Retour sur le festival Anima 2013

Le festival, qui se déroulait une fois de plus dans l’espace parfumé à la crêpe de Flagey, maintenant terminé, voici un petit bilan tout à fait subjectif des programmations internationales. D’autant plus subjectif que je n’ai pas assisté au séances belges et aux longs-métrages par goût et expérience. Je laisse à d’autres le soin de commenter ou de servir la soupe pour ces films-là.

Pour le reste, comme vous l’aurez aperçu dans les deux articles précédents, plusieurs choses n’ont pas manqué de piquer mon intérêt. Si la sélection Indian Animation Today ne m’aura pas laissé une marque indélébile, les films étant assez faibles au niveau de leur ambition artistique malgré leur volonté, tout à fait valable et intéressante, de mixer une tradition séculaire dans les légendes mythiques (et donc un réservoir infini d’histoires à raconter) avec une critique des phénomènes socio-culturels contemporains qui les touchent — notamment la dépendance aux nouvelles technologies — d’autres pays auront par contre suscité mon attention.

Étonnant par exemple de voir comme l’Italie semble découvrir tout à coup le surréalisme puisque la séance au titre fort peu évocateur et tirant vers le potache, Animazioni al dente, était pratiquement dévouée à des univers étranges et surréels. Le problème est que ces films sont un peu victimes, comme c’est souvent le cas, d’une véritable passion pour l’univers qu’ils mettent en place, au détriment de la narration pour les uns (ceux qui tirent vers un cinéma plus expérimental mais qui hésitent encore à quel bord s’attacher), du concept pour les autres (ceux qui sont pleinement dans l’expérimental mais dont l’absence de narration n’est pas toujours remplacée par une force sensitive ou conceptuelle).

Anima 02

L’Argentine, quand à elle, nous a gratifié d’une sorte de long-métrage à sketchs ou plutôt d’une suite de courts autour de la ville de Buenos Aires mis bout à bout et soudés par des séquences de transitions assez mignonnes, un tango dessiné à même les murs de la ville, qui jouent intelligemment de l’architecture et des obstacles qu’elle constitue ; un peu dans le style de cet animateur italien qui se fait appeler Blu.

Là encore, un certain goût pour l’étrange se fait sentir même si l’on reste attaché à une certaine forme de réalité sociale. Des films plus fantastiques, dirons-nous alors si besoin était de mettre des étiquettes. Le fantastique naissant d’un trou dans la réalité.

Ce bizarre s’accompagnait aussi d’une bonne dose d’humour absurde qui a bien plus au fan de Monty Python que je suis. Le premier segment, une histoire d’un boucher qui voit tout doucement arriver le chaos dans son quartier, est par exemple baigné d’extraits radiophoniques hilarants dans lesquels le journaliste annonce que c’est la merde partout, sans préciser pourquoi.

Cette volonté, qui semble redevenir à la mode, de faire des films à plusieurs mains voit malgré tout sa limite apparaître lorsque chacun veut y mettre l’équivalent d’un moyen métrage non sans penser à la durée finale et à l’enchaînement des autres parties. Le résultat : un peu long mais bon…

Anima 03

Peu de choses à dire sur le film roumain Le Voyage de Monsieur Crulic (tient j’ai quand même vu un long-métrage finalement). Inspiré d’un fait réel, un pauvre type accusé à tort et emprisonné jusqu’à ce que mort s’en suive dans une prison polonaise. Extrêmement inventif en terme d’animation (pratiquement une idée dans chaque séquence, il fallait le faire), il comporte malgré tout les errances habituelles comme l’utilisation d’une voix off quasi permanente et pourtant si inutile, n’ajoutant rien à la narration où à l’identification au personnage qui ne se fait pas, justement à cause de la banalité de cette voix qui commente platement les évènement marquants. Simplement une dose de lassitude au spectateur qui aurait préféré un peu moins d’inventions dans l’animation et un peu plus dans le scénario. Un film d’animation reste un film. Je suis désolé que cette évidence soit un peu trop souvent oubliée par ceux qui travaillent dans ce domaine.

Anima 04

Mon coup de cœur (le deuxième en fait, voir mon article sur Børge Ring) a été pour les films de la tchèque Michaela Pavlatova qui venait faire une conférence dans le studio 1 de Flagey et dont nous avons vu quelques extraits tout à fait admirables. Étonnant d’ailleurs, elle partage beaucoup de choses avec le Danois Børge Ring : une finesse dans le propos et une virtuosité dans l’art de rendre des idées fortes à travers des scénarios cartoons qui peuvent être lus à différents niveaux. L’art de la métaphore, de nouveau, est ici à son maximum d’efficacité. A tel point que les dialogues ne sont absolument pas nécessaires, tous ses films sont muets ou presque. Le contenu étant assez puissant pour faire tenir le film. Et je me demande même si finalement, on ne s’attache pas plus au personnage, qui n’est pourtant qu’un archétype, dans un film comme ça. A méditer…
Son dernier film, Tram, sur les fantasmes sexuels d’une conductrice de tramway, semble rafler tous les prix dans les festivals en ce moment. Pour une fois, je comprends pourquoi !

Voici un de ses films pour se faire une idée.

Les détails de toutes les programmations sur le site d’Anima.

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Cinéphile farouche, monteur et vidéaste pittoresque

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