge. Bref, ça fleurait bon le rock’n’roll

Car oui, la soirée de samedi était exclusivement dédiée aux Belges (et même aux Belgians, nous y viendrons). À commencer par le duo Apaches, un Jambois, Julien, et un Waterlootois, David, qui ont semé les premières folies blues et rock de la soirée avec guitare et batterie puissantes. Comme une colère d’indiens spoliés. Une réjouissante entrée en matière, autant pour le public que pour le groupe lui-même:

Après quoi, c’est les moins sérieux mais tout aussi performants Mountain Bike qui ont poursuivi la fête namuroise au rock belge. Simplement vêtus d’une vareuse de basket (et d’un slip, quand même, comme s’ils étaient Écossais, certains ont vérifié!) et pratiquant un rock garage assez rétro mais aussi très personnalisé! Mieux qu’une gifle, une rafale de bonnes vibrations. En plus, le groupe avait à coeur de venir à Namur, Kinkle, June Moan, Billy Joe et Nerveux l’expliquent autour d’un frugal repas au saucisson et au gouda, avec même quelques mots de Balavoine et une bonne dose de second-degré:

Et puis, il y a ceux qu’on attendait par dessus tout, convaincus qu’ils allaient repousser une nouvelle fois les limites de la « déjanté-attitude » (ça fait presque 15 ans que ça dure!): les Belgians. Le nom de substitution de The Experimental Tropic Blues Band, le temps d’un projet. Et quel projet! Jamais, nous n’avions vu pareil spectacle mettant un point d’honneur à la perfection entre des vidéos (une compilation absolument dingues d’archives de la RTBF), une interaction inattendue avec le public (nous n’en dirons pas plus pour préserver la surprise) et des chansons toujours plus jouissives, entre rock et punk, entre hommage (irré)vérencieux (sublime introduction de Toots Thielemans, un Plastic Bertrand en pleine autodérision, etc.) et moment de réel suspension de la démocratie au profit d’une fête bienvenue. Plus que le clou de cette soirée, une communion surréaliste prônant et prouvant l’esprit belge! Pourtant, tout est parti d’un concert qui ne devait être qu’un one-shot, c’est ce que nous a expliqué Boogie Snake.


Une dernière soirée crescendo et sold out pour les Beautés Soniques

Plus confidentiel que d’autres festivals, mais certainement pas moins intéressant, que du contraire tant le festival namurois a fait de la rareté son trésor musical. C’est sûr, les Beautés Soniques ne font pas dans le mainstream, et c’est tant mieux. Ce lundi soir, les lumières bleutées du Belvédère, très vite bondé (avec pas mal de musiciens parmi lesquelles nous avons pu reconnaître les chanteurs de Dan San et Piano Club, le batteur de BRNS ou encore des membres d’Alaska Alaska), ont accueilli encore une fois la beauté de ce qui se fait de mieux et de plus original dans les groupes actuels. Une belle conclusion à cette parenthèse de dix jours, « en-chantés ».

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Et puisqu’il fallait bien commencer, c’est Le Colisée emmené par David N’Zeyimana qui commence sérieusement à se faire connaître, après notamment des premières parties pour François and the Atlas Mountain. D’ailleurs, Le Colisée surfe un peu sur la même vague, proposant un mélange de pop (on pense à Laurent Voulzy! aussi étonnant que cela puisse paraître), d’indie et d’une bonne dose de psyché bien planante. Délivré avec une bonne présence déjantée sur scène, le set a quand même connu quelques longueurs qui, par manque de variété dans les sonorités, ont paru un peu agaçantes. Tout en ne remettant pas en cause l’univers original et très singulier de ce groupe prometteur.

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Après quoi, le Colisée a cédé la place aux copains, les phénoménaux Robbing Millions, venus de multiples fois à Namur (pour gagner le tremplin du Verdur’ en 2013 notamment) et dont ils ne se privent pas de porter aux nues: c’est ici qu’on a vendu le plus d’EP après un concert! Et est-ce cet univers familier? Mais en tout cas, le groupe bruxellois, emmené par un chanteur aux pieds nus, a livré ce qu’il avait de meilleur, un set de rock psyché et de pop déstructurée et absolument équilibré, sans temps mort et tout en trouvailles scéniques. Beau et en relief, haut en couleur. Avec en point d’orgue, un final spectaculaire, toutes lumières éteintes et toutes lumières brillant de mille feux, grâce à une boule multicolore. De leur bouche: « leur meilleur concert namurois ».

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Puis, il y a eu Teleman, pour la part anglo-saxonne de cette dernière soirée (last but not least, comme on dit). Formidable parcours déjà pour ces jeunes anglais, comptant « seulement » 8000 fans sur Facebook et ayant réussi en une chanson (le debut-single Christina) à rallier 110 000 vues sur Youtube. Venus faire la première partie des Kaiser Chiefs en octobre au Cirque Royal, Teleman jouait là pour la première fois en tant que tête d’affiche. Et quelle belle première, atmosphérique et dans la simplicité et en sons entêtants. Eux aussi ont fini dans un interminable et divin final, en crescendo. À l’image de cette dizaine namuroise qui comptait, cette année encore, moult surprises et grands moments! On attend de pied ferme la troisième édition et son lot de trouvailles.

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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