Rio 2014 : une passion pour le foot

Au Brésil, le football est dans tous les coins de rue et cela n’a rien d’une mode passagère liée à cette période de Coupe du Monde. Le Brésil est LE pays du foot et l’inventeur du célèbre « Joga Bonito » (jeu beau à regarder, NDLR). Un art né dans les favelas, vrai berceau du jeu brésilien, où l’on naît pratiquement la balle au pied.

Christophe Simon, photojournaliste de l’AFP, a mené un projet photo avec des jeunes issus de Cidade de Deus pour illustrer la passion d’un pays pour ce sport. Pendant plusieurs mois, dix-huit jeunes de dix à quinze ans ont été formés à la photographie et invités à prendre des clichés de leur quotidien dans la favela sous le thème du football. Le résultat est Rio 2014, une sélection cinquante photographies disponibles sur le site de l’AFP.

 

© AFP / Severita
© AFP / Severita

Comment est né le projet ?

Responsable de l’AFP au Brésil depuis 2011, Christophe Simon a couvert plusieurs des opérations de pacification menées par les pouvoirs publics brésiliens dans les favelas de Rio de Janeiro en vue de se préparer pour la Coupe du Monde et les prochains Jeux Olympiques de 2016. A chaque fois, il a été surpris de se retrouver entouré de gamins fascinés par son travail et qui lui posaient plein de questions. C’est ainsi qu’est née l’idée du projet Rio 2014. L’AFP a contacté Nikon, qui a accepté de céder 10 appareils Coolpix waterproof et shockproof. Christophe Simon a ensuite rencontré le photographe Tony Barros grâce à Nadine González, ancienne journaliste de mode à Paris et fondatrice de la « Casa Geração ».

 

© AFP / Silvana De Ararujo Barcelo
© AFP / Silvana De Ararujo Barcelo

 

Tony Barros dirige l’école « Lente dos Sonhos » (« Optique de rêve ») qui forme les jeunes aspirantes au mannequinat. Il a grandi à Cidade de Deus et connaît les lieux sur le bout des doigts. Enthousiasmé par le projet, il est rapidement devenu le bras droit de Christophe. Il s’est occupé de recruter les jeunes et a guidé le groupe dans la favela, jouant même les médiateurs quand les choses se compliquaient. Car si bien la Cidade de Deus est aujourd’hui largement pacifiée, la violence n’a pas disparu pour autant. « Nous sommes tombés nez à nez avec des trafiquants de drogue, pas franchement ravis de voir tout à coup tous ces appareils photo. Mais grâce à l’intervention habile de Tony, ces moments de tension n’ont jamais dégénéré », commente Christophe Simon dans son blog.

 

© AFP / Joyce Nascimento
© AFP / Joyce Nascimento

Ils ont ouvert les yeux et redécouvert leur quartier

Lors des ateliers, les apprentis photographes ont intégré quelques règles de base de la photographie « comme l’interdiction de faire poser ou d’utiliser le flash ». Ce projet leur a également appris à ouvrir les yeux, à regarder autour de soi. « Les favelas ont leurs lois non écrites. Par exemple, tout le monde sait, dans la Cidade de Deus, qu’il vaut mieux éviter de regarder ce qui se passe chez le voisin. Moi je ne connaissais pas ces lois. J’arrivais avec mon regard neuf. Et je leur faisais découvrir des choses qu’ils avaient toujours eues sous les yeux sans jamais les voir », explique le photojournaliste de l’AFP. Ainsi, le regard plus curieux, les jeunes ont redécouvert leur quartier et produit des clichés d’une sincérité frappante. Christophe Simon garde un tendre souvenir de ses élèves dont certains l’ont particulièrement impressionné par leur talent. C’est le cas du jeune Kauan (voir image à la Une), un enfant de dix ans et dont les parents sont accros au crack, « un gamin incroyablement vif et talentueux. Sur la cinquantaine d’images que j’ai sélectionnées à la fin du projet, c’est lui qui, incontestablement, a pris les meilleures. ».

 

© AFP / Marcio Ferreira Dos Santos
© AFP / Marcio Ferreira Dos Santos

 

Le produit des ventes des photos sera versé à l’association « Casa Geração », dont la vocation est d’offrir à des jeunes des favelas de Rio de Janeiro des formations professionnalisantes gratuites et tournées vers les métiers de la mode. Encouragés par le succès de la première édition, Christophe Simon et Tony Barros souhaitent poursuivre le projet et les ateliers de photographie jusqu’aux Jeux Olympiques de 2016.

Vous pouvez retrouver l’ensemble des photos ici.

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Le théâtre est ce lieu où les consciences se rencontrent et se questionnent. Ce lieu où on rit, où on pleure, où on exprime sa colère et où on refait le monde tous les soirs.

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