Ross MacDonald – Noyade en eau douce

Dans le quartier huppé de Nopal Valley, en Californie, Lew Archer est engagé pour enquêter sur une lettre anonyme accusant sa cliente, Maude Slocum, d’adultère. À aucun prix, ces allégations ne doivent parvenir jusqu’à son mari. Profitant d’une fête organisée chez les Slocum, le détective se mêle aux invités. La soirée est interrompue par une macabre découverte : celle du corps de la belle-mère de Maude, flottant dans la piscine. Les soupçons se portent immédiatement sur son fainéant de fils et sa trop séduisante petite-fille, premiers héritiers de la fortune colossale de la vieille dame. C’est désormais une double enquête qu’Archer doit mener, sur les traces d’un corbeau et d’un meurtrier.

Quelle délicieuse lecture que celle de ce polar californien des années 50’ ! Il s’agit ici de la deuxième enquête du détective privé Lew Archer, dont le nom est un hommage à Dashiell Hammett et son Faucon Maltais.

Archer est ce détective au cynisme détaché, un faux désabusé qui en a déjà vu d’autres et sait à quoi s’attendre quand une jeune femme paniquée frappe à sa porte. Aussi ne s’émeut-il pas des masses lorsque Maude Slocum vient quémander de l’aide. Angoissée mais taiseuse, elle voudrait qu’Archer identifie et fasse taire l’auteur de cette lettre compromettante adressée à son mari, sans faire de grabuge et sans aucune piste. Mme Slocum avoue tout de même qu’elle ne craint pas la réaction de son mari James, mais plutôt celle de sa belle-mère, chez qui vit toute la famille. Lorsque cette dernière se noie dans la piscine de sa propriété à Nopal Valley au beau milieu d’une soirée cocktail, la lettre est bien vite oubliée et les suspects commencent à se bousculer

D’abord au théâtre de Quinto, où James Slocum joue dans une troupe amateur, puis à ce cocktail donné chez sa cliente, Archer s’immisce rapidement dans l’entourage de ces gens aisés, devenant l’oreille indiscrète parfaite lors de discussions /scènes de ménage particulièrement intéressantes chez les Slocum. Si l’héritage considérable serait un mobile parfait pour James et Maude Slocum, qu’en est-il du jeune chauffeur que James vient de renvoyer parce qu’il tournait autour de sa fille ? Qu’en est-il des vautours pétroliers qui tournent autour de l’immense propriété des Slocum, assise sur une source de pétrole non négligeable à l’heure où l’industrie de l’or noir est en pleine expansion ? Et qui est cet ami flic qui dirige l’enquête autour de la mort de la belle-mère ? Archer comprend vite que l’histoire est plus complexe qu’il n’y paraît.

D’emblée, les pensées d’Archer, ses observations minutieuses et son regard pointu forment le portrait d’un homme posé et tranquille, qui analyse rapidement les situations sans se départir de son calme. On le découvre plein de répartie dans des dialogues qui se révèlent donc savoureux !

— Vous vous faites du souci pour votre sale petite tête d’égoïste.
— Je n’en ai pas d’autre. [P. 250]

Mais ce qui fait d’Archer un personnage de caractère qui impose le respect, c’est surtout sa droiture, sa passion pour la vérité et l’amertume laissée au fond de sa gorge par ses mensonges forcés. Car comme le dit si bien Maude Slocum, Archer est un « foutu drogué de la vérité ». Quoi qu’il en coûte, il ira au bout de son enquête, révélant une réelle obstination à démêler le vrai du faux.

— Je ne m’étais pas trompée. Vous avez vraiment la passion de la justice. […] — Je ne sais pas ce que c’est que la justice, dis-je. La vérité, en revanche, m’intéresse. Pas la vérité avec un grand V, si tant est qu’une telle chose existe, mais les vérités particulières. Qui a fait quoi ? quand ? pourquoi ? Surtout pourquoi. Je me demande, par exemple, pourquoi vous vous souciez de savoir si je m’intéresse à la justice. Ça pourrait être une manière indirecte de me demander de lâcher cette affaire. [P. 181]

Ross MacDonald prend plaisir à dépeindre les dérapages en société, à décrire le grain de sable subtilement et sans jamais nous le montrer, jusqu’à ce que la tension soit à son comble. Car bien sûr, il apparaît rapidement qu’il y a un fossé entre la vision et le ressenti qu’ont les gens vis-à-vis de leurs semblables et ce que ceux-ci sont réellement. Les non-dits et la mauvaise foi sont autant d’embûches pour Archer, qui parvient malgré tout à se faufiler sur des pistes dénichées courageusement grâce à son flair infaillible.

Chacun a ses propres motivations, ses propres liens affectifs secrets ou non au sein de l’histoire, ce qui enchevêtre l’enquête dans des remous obscurs. Les mystères n’en sont que plus efficaces ! Sans compter que l’époque et le lieu de l’enquête font aussi le charme du roman. Quant au dénouement, il est de ceux qui terminent véritablement une histoire, un dénouement où s’étalent enfin les vérités si longtemps tues.

Bref, Ross MacDonald donne à son détective une vraie voix puissante, d’où pointent aussi des accès fulgurants de poésie. Il serait vraiment dommage de s’en priver !

Il y avait de la nuit dans sa voix, dans ses yeux, de la nuit accrochée dans ses cheveux comme des perles de brume. [P. 67]

Plus d’infos sur le site des Editions Gallmeister.

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Dévoreuse de livres

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