Rock en Seine, analyse d’un festival à la parisienne

Les 23, 24 et 25 août 2013 au Domaine National de Saint Cloud, Paris. Prix du billet 49€ par jour ou 109€ les 3 jours.

Arrivée en fanfare au domaine national de Saint Cloud où a lieu le festival Rock en Seine. Nous sommes vendredi 23 août, il est 14h30. Je jette un regard autour de moi, « ouf » l’ambiance est détendue. Les gens sont souriants, en mode « babacool » pas du tout coincés. Quelle joie, le public ne ressemble pas au « parisien cliché », ma plus grande crainte tombe à terre, vaincue dès les premières secondes. Nous décidons de faire un tour des lieux pour voir à quoi tout cela ressemble vraiment.

L’endroit est agréable, le domaine national de Saint Cloud se prête parfaitement à un tel évènement. L’espace est tout en longueur. Un magnifique rectangle qui évite les déplacements d’une scène à l’autre chaotiques puisqu’il n’y a pas de passage étroit. La nature, bien qu’encadrée par le périphérique où la circulation est dense, est très présente et les nombreux arbres permettent de garder une fraîcheur constante malgré le soleil bien présent le premier jour. Petit bémol, cette disposition – la grande scène en face de sa petite sœur et les deux autres un peu plus loin dans ce rectangle – permet difficilement de trouver un endroit « au calme ». Entre deux concerts, il y a toujours un autre concert. En fin de compte, nos oreilles ne se reposent jamais et nous devons toujours un peu élever la voix pour se faire entendre, peu importe où nous nous trouvons.

Les stands de publicités et promotions qui encadrent l’espace du festival ne sont pas surprenants. On s’y inscrit pour un concours, on y reçoit un petit cadeau – visiblement les lunettes de soleil sont à l’honneur cette année – et on passe au suivant. Quelques activités originales valent le détour. Une planche de surf propose aux plus habiles de tester leur équilibre. La grand roue donne un air de fête foraine enchantée aux concerts. Deux expositions ajoutent une pincée de culture supplémentaire au festival. Et, clou du spectacle, un espace massage hawaïen professionnel offre un moment de détente, une pause de délicatesse au cœur de ce vaste remue-ménage.

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Après avoir fait le tour des environs, nous nous attaquons à la question cruciale de tout festivalier qui se respecte : combien coûte une bière? Quels sont les prix et les différents types de nourriture et de boissons dans l’enceinte du festival? Et, là encore, mes craintes s’effondrent. Visualisant le coût de la vie dans Paris et les hausses de prix générales en festival, je m’attendais à atteindre des sommets. Et là, surprise, une Kronenbourg revient à 3,5€ et le demi à 5,5€ – plus une caution d’un euro sur les verres afin d’éviter les sols jonchés de déchets en fin de journée. Pour se sustenter, des kebabs, frittes et autres aliments de snack sont à notre disposition. Mais les plus fins gourmets ne sont pas en reste, un emplacement d’une dizaine de stands sert des plats du monde. Pour 7 – 8 €, il est possible de subvenir amplement à ses besoins. Des tables sont disposées aux alentours pour manger et, incroyable, les gens sont assez propres. Pas de déchets sur le sol mais ils sont bien rangés sur le centre de la table. Impensable de notre côté de la frontière!

Aux niveau des concerts, le vendredi est assez calme. Après Belle and Sebastian, Tomahawk et Alt-J pendant lesquels, bien que nous les appréciions sur CD, nous nous ennuyons un peu, Franz Ferdinand vient mettre le feu avec du rock comme on l’aime. Nous restons pour Paul Kalkbrenner. Malheureusement, les basses sont montées au maximum. Impossible d’ouïr un autre son. De plus, les stroboscopes qui sont liés à elles nous rendent légèrement épileptique. Nous sommes forcés de quitter les lieux au bout de quelques minutes pour ne pas risquer notre santé mentale et physique. Lors du retour en métro, nous entendons nos voisins de siège dire, je cite : « les basses étaient tellement fortes que je sentais ma lentille se décoller dans mon œil et vibrer à chaque son ». Dieu merci, ce n’est pas nous qui avions un problème.

Samedi, retour joyeux au domaine national de Saint Cloud. Premier concert : Black Rebel Motorcycle Club, un très bon moment malgré les basses qui vont toujours trop fort. Mais que fait l’ingé son? Ensuite, Patrice tient son public d’une main de maître avec ses compositions entraînantes et son sourire ravageur. Et  là, surgissant de nulle part, Nine Inch Nails, nous met la claque de l’année. Un concert magnifique avec des effets de lumière incroyables. Les réglages de son ont enfin été fait correctement. Voilà un concert qui ravit les yeux et les oreilles. Nous restons béats après un pur moment de magie indescriptible. Phoenix, tête d’affiche du jour, vient ensuite nous donner un concert qui, s’il est agréable à entendre, fait pâle figure après le monument qui vient de passer. Surtout au niveaux des effets lumineux qui nous donnent plus à rire qu’à rêver. Les couleurs rose et turquoise se battent pour savoir laquelle apparaîtra le plus, le tout entre deux diapositives qui ressemblent fort à celles qu’on montre à sa famille au retour de vacances. Un bon moment tout de même.

Dimanche aussi, la programmation est alléchante. Eels, pareils à eux-mêmes , nous offrent un show drôle et bien réglé en jogging. Skip the use rythme l’après-midi mais, malheureusement, ponctue chacune de ses phrases d’insultes non-nécessaires qui brûlent nos tympans. The Bloody Beetroots fait bouger le public avec un set endiablé. Major Lazer reprend les plus grands tubes – et en change hélas toutes les 30 secondes – et invite notre Stromae national à chanter Papaoutai pour le plus grand bonheur des grands et petits. Enfin, System of a Down clôture ce festival en beauté. Un show complet, une playliste parfaite et une interprétation prenante. Le festival s’achève après nous en avoir mis plein la vue. Il est 23h30.

En bonne investigatrice, je ne pouvais partir sans me glisser furtivement dans le camping, lieu mythique des festivals belges. Et là, c’est le drame. Après une escalade d’une vingtaine de minutes digne des randonnées les plus sportives, j’arrive à l’endroit le plus drôle du festival… Normalement. 8 tentes de largeur et deux allées qui les longent. La sécurité est partout et fait des aller-retours qui me donnent l’impression d’être une fugitive. Tout cela pour surveiller… Personne. Pas une tente n’est ouverte, personne n’est posé sous une tonnelle ou sur une bâche en train de discuter, d’écouter de la musique ou de boire. Et ce n’est pas la tente « à soirée » installée par le festival qui changera les choses puisque deux bénévoles y sont installés à une table. Et c’est tout. J’ai l’impression de me trouver au milieu d’un champ de bataille après le combat et visiblement du côté des perdants. Ni une, ni deux, avant qu’un chien de garde ne me morde, je mets les voiles. Heureusement que nous avons trouvé un petit logement dans Paris et que le festival s’achève assez tôt pour que nous puissions attraper le dernier métro.

Bref, un festival haut en couleur. Une bonne programmation, des activités surprenantes, un public détendu. Le grand festivalier belge n’y trouvera pas la même ambiance que chez nous mais le dépaysement vaut le détour. Une sorte d’élégance, qui prend peut-être la place de l’humour, s’émane de Rock en Seine. Nous repartons heureux de cette découverte. Et heureux aussi de ne pas avoir séjourné au camping qui ressemblait plus à une prison qu’à une fête. Oui, le festival termine tôt, mais il nous permet de rejoindre paisiblement notre pied à terre dans Paris et, dans la ville, la soirée peut durer encore longtemps…

Site du festival

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Sophie Doyen est une passionnée de théâtre et d’enseignement. Après des études de Langues et Littératures Françaises et Romanes à l’ULB, elle étudie aux Cours Florent à Paris. Elle y monte « Le Suicidé » de Nicolaï Herdman (mise en scène et rôle de Macha) et joue dans plusieurs opérettes. De retour à Bruxelles, elle participe à plusieurs courts et moyens métrages, se forme pour devenir coach d’improvisation et s’intéresse à la pédagogie autour des arts de la scène. Actuellement, elle est professeur d’art dramatique, joue dans la création « Le Cirque des femmes » et se forme en chant, guitare et expression corporelle.

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