The Riot Club, dépouille l’élite anglaise de son prestige

Embarrassé par la publication en 2010, au dernier jour d’une élection générale en Grande-Bretagne, d’une photo le représentant au milieu des ses camarades du Bullingdon Club, David Cameron semble avoir modérément apprécié la perspective d’un film qui s’inspire des dérives de ce célèbre club d’étudiants élitistes. La rumeur d’une interdiction du film a même circulé, mais si certains politiques ont critiqué le film sans l’avoir vu, The Riot Club est bel et bien sorti en Grande-Bretagne et est enfin à l’affiche en Belgique.

Miles et Alistair sont deux étudiants de première année. Repérés par les membres du select et secret Riot Club, qui élève la débauche et l’excès au rang de vertu depuis trois siècles, Miles et Alistair ne reculeront devant rien pour avoir l’honneur d’en faire partie.

Le club porte son nom en mémoire de Lord Riot, universitaire du XVIIIème siècle, mort d’avoir poussé la débauche au point de se moquer d’un enseignant qu’il venait de cocufier, et donne au film un titre à double sens, puisque le terme « Riot » peut se traduire en français par bagarre, les membres de ce club affectionnant les excès et les soirées orgiaques mais également la baston et le vandalisme chic. Mais « riot » peut également se comprendre selon le terme plus significatif d’émeute ou de soulèvement populaire. Symbole d’une division des classes particulièrement violente en Grande-Bretagne, ces clubs, dont Lore Scherdig dresse le portait au vitriol, sont le terreau d’une classe politique, les conservateurs, dont les convictions sociales ne sautent pas aux yeux. Loin des préoccupations des classes populaires, arrogants et suffisants envers les pauvres durant leur jeunesse, Cameron et Co (le maire de Londres Boris Johnson et le ministre des finances George Osborne ont également fait partie du Bullingdon Club) sont dignes d’un mécontentement, sinon d’une aversion populaire.

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Avec The Riot Club, la Danoise Lore Scherfig (An Education, 2009 ; A Day, 2011) porte à l’écran la pièce à succès de Laura Wade : Posh, snob en français. Le terme paraît léger tant ce que nous montre la réalisatrice dépasse ce que nous, simples gueux, pouvons imaginer des loisirs décadents de la haute société anglaise. Et pourtant, si The Riot Club est une fiction, celle-ci tend à un degré d’authenticité élevé. Selon les mots de sa réalisatrice, le film n’est pas un documentaire mais une fiction très bien documentée. Lore Scherfig, tenant du Dogme 95, a rencontré des jeunes aristocrates anglais membres de clubs et a fait lire son scénario par des étudiants d’Oxbrige (contraction d’Oxford et de Cambridge) de gauche afin de coller à la réalité et de se protéger de la critique des conservateurs pour mensonge. Rien de ce que montre le film n’est inimaginable dans le chef de la jeunesse dorée que dépeint le film, selon la réalisatrice.

Abordée sur le ton de la comédie, l’intrigue distille les ingrédients du drame que constitue le deuxième acte en huis clos, d’une montée dramatique qui s’opère autour des figures centrales que sont Miles et Alistair. S’ils ont l’ambition en commun comme motif, l’un incarne la déraison, l’autre la modération et la raison. Lore Scherfig isole ce duel d’ego au sein d’une association d’ego exacerbés pour en accentuer la vacuité absurde. Au cours d’un banquet orgiaque, apothéose annuelle du Riot Club, elle filme des étudiants ivres d’alcool et de suffisance qui semblent exprimer par l’excès toutes leurs frustrations d’enfants gâtés.

Emportée par son sujet, Lore Scherfig flirte également avec l’excès en raison d’une narration en crescendo. Au risque  d’ébranler la force de son message, dont la dimension politique électrise néanmoins le film d’une colère manifeste. En sensibilité avec son intrigue, la réalisatrice s’abstient pourtant de juger ou de dénoncer, mais interroge plutôt le décalage d’une certaine élite avec la fonction que la société est « supposée » lui accorder.

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Servi par une belle brochette de jeunes acteurs britanniques, dont se distinguent inévitablement Max Irons (le fils de Jérémy) et Sam Claflin (aperçu dans Hunger Games), délicieusement sournois et malsains dans les rôles de Miles et Alistair, The Riot Club repose sur leur talent. Ils incarnent avec conviction et jubilation cette jeunesse que la réalisatrice décrit comme drôle et intelligente, mais « à frapper ».

Précédé par sa réputation sulfureuse, The Riot Club fait mieux que la défendre et s’impose comme une introspection déroutante d’une Angleterre engoncée dans ses traditions archaïques. Un vrai film social à l’anglaise, mais à rebours, dont la conclusion faussement moralisatrice, mais complètement cynique entretient le malaise.

A voir dès le 4 mars 2015

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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