Retour sur Only God Forgives

J’ai vu Only God forgives à sa sortie et ce dernier opus de Nicolas Winding Refn m’avait laissé amer et mélancolique. Amer, car j’avais trouvé prétentieux ce film d’un réalisateur que j’appréciais ; et mélancolique, car à la fin de la séance, je n’avais qu’une idée en tête : Wedding Refn, c’était mieux avant !

Je songeais avec nostalgie à ces bons vieux Pusher, de même qu’à Valhalla Rising, Bronson et même à Drive, toute la filmographie sombre et nerveuse où étaient disséqués froidement le monde et les sentiments humains. C’est le déclin d’un réalisateur brillant, intégré et digéré, comme tant d’autres avant lui, par la machine Hollywood ; me suis-je répété avec résignation.

Pourtant, n’en déplaise à mon fatalisme, Only God Forgives ne me lâche pas, il ne se passe trois jours sans que je n’y repense. Force est de constater que ce film à marque ma rétine. Quatre mois auront été nécessaires pour laisser décanter cette œuvre baroque, me la faire apprécier, mais également me faire pointer du doigt précisément ce qui m’avait alors déplu.

Pour rappel, Only God Forgives, c’est l’histoire de Julian (Ryan Gosling), un Américain qui dirige un club de boxe à Bangkok ; en réalité, une façade pour couvrir son trafic de stups. Une nuit, après avoir violé une jeune fille, son frère se fait trucider sous le regard bienveillant de la police locale. La mère des Yankees, ivre de rage, débarque et décide de venger son fils.

Au moment de voir le film, j’avais trouvé la mise en scène pompeuse. On y retrouvait de nombreux éléments qui étaient déjà présents dans la filmographie du scandinave. Les néons glauques de la trilogie Pusher, le silence et la tension de Valhalla Rising ainsi que l’atmosphère épique et tourmentée de Drive.

Si visuellement on ne peut que reconnaitre que c’est assez beau, l’ensemble m’apparaissait très éclectique ; trop pour un seul film. Là où un bon scénario devait tenir tout ça ensemble et nous plonger droit vers les flammes de l’enfer c’était plutôt un feu d’artifice bruyant que j’avais vu. Dieu pouvait pardonner à Winding Refn, ça m’était égal, il me semblait qu’il avait objectivement manqué son film, trop d’idées, trop d’influences, pas assez de direction.

Pourtant comme je l’évoquais, ces derniers mois, impossible de me sortir de la têtecertains plans du film, notamment ceux qui sont baignés de cette couleur rouge qui tapisse les clubs de Bangkok, ceux avec les flics sanguinaires qui s’occupent magnifiquement de sa fille, les tête-à-tête incestueux entre la mère et sont fils. Cette mise en scène pompeuse et excessive se révèle être diablement évocatrice. Alors que je percevais comme une faiblesse l’absence de scénario, la trame narrative qui en émane, décousue comme un cauchemar, permet d’en faire ressortir plus manifestement l’aspect nauséeux et malsain tel qu’il est et presque physiquement palpable, et ce plusieurs mois après, dans mon cas.

Quelle est la seule chose que Dieu puisse pardonner ? Ce que les hommes ne pardonnent pas facilement et qui a pourtant trait à leur nature: le doute, l’envie, la colère et la petitesse d’âme envers son prochain. C’est précisément cela le propos d’Only God Forgives. En somme, une véritable mosaïque de sentiments humains véritablement disséqués – ou plutôt hachés à la machette – sur une table d’opération à la manière scandinave, mais avec la couleur d’une épopée biblique qui cherche à marquer les âmes au fer rouge en dévoilant la couleur de l’enfer.

C’est peut-être beaucoup pour un seul film, certainement trop pour une seule séance, c’est précisément ce qui m’avait alors déplu, bien que je fus incapable alors d’expliquer pourquoi. Ce film demande un temps d’adaptation personnelle et ne s’apprécie à sa juste valeur que dans son souvenir, dans sa remémoration. Un film religieux donc, dans son sens étymologique de religare (relecture) qui à défaut de faire dans la finesse – n’allons pas trop loin – fait dans le durable. Dieu en est témoin, Winding Refn est sauvé, pour l’instant.

Mathias

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