Reg Carremans – Interview

Qu’est-ce qui t’as donné envie d’être artiste?

Depuis mon enfance, j’aime dessiner. J’allais à l’académie le week-end et le professeur m’a beaucoup motivé. Plus tard, j’ai eu l’opportunité d’aller à la Haute École des Beaux-Arts et c’est comme ça que je suis resté dans le domaine artistique. D’abord je voulais devenir professeur mais, en fait, j’aime bien essayer d’être artiste, de gagner mon pain avec ce que je fais. Je crois que l’envie a toujours été là…

Que penses-tu de ta formation? Que t’a-t-elle apprise?

Comme la plupart des nouveaux diplômés, j’étais un peu déçu de ma formation et effrayé par le marché de l’emploi. J’avais l’impression d’avoir perdu mon temps. Par la suite, je me suis rendu compte que j’avais beaucoup appris grâce à la façon dont mon atelier, qui s’appelait Mixed Media, approchait la pratique de l’art. Cet atelier nous laissait très libre, on n’avait pas de devoirs. On ne cherchait pas à diviser pas les matières artistiques (ce que je trouve plutôt artificiel) et on acceptait que les moyens puissent être choisis en fonction de l’idée. Par contre, le désavantage de cette formation est que je n’ai pas vraiment été formé pour être spécialisé dans une seule matière comme les peintres, les sculpteurs ou les graphistes…

Qu’est-ce qui, selon toi, caractérise le plus ton travail?

Ces dernières années, mon travail explore essentiellement les liens entre l’individu et l’environnement. Je fais beaucoup d’expérimentations sur des choses que je ne comprends pas ou pas assez et c’est, pour moi, une manière de comprendre le monde et la vie. Ce que je fais n’est pas très clair quand je le fais mais après, je réfléchis à mes œuvres et j’essaie de comprendre pourquoi j’ai fait telle ou telle chose. J’espère que mon histoire deviendra en quelque sorte celle des autres… à travers l’œuvre. En ce moment, ce qui m’intéresse beaucoup, c’est l’impact de nos actes et actions sur l’environnement et le paysage.

Pathscape 4-4Pathscape, pieces of canvas attached to the soles of shoes and collected in a patchwork, 2012.

Comment se sont créés tes différents projets, sous quelle impulsion?

Parfois ça découle d’une impulsion, de la stupéfaction. Par exemple j’ai été surpris par les paysages et la nature en Islande et un peu frustré parce que mes photos ne communiquaient pas leur qualité sublime alors j’ai essayé de les enregistrer d’une autre manière. Parfois je pars d’une idée, un pitch… En général, quand j’ai réalisé un projet, j’essaie ensuite de le reproduire, de le traduire, en utilisant un autre médium ou de faire une autre pièce basée sur un aspect de l’œuvre précédente. L’un conduit à l’autre. Par exemple, j’ai fait des peintures de poupées anatomiques avec des cerveaux noirs, pour mettre en évidence la dépression et la mélancolie. Par la suite, j’ai lu qu’en Europe, le capital le plus important est le cerveau et la connaissance, non pas les ressources naturelles. Pourtant, les européens utilisent beaucoup d’antidépresseurs… C’est une sorte de paradoxe qu’on soit obligé de droguer sa plus importante ressource, non ? Après les peintures, j’ai utilisé le même thème en sculpture. Cette œuvre est devenue pour moi l’histoire de la condition européenne. En somme, je pense que la réflexion sur le contexte donne de la profondeur à mes œuvres.

En fait, tous mes projets sont susceptibles d’être modifiés. Quand je lis ou quand je rencontre des gens, je remarque souvent des choses que je pourrais utiliser dans mes projets et ces choses peuvent parfois complètement les modifier. Les résultats ne sont jamais complètement fixés dans ma tête avant leur fin de réalisation et ce n’est pas plus mal car, de cette manière, je ne peux pas vraiment être déçu s’ils ne correspondent pas à l’idée initiale.

Quels sont tes projets actuels?

J’ai quelques projets dont le point de départ est la randonnée. Ces projets explorent des aspects différents liés au territoire, à l’identité, à l’environnement, etc. Un de ces projets est basé sur l’utilisation d’un GPS, je compte utiliser le dessin formé par l’itinéraire. Un autre projet de randonnée consiste à remplacer les déchets par d’autres déchets. Il pose la question de l’impact de la pollution sur l’environnement… sans pour autant verser dans l’activisme. Le troisième concerne l’impression du sol sur le velcro. J’ai fait cet été une randonnée avec des morceaux de toiles attachés à mes chaussures (cf. Pathscape ci-dessus) et je voudrais essayer cette fois-ci avec du Velcro. Je note aussi les randonnées que je fais sous forme binaire…

En fait, j’aime aussi les codes qu’on ne comprend pas, comme le code binaire ou le code-barres, le Yi Jing avec les hexagrammes* ou le code GR, avec ses barres blanches et rouges pour signaler les randonnées en Europe. Tous ces codes, on doit les apprendre ou les décoder avec une clé. J’aime leurs aspects visuels. Par exemple, j’ai combiné le Yi Jing et les couleurs du code GR dans un dessin et on m’a dit que ça ressemblait au code ADN qui est l’empreinte de l’homme. Je ne comprends pas ce code car je ne suis pas scientifique, mais j’aime l’idée, j’aime l’image… J’aime travailler sur des codes incompréhensibles et les utiliser en dehors de leur fonction.

Il y a toujours une peinture à peindre, ca ne finit jamais. C’est dur pour moi parce que j’aime que les choses aient une fin, parfois. C’est pourquoi, j’essaie de m’imposer des règles, des dates limites lorsque je commence une série. En ce moment, je peins des chefs provenant d’une émission culinaire télévisuelle. Je fais des captures d’écran de leurs émissions puis j’en fais des compositions en fonction de différents points de vue (une couleur, un objet, un plan). J’ai quelques autres projets mais c’est le principal.

Enfin, il y a VONK. Avec quelques amis et le support de la ville de Hasselt, j’ai transformé un bâtiment pour l’utiliser comme ateliers pour des artistes locaux. Nous étions les premiers résidents mais maintenant, après deux ans, nous avons décidé de laisser notre place à d’autres artistes… Nous restons tout de même dans l’organisation et sélectionnons les artistes qui s’y installeront.

leftovers (4)Leftovers, 400 x 400 cm, wall paint on wall, 2011

Est-ce que tu penses que tous tes projets sont liés, qu’il y a une continuation dans ceux-ci?

Les projets de randonnées sont basés sur deux ou trois projets que j’ai déjà faits et en ce qui concerne la peinture, c’est un peu comme une récit, chaque projet suit un autre. Ce sont en quelque sorte de petits chapitres dans une grande histoire. Comme ce sont des projets qui naissent dans ma tête, ils sont tous liés, même si parfois je ne les comprends pas toujours le lien moi-même…

Si tu devais définir un seul but à ton travail, lequel serait-ce?

Pour moi, suivre l’impulsion artistique est plus important que le résultat. On doit avoir le courage d’agir sans savoir où on va terminer. Expérimenter est le vrai but. Sur un niveau plus existentiel, le but de mon travail n’est pas toujours très clair… Mais pour moi, le plus important, c’est surtout l’attitude.

Est-ce qu’il y a une idée, un message particulier que tu aimerais faire passer par le biais de tes œuvres? Si oui, le/laquel(le)?

Parfois, je réalise que je demande beaucoup du spectateur. Surtout dans mes œuvres de randonnées. Les peintures sont plus faciles à appréhender parce que les gens ont généralement plus d’expérience avec ce medium… Pourtant, je n’essaie pas d’être hermétique. Je ne veux pas non plus enseigner ou moraliser.

En fait, j’espère juste que les gens arrivent à voir l’honnêteté que j’essaie de mettre dans mon travail. Quand je ne comprends pas quelque chose, je ne veux pas le cacher et j’attends, en quelque sorte, que les spectateurs acceptent que je ne sache pas tout sur tout ce que je fais. Pour le moment, je n’ai pas un seul message qui traverse mes œuvres, mais plus le temps passe, plus je me focalise sur certains sujets. Enfin, pourquoi se dépêcher ?

nemesis (1) 30x40Nemesis, 30x40cm, oil on canvas, 2012.

* Le Yi Jing est un manuel chinois compose d’un système de signes binaires utilisé pour la divination.

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