Romain Monnery – Libre, seul et assoupi

La quatrième de couverture avait déjà ce ton grinçant et piquant caractéristique des ouvrages mêlant truculence, absurdité et sinistre lucidité… Cela n’allait pas s’arranger en cours de lecture, pour notre plus grand bonheur !
Machin vit à Lyon chez ses parents qui, excédés de le voir végéter, le mettent à la porte. Résigné, il rejoint une ancienne copine de fac à Paris où il partage une colocation avec deux autres personnes. Installé dans sa nouvelle vie, il trouve un stage sur une chaîne du câble où on l’exploitera, comme tout stagiaire qui se respecte. Quand son patron lui fait des avances, il part la tête haute et s’engage dans une longue période sans : sans emploi, sans ambition, sans petite amie, sans rien à faire, il reste enfermé des journées entières dans l’appartement avec son compagnon d’infortune, Bruno, son colocataire. Lorsque la colocation éclate, Machin doit chercher un nouvel appartement et revenir sur sa parole : il va bel et bien devoir trouver un travail alimentaire et se confronter à la vie d’adulte normal.
Romain Monnery nous offre un premier roman savoureux. N’ayant pas peur des mots et encore moins des règles (obsolètes) de bienséance, il met en exergue l’illogisme et l’injustice présents dans le monde du travail de ce début de 21e siècle fort d’un passé capitaliste en surcharge pondérale dont l’arrière-train est sereinement posé sur notre fourmilière humaine. Loin de lui pourtant l’idée du ton paternaliste et moralisateur de l’écrivain engagé du 19 ou du 20e siècle – ton qui endort d’ailleurs la plupart des lecteurs actuels dont le seul crédo est le divertissement dans son plus simple appareil. En effet, il aborde avec brio ce thème critique où espoir et insouciance résistent vainement, tels Astérix et Obélix, à l’envahisseur, à coup de comiques de genre dignes d’une farce moderne. Nous renvoyant notre propre situation en pleine figure, sans pour autant nous plonger dans la déprime la plus profonde, voici donc un roman aux accents résolument drolatiques ponctué de passages existentialistes, véritables lettres à la poste, permettant au lecteur de remettre son propre parcours professionnel en question en gardant un sourire aux lèvres.
Malgré, une fin peut-être un peu trop rapide à mon goût, ne nous laissant pas le temps de savourer la tournure des événements comme Machin eut l’habitude de le faire par sa tendance à l’inaction, je tire mon bonnet à ce jeune homme dont les idéaux sont peut-être (je l’espère) un peu moins effilochés que ceux de son protagoniste.
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