Romane Bohringer, ou l’art de la séparation

L’Amour Flou est la belle surprise de cette fin d’année. Un film sans filtre sur le couple et la séparation raconté avec un ton décalé et un humour irrésistible. Entre Romane l’affective et fleur bleue, et Philippe le cérébral et l’éternel adolescent, rien ne va plus. L’amour fou est devenu flou: il est temps de vivre « sépartement », séparés mais ensemble (comprenez dans deux appartements dont seule la chambre des enfants fait le lien).

Autofiction délicieuse et film libertaire, loufoque et plein de tendresse, écrit à quatre mains par l’actrice Romane Bohringer et Philippe Rebbot, son ex-mari et acteur, l’Amour Flou touche et fait réfléchir sur le couple loin des conventions et des clichés.

Un film fou et dingue, à l’image des 2 acteurs, qui (ré)inventent la vie et la séparation.
Grâce à un comique de situations et des dialogues exquis, la rupture est abordée comme une chose amusante. Ici, la vie est comme un jeu grâce aussi à des apparitions savoureuses (comme celles de Clémentine Autain, l’idéal féminin de Philippe, ou Reda Kateb, expert en psychologie…canine) qui, chacune, interrogent l’amour et l’évolution des sentiments.

Si beaucoup événements (le déménagement du couple, la signature chez le notaire, Romane en tournée ou le mariage…) et personnages (les nouveaux voisins, le promoteur immobilier…) sont vrais et réels, il s’agit bien d’une fiction.
On y aperçoit également les enfants du couple (Rose et Raou ), la chienne Lady que Romane déteste « avec sa tête de dépressive et ses 45 kilos de chienlit« , mais aussi leurs familles respectives : les Bohringer, famille émotive et sceptique face à la séparation du couple (Lou, la sœur de Romane , sa mère mais aussi Richard) et les Rebbot, plus enthousiastes qui dédramatisent la séparation à l’image de ce film, qui parvient à réinventer formidablement l’art de la séparation et de la désalliance.

Loin d’être un film exhibitionniste ou nombriliste, L’Amour Flou est au contraire un film sensible, optimiste et hilarant sur l’amour et la famille.

Il y a aussi à travers cet objet cinématographique, la volonté touchante et sincère d’immortaliser cette belle famille pour s’en souvenir toujours comme un héritage à leurs enfants mais aussi un (beau) message à la société.

Ce petit bijou audacieux et sa formidable recette du bonheur a obtenu le plus beau des prix au festival d’Angoulême et à Montélimar (celui du public) mais ce n’est que le début… tant cette recette du bonheur fait plaisir!

Du pur bonheur !

Au cinéma à partir du 10 Octobre

Si Romane Bohringer se fait plutôt rare au cinéma ses dernières années et si, elle a réussi à quitter son conjoint sans se séparer, nous ne la quittons plus non plus. Elle, dont la passion première est la scène et jouer des textes, interprète ceux sensibles d’Annie Ernaux , l’occasion de la retrouver au théâtre de l’Oeuvre à Paris dans l’Occupation jusqu’au 2 décembre.

Il y a comme une coexistence particulière, voire un prolongement, entre le film et la pièce qui évoque une femme en pleine séparation, obsédée par la jalousie et l’existence d’une autre femme où tout savoir de sa rivale devient une obsession du quotidien, un enfer intérieur. Dans cette mise en scène signée Pierre Pradinas (dont c’est la 9ème pièce avec l’actrice), Romane Bohringer habite follement et sublimement ce texte avec un seul en scène fort et intime qui nous embarque au cœur de cette enquête passionnelle. Un monologue saisissant dont s’empare littéralement la virtuose actrice qui parvient à traduire l’aliénation de cette femme délaissée et son état psychologique entre vertiges, pulsions, pertes de contrôle.

Les mots d’Annie Ernaux, parfaite partition, mêlées d’humanité, d’animalité et d’humour offre à Romane Bohringer une multitude de registres, des méandres les plus obscurs à la drôlerie, accompagnés par la musique, joués en live sur scène, de Christophe Minck.

Au Théâtre de L’Oeuvre, 55 Rue de Clichy à Paris (IXème). Jusqu’au 2 Décembre 2018. Pour réserver c’est ici

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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