La Révolte des terres, entre gris clair et gris foncé

« Le premier acte collectif de résistance contre l’occupant nazi », c’est par cette phrase d’accroche que l’éditeur, Casterman, a lancé, dans le grand bain des sorties bande-dessinées, cet ouvrage au titre singulier. Ouvrage dont les auteurs, Koza et Mousse, ne sont pas des inconnus pour les lecteurs assidus de Culture Remains.

Ferdinand, jeune mineur du Pas-de-Calais, se sent peu concerné par les consignes de grève générale. Mais en 1941, en pleine guerre mondiale, l’heure n’est plus aux hésitations.

Sur fond de contexte historique et au moyen d’une narration alternée entre la grève et l’enfermement au camp de concentration de Sachsenhausen, les auteurs dressent le portrait fictionnel d’un homme qui laisserait bien passer la guerre, comme on laisse passer l’orage. Mais la pression sociale et familiale aura raison de sa neutralité que d’aucuns jugent coupable et que d’autres vont utiliser à dessein. Finalement, à vouloir laisser passer l’orage, Ferdinand le subira sans ménagements.

Si faire la grève durant l’occupation est un acte collectif de résistance, le premier acte collectif de résistance contre l’occupant nazi, est la grève des 100.000 organisé par le belge Julien Lahaut dans le bassin liégeois du 10 mai (jour anniversaire de l’invasion de la Belgique) au 18 mai 1941. Grève qui incita les mineurs du Pas-de-Calais à partir également en grève à partir 27 mai 1941. Rendons à Lahaut ce qui appartient à Lahaut.
Fin de la rectification chronologique.

Et rendons à Le Roy ce qui appartient à Le Roy, car derrière le pseudonyme énigmatique de Koza (Stéphane), au scénario, se cache un certain Maximilien Le Roy, auteur prolifique et bien connu de récits engagés et politiques : Ni dieu ni maître, Vaincus mais vivants, Palestine, dans quel état ?, Espaňa la vida et bien d’autres. Marion Mousse, Pierrick Pailharet de son vrai nom, est également un adepte du pseudonyme puisqu’il en utilise pas moins de deux. Marion Mousse donc, avec lequel il publie la plupart de ses ouvrages : Frankenstein, Brune Platine, Fracasse,… et Félix Brune qu’il emploie pour signer le dessin de la série Les Poilus d’Alaska.

L’association de Maximilien ‘Koza’ Le Roy et de Marion Mousse, dont le style se rapproche (selon les séries et toutes proportions gardées) de celui de Mike Mignola, autour d’un sujet aussi particulier que l’action syndicale en plein second conflit mondiale a de quoi emballer les amateurs de projets originaux. Esthétiquement, le travail de Mousse est  une belle réussite, qui contient sont lot de bravoure graphique. Il a fait un choix stylistique audacieux qui repose uniquement et exclusivement sur une technique au lavis noir et gris. Assurément, ce parti pris visuel est LE point fort de l’album, mais également sont meilleur ennemi. En cause? L’inadéquation entre la mise en image et le scénario. Ce dernier, complexe et subtil, nécessite une lecture aisée, tandis que le dessin stylisé de Mousse ne facilite pas la reconnaissance systématique des personnages. En conséquence, le contexte prend le dessus sur le récit du jeune Ferdinand et entraîne un déficit d’identification dommageable.

Manifestement sensible à cet épisode méconnu de l’histoire de France et du mouvement social en France, Koza a, de toute évidence, voulu faire œuvre utile en fixant cet événement dans le marbre d’un média accessible à un public éclectique. Si l’objectif mémoriel est atteint, l’objectif artistique, lui, n’est atteint qu’incomplètement.

La Révolte des terres, Koza & Mousse, Casterman, 104 page, 18 €

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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