Rencontre avec Toni Servillo à l’Institut Lumière: un Napolitain à Lyon

L’acteur italien Toni Servillo a répondu présent à l’invitation de Thierry Frémaux, le Directeur de l’institut Lumière à Lyon.

C’est le 11 juin 2014, juste avant la projection de Il Divo (dans lequel Toni Servillo est brillantissime dans le rôle burlesque du politicien Giulio Andréotti) que l’acteur est venu rencontrer son public lyonnais.

L’acteur fétiche et muse (comme aiment à le nommer les journalistes) de Paolo Sorrentino (dont La Grande Bellezza a récemment été récompensé de l’Oscar du meilleur film étranger) est ainsi revenu (dans un français parfaitement maîtrisé) sur sa rencontre déterminante en 2001 avec un jeune homme qui a l’époque portait des bobines de films et qui avec affront lui proposa le scénario d’un film qu’il venait d’écrire…

Si Fellini a fait de Mastroianni son double, Sorrentino, lui, a choisi Toni Servillo. Son premier film, L’Homme en plus (L’Uomo in píu), charge contre le système berlusconien, marque le début d’une riche collaboration cinématographique avec quatre films en commun.

Homme de théâtre et comédien avant tout, Toni Servillo est arrivé tardivement au cinéma. En France, on l’a ainsi découvert, il y a seulement dix ans à Cannes dans Les Conséquences de l’Amour, second film d’un certain Sorrentino qui livrait une certaine vision de la mafia italienne.

Napolitain, il raconte avec humour que c’est naturellement le théâtre qui est venu à lui« Naples, c’est la comédie française en plein air! Les anthropologues disent même qu’il y a dans cette ville un comportement social joué. » Comme un don héréditaire, il a ainsi fondé en 1977 le Teatro Studio Di Caserta et créé en 1987 la troupe Teatri Uniti.

Et il n’est finalement pas étonnant que tous ses rôles au cinéma soient à chaque fois de véritables performances et de réelles compositions d’où son surnom d’ « acteur aux mille visages. » A chacun de ses rôles, il donne un sens au mot « incarner » tant il impressionne par son art de la métamorphose:

Du crooner fatigué de L’Homme en plus au politicien burlesque d’Il Divo, ou encore le cynique et ironique écrivain de La Grande Bellezza, Toni Servillo est, chaque fois, méconnaissable. Comédien à la large palette, il le prouve dans Viva la Libertá de Roberto Andó (sorti début 2014) dans lequel il incarne, non pas un, mais deux rôles (deux frères jumeaux) passant ainsi de la fantaisie et l’humour du frère bipolaire, à la tristesse et la rigueur du frère politicien.

Pourtant, étonnamment, sa filmographie ne compte que 20 films. L’homme l’avoue, il n’a jamais pensé à faire carrière. Pour lui, « le théâtre et le cinéma, c’est une aventure » et s’il se donne le temps de choisir ses rôles au cinéma, il distingue toutefois le comédien de l’acteur:

« A l’acteur , je préfère la démarche du comédien qui doit se cacher derrière son personnage. »

« Je monte les marches à Cannes mais, dès le lendemain, je retrouve les planches où je joue 200 soirs par an. J’exerce un métier d’artisan où l’on reprend chaque soir le rôle à zéro. Jep Gambardella (son rôle dans La Grande Bellezza) est figé sur l’écran, je l’adore, il y restera. Mais les personnages que j’interprète, de Chicago à Saint-Pétersbourg, évoluent en fonction de la politique et de la marche du monde… »

La politique, parlons-en. Ses films au cinéma, ceux de Sorrentino, de Marco Bellochio (La Belle Endormie) ou de Matteo Garrone (Gomorra), ont tous un point commun: celui de renouer avec l’esprit acide, la veine militante et pamphlétaire du cinéma politique italien des années 70, celui de Elio Petri ou Francesco Rosi. Peu étonnant qu’il cite volontiers Gian Maria Volontè, l’acteur qui a marqué l’apogée du cinéma politique italien, comme une de ses références.

Ce soir, si le Napolitain a conquis le public lyonnais, il enchantera aussi, le lendemain soir, la scène lyonnaise des Nuits de Fourviere avec Cantami Una Poesia, aux côtés de son frère Peppe Servillo pour une nuit napolitaine…

Acteur, Comédien et… Poète. Tout est dit!

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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