Samuel in the Clouds, au bord du gouffre

Plus qu’un long discours ou que des chiffres hermétiques, l’exemple reste le chemin le plus court vers la prise de conscience et la compréhension d’un problème. C’est le chemin qu’a choisi le belge Pieter Van Eecke, qui au travers du portrait croisé d’un homme et d’une montagne, dresse le constat glaçant (sans mauvais esprit) de l’effet du réchauffement climatique sur la physionomie du Chacaltaya et par extension sur la vie de Samuel Mendoza.

En Bolivie, les glaciers fondent. Samuel, un ancien opérateur de remontée mécanique pour piste de ski, se rend quotidiennement au Club Andin de Bolivie pour accueillir les touristes de passage, dans une incroyable maison à flanc de montagne. Faute de glacier, les randonneurs ont remplacé les skieurs. Tandis que des scientifiques récoltent et analysent des données scientifiques sur la montagne, Samuel se fie aux esprits de la montagne pour faire revenir la neige.

Culminant à 5395 mètres, le Chacaltaya, « chemin froid«  en aymara, est une montagne de la cordillère des Andes située en Bolivie et qui abritait la plus haute station de ski au monde jusqu’à la disparition du glacier en 2009. Annoncée pour 2015, la disparition du glacier a surpris jusqu’aux scientifiques et laissé perplexe un Samuel Mendoza qui ne sait plus à quel esprit de la montagne se vouer pour que le glacier se reforme.

Samuel in the Clouds - CultureRemains 2

Saisissant dès les premiers instants du film, d’un jump-cut radical (la montagne avec et sans glacier), le sujet de son film, Pieter Van Eecke n’en est pas moins subtil dans son traitement documentaire. Il capte les détails et les instants de vie qui nourrissent son sujet et dépeignent un homme touchant derrière une apparence austère et une montagne qui s’en trouve personnifiée. C’est que le concept de Pachamma, la Terre-Mere, très cher aux Boliviens autochtones et particulièrement au président Morales avant que les réalités budgétaires ne l’emportent sur un argument de campagne séduisant, infuse discrètement le film de sa belle philosophie. Aussi, le cinéaste impose une vision anthropomorphique de la montagne, membre malade de cette terre mère, au travers d’un Samuel pétri de croyances cosmogoniques, des mineures qui explorent ses entrailles, mais également des scientifiques, médecins au chevet du grand malade. A nouveau, cela transparaît sans s’imposer.

Il agit identiquement avec le volet scientifique. Ainsi, il n’oppose pas le spirituel et le rationnel. Il les juxtapose comme deux éléments d’une même réalité. Soutenue par quelques séquences à la limite de l’onirisme, cette approche se révèle finalement très poétique mais aussi terriblement cruelle parce qu’assez pessimiste dans sa démonstration. Car bien que scénarisé, un documentaire ne peut se corrompre dans la fiction et Pieter Van Eecke faire l’impasse un « not very optimistic-end ».

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La mélancolie qui se dégage de ce très beau documentaire est terrible mais agit comme un cri de ralliement qui ne peut se permettre d’être sourd. Il est grand temps de se bouger sérieusement le cul si l’on veut sauver notre belle Pachamama.

Samuel in the Clouds est un cri à considérer à partir du 3 mai 2016 au cinéma Aventure.

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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