R.W. premier et deuxième dialogues

« J’appartiens au monde et le monde m’appartient et le monde est vaste et mon cœur l’est tout autant »Vous attendez qu’un spectacle représente une intrigue qui développe une exposition, un nœud, un dénouement qu’amènent peu à peu des scènes logiquement liées entre elles ? Je comprends que vous appréciez cette esthétique traditionnelle. D’illustres œuvres furent construites avec cette ébauche…

Néanmoins, il est permis que nous essayions d’autres formes théâtrales. Elles pourraient vous apporter du plaisir, cet effet toujours demandé qui garde l’esprit éveillé et le public dans la salle.

Le metteur en scène Pascal Crochet cherche l’innovation scénique quand il prépare un spectacle. Nous l’avions remarqué dans Continent Kafka. Et le seize novembre, nous avons à nouveau apprécié cet effort stylistique. Pascal Crochet reprend sa pièce vedette « R.W. premier dialogue », à laquelle il ajoute « deuxième dialogue ».

Il a composé son spectacle d’après certaines œuvres du poète Robert Walser. Il ne compte guère nous mettre devant les yeux une pièce naturaliste. Il veut plutôt évoquer l’ambiance qui se dégage d’une œuvre littéraire. Pascal Crochet employa cette méthode dans Continent Kafka, et l’emploie encore avec succès dans R.W.

Il faut que nous exposions le premier et le deuxième dialogues afin que vous compreniez comment Pascal Crochet exploite une histoire quotidienne d’une manière délicate, intime et surprenante.

Le premier dialogue part d’une situation banale : un domestique propose ses services à une femme. Le domestique se présente avec une éloquente suite d’adjectifs. Il est propre, raffiné, paresseux, ordonné, obéissant, économe… Enfin, la maîtresse l’engage. Elle se montre rigoureuse et froide. Quand elle claque ses paumes, il faut qu’elle soit servie.

Voilà toute l’intrigue. Avouez qu’elle est courte !

Cependant, Pascal Crochet donne à cette brève histoire une parade inattendue. Dès la première scène, nous remarquons cette marque. Trois hommes habillés semblablement enlèvent leurs chaussures. Une action banale… Presque ! Mais, comme Robert Walser, Pascal Crochet rend extraordinaire le moindre geste monotone. Alors, cela devient une folle curiosité. Le quatrième domestique fixe les siennes. Les trois l’observent d’un œil immobile. Soudain, ils se baissent, ils le déchaussent. Deux femmes arrivent et se mettent dos public. Les quatre domestiques viennent devant elles. L’un d’entre eux avance, les trois autres reculent. Et tandis qu’il déclame sa pompeuse candidature, ceux-ci illustrent ses paroles. Il importe peu que vous trouviez un sens à cette curieuse toile. Pascal Crochet essaye avant tout un effet. Ouvrez-vous à l’émotion !

Après l’entracte, nous assistons au deuxième dialogue. Il raconte juste un voyageur qui rencontre quelques personnages. Comment Pascal Crochet nous expose-t-il ses aventures ? Et bien, avec un décor mobile qui symbolise quelques lieux qu’a parcourus le voyageur. Citons quelques scènes : l’une où les comédiens superposent des cadres devant le voyageur qui parcourt une ville ; l’autre pendant laquelle il complimente une noble femme surélevée ; une autre où viennent ces quatre domestiques dans une chambre d’hôtel au mur duquel ils accrochent des photographies ; une autre encore où, dans cette même chambre, pend une longue chevelure toute gesticulante… Souvent, Pascal Crochet, par de petites touches, nous évoque toute une ambiance. Une musique d’oiseaux siffleurs, une naïve peinture d’arbres, une lumière chaude, un tapis pourpre ; et nous voici en pleine forêt !

Dans cette ballade inouïe, les acteurs assurent la finesse, la précision, la vigueur du mouvement et de la parole. Chaque fois qu’ils disent un fragment littéraire, ils semblent nous inviter à voir autrement le quotidien où il arrive que nous rêvions de sublimes délires et d’érotiques fantasmes.

Quand vous êtes parmi la multitude, n’imaginez-vous jamais que vous oseriez soudain une marche bouffonne ? N’en soyez nullement effrayés ! Notre esprit aime cette amusette. Et Pascal Crochet vous guide parmi les muettes divagations !

Du 14/11 au 24/11/2012, au Rideau de Bruxelles au Centre Culturel Jacques Franck, 94 chaussée de Waterloo 94 à 1060 Bruxelles. Les prix sont entre 10 et 20 €.

De: Pascal Crochet selon les textes de Robert Walser.Mise en scène: Pascal Crochet.

Avec: Anna Cervinka, François Delcambre, Cécile Leburton, Thierry Lefèvre, Etienne Van der Belen, Simon Wauters.

Plus d’infos sur le site du Rideau.

Written By

Journaliste basé à Bruxelles.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *