Rétro: Roger Waters – The Wall, live concert

En 2013, Roger Waters, ancien bassiste du groupe Pink Floyd, donnait le coup d’envoi du deuxième acte de sa tournée The Wall. Deuxième volet car le spectacle, qui avait fait salle comble lors de son premier passage en 2010, se reproduisait dans une version visuellement améliorée et désormais exclusivement cantonnée au plein air. L’artiste s’était d’ailleurs arrêté à Werchter pour présenter son spectacle lors d’une belle soirée d’été. Et pour y avoir assisté, je dois dire que le premier mot qui me revient à l’esprit au moment de me remémorer cette performance est : « grandiose ».

Pas tant à cause de la musique. Parce que cette dernière, tout le monde la connaissait depuis plus de 36 ans et que sa qualité (quoique variable sur la durée des deux disques…) n’était plus à prouver.

Déjà davantage par le concept, l’histoire d’un jeune, Pink, traumatisé par de nombreux événements survenus lors de son existence : la perte de son père lors de la Deuxième Guerre mondiale, la surprotection maternelle qui s’ensuivit, les brimades de professeurs violents et paradoxalement fort peu pédagogues… Une vie martelée par des tragédies qui sont autant de prétextes à l’érection d’un mur entre sa conscience et une réalité jugée trop cruelle.

Mais ce qui allait surtout forger le succès de cette représentation, ce n’est ni plus ni moins que son aspect visuel et sa mise en scène. Profitant de toutes les possibilités technologiques offertes par le XXIe siècle, Roger Waters entendait proposer un voyage musical unique, entremêlant effets spéciaux, feux d’artifice, extraits animés du film éponyme mais aussi faits d’actualité méconnus, revendications politiques assumées et références littéraires. Il fallait bien toute cette interdisciplinarité pour magnifier cette œuvre autobiographique ainsi que l’énorme ego de son créateur s’y inscrivant en filigrane… Puis, comme souvent lorsqu’on s’investit dans un projet artistique de cette ampleur, s’est posée la question de la postérité.

Des moments de bravoure de 2013, il ne subsiste désormais plus que des vidéos amateurs sur Youtube dont la facture audiovisuelle se révélait aléatoire. Une sortie officielle s’imposait donc. Mais pas une banale captation live assortie de bonus, non. Fidèle aux ambitions de son show et finalement à ses propres aspirations, Waters a voulu offrir un film documentaire en guise d’archive de son chef-d’œuvre. L’entreprise était risquée : en effet, la sortie de concerts au cinéma ou la réalisation d’œuvres greffant performances musicales à un scénario original sont loin du lustre qu’elles pouvaient posséder dans les années ’70. Quelques artistes s’y sont risqués récemment avec des fortunes plutôt malheureuses : Led Zeppelin avec son Celebration Day, Metallica et son surréaliste Through The Never ou plus confidentiellement Dream Theater et un Live at Luna Park aux velléités internationales mais limitées finalement à quelques salles éparses dans le monde, faute de public. Il était donc intéressant de voir comment l’ancien bassiste de Pink Floyd allait pouvoir contourner ce qui s’apparentait à un écueil.

Bien sûr, on pouvait parier que l’aura du groupe précité ou de l’album en lui-même limiterait d’éventuels effets négatifs. En outre, la diffusion du long métrage en séance unique écartait rapidement le danger d’un effritement sur la longueur… Tout en conférant à l’événement un petit coté exclusif et finalement, pas désagréable pour le spectateur… pour peu que le contenu soit à la hauteur !

Sur ce point, on dira encore une fois que R. Waters ne s’est pas moqué de son public :  trois heures d’images, une très haute qualité visuelle et sonore (au point que les baffles en grésillent parfois !) ainsi que des plans nombreux et maitrisés. Ceux–ci, alternant le global et l’intimiste, permettaient à certains de (re)vivre de le concert comme s’ils y étaient et à d’autres de se rafraîchir les souvenirs tout en découvrant des détails inaperçus jusque ici. Du très bon donc, au niveau de la réalisation à proprement parler.

Cette superbe profite également aux rajouts crées par le réalisateur Sean Evans et qui justifient le statut documentaire, si pas cinématographique de The Wall. Ces intermèdes, qui sont placés à des endroits-clés du concert et centrés exclusivement sur la personne de Waters, prennent la forme d’un road trip où le musicien tente de retracer la destinée de son grand-père et de son père, tous les deux décédés lors des Guerres mondiales. Une reconstitution où transparait une certaine forme de souffrance et, bizarrement, de sincérité malgré le tronquage de la mise en scène. Car si The Wall est avant tout réduit à un seul homme, ce n’est sans doute pas seulement pour des raisons d’égoïsme… Peut-on en effet en vouloir à quelqu’un d’avoir voulu avoir la mainmise sur un sujet qui dépasse le personnel, même si cela n’excuse pas quelques comportements extrêmes ? Sans être brillantes et originales, ces scènes ont néanmoins le mérite d’apporter justement une touche d’humanité sur un disque qui tentait de la fuir, au même titre que sa production froide et sèche. Une certaine chaleur qui se poursuit à la fin du long métrage où l’on bénéficie d’une interview ou plutôt d’une discussion entre Roger Waters et Nick Mason, le batteur de Pink Floyd. L’occasion d’un échange certes policé mais dont l’humour achève d’apporter les éclaircies sur les dernières briques qui viennent de s’écraser…

Entre contemplations, verres d’alcool, rencontres et révoltes, The Wall est l’acte d’un homme ayant décidé, comme son alter-ego musical, de faire tomber son mur et d’exposer ce qu’on essaierait de cacher en temps normal. Une décision discutable mais incontestablement courageuse. Cela méritait bien qu’on en garde une trace quelque part.

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Rédacteur occasionnel sur plein de choses culturelles.

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