Rétro: ambiance infernale avec la compagnie des deux lunes

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Du 17 au 19 octobre dans une salle attenante à la Basilique de Koekelberg, la compagnie des deux lunes nous a transportés dans l’univers de Sartre. Bilan.

Aller voir un classique au théâtre, c’est un risque. Soit on assistera à une pièce « pur jus », ringarde, figée dans son temps; soit la pièce sera réactualisée et vidée de tout son sens au profit d’une mise en scène contemporaine douteuse. Monter Huis clos était donc un pari osé pour la metteuse en scène belge Sarrah Hennecart. Pourtant, Huis clos interprété par la compagnie des deux lunes fut une réussite. Les comédiens ont su interpréter les personnages de Sartre avec talent. Moment drôle et tragique à la fois, résultat d’un travail étalé sur deux ans.

Une histoire toujours actuelle

Huis clos est une pièce de Jean-Paul Sartre qui met en scène quatre personnages. Garcin (Geoffrey Camison) est amené par le Garçon (Paul de Menthon) dans une pièce au décor simple: trois canapés, un bronze. Pas de fenêtres, pas d’issue. Estelle (Sarah Boulnois) et Inès (Sarah Hennecart) le rejoindront bientôt. C’est alors que la cohabitation commence. Ou l’enfer. La pièce de Sartre nous confronte à nos plus grandes angoisses et nos plus profonds questionnements. Et c’est probablement en cela que cette histoire nous parle toujours autant. Que deviendrons-nous une fois six pieds sous terre ? Sommes-nous de bonnes personnes ? Agissons-nous toujours au mieux ? Aurions-nous pu faire davantage ? Pour ceux qui connaissent Sartre et sa philosophie, cette pièce est véritablement le reflet de sa conception de la vie. Nous sommes entièrement libres de prendre nos décisions. Aucune autorité extérieure ne nous aide à vivre. Cette liberté est une opportunité mais aussi un fardeau. Aucune excuse ne viendra minimiser nos actes qui seront jugés par les autres. « L’enfer, c’est les autres » écrivait Sartre et la pièce illustre bien la pensée du philosophe. Nous n’existons qu’à travers le regard des autres et le succès des réseaux le prouve.

Des personnages d’hier et d’aujourd’hui et ambiance infernale

Pour le connaisseur du texte, la modification apportée à la pièce saute aux yeux. En effet, le rôle du garçon, accessoire dans la pièce de Sartre gagne en importance. Une aubaine pour Paul de Menthon qui interprète son rôle en lui donnant une dimension inquiétante, drôle, significative. Le comédien se retrouve d’ailleurs dans ce personnage ambivalent qui reprend des phrases normalement attribuées aux autres personnages. Sarah Boulnois quant à elle, se reconnaît en Estelle qui porte en permanence le masque de la bienséance. Exubérante, malheureuse, cette femme cruelle n’a pas pris une ride depuis l’époque de Sartre. Inès, moderne, ouvertement méchante inspire la sympathie du spectateur. Enfin, Garcin est odieux et dans ses aveux, on reconnaît facilement certains hommes d’aujourd’hui.

Une pièce à voir

Lumières rouges, chaleur, public restreint, jeu dynamique, la pièce était à la limite de l’immersion. Le lieu nous permet de voir évoluer les personnages près de nous. Un décor classique, un jeu dynamique plongent le spectateur dans l’univers de Sartre.
Si la pièce n’est pas au programme de la saison prochaine, on ne peut qu’espérer un retour de la compagnie des deux lunes.

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